ET I.A FABLE DE PROMÉTHÉE
OU si, riionime restant libre, les bornes prescrites à son activité étaient infranchissables, la stabilité du décret suprême suffirait à maintenir 1 équilibre du monde, et la Providence serait dispensée de le protéger : l'ordre général, ne pouvant être attacpié, n'aurait pas besoin d'être détendu ; à plus forte raison ne demaiidcrait-il jamais à être rétabli. Mais l'homme est libre : si l'expérience et l'instinct l'avertissent cpie son domaine est borné, il ne sait pas au juste où en sont les limites; d ailleurs il y a en lui un besoin de conquête : il avance en aveugle, dupe de sa passion ou de son ignorance; il touche à la barrière fatale. Le moment semble \enu pour Jupiter de l'avertir ou de le frap per. Ici commence le mystère. Comment les dieux ne sont-ils pas toujours les plus forts? ou quelle est cette insidieuse tolérance qui se refuse à prévenir un attentat souvent involontaire, dont il faudra ensuite, non-seulement punir l'auteur, mais encore réparer les effets ? Ce qui est sûr, c'est que la tentative n'est pas toujours réprimée : que la cause en soit l'inaction de Jupiter ou son impuissance, la barrière peut être franchie. L'houmie n'a qu'à faire un pas, la foudre, qu'à demeurer suspendue : l'é- (|uilibre du monde est tlétruit.
Les (irecs allaient jusque- la : mais ils croyaient aussi que, s" le désordre peut exister, il est impossible qu'il dure: que toute atteinte portée à
li LUI !»K l'ARTAGE ET lABLE DE l'ROMETHÉE.
l'organisation du monde doit inévitablement être n'parée ; que si, enfin, l'indiscipline humaine jx'ut faire osciller la balance des destinées, elle ne saurait Tempèclier de reprendre son niveau. Tôt ou tard la di\inité, ^aincue dans ce premier combat, reparaissait pour triompher : et l'équilibre (pie la Providence avait laissé détruire était providentiellement rétabli .
Nous sommes désormais en possession des principes généraux qui se rapportent, dans la plus ancienne théologie grecque, à la question de l'origine du mal. Par delà les formes successives qu'ont pu revêtir ces idées d'une anti- (piilé sans date, il fallait d'abord en chercher la substance pour être sur de remonter à ce (ju'elles ont de plus ancien. Il est teujps d'arriver à (piehjue chose de moins abstrait. Dès Homère et Hésiode, le voile qui nous dérobait l'histoire est levé : il ne s'agit plus que d'assister au spectacle où nous convie d'abord l'épopée, et de reconnaître, sur la scène où ils vont vivre et agir sous nos yeux, les acteurs dont nous ne connaissons encore que les noms et les rôles : la Loi de partage, l'Homme et la Divinité.
CHAPiTKi: II.
LA NA.TURE DIVINE ET LA CONDITIOîf HUMAINE. — LA XÉMÉSIS.
Il résuite de la table de Proiiiétliée (|iie la loi de partage appliquée par les dieux est la cause première des maux humains ; que les empiétements de l'homme hors de son domaine propre, par la répression et la réparation qui s'ensuivent, en sont une seconde, qui se rattache d'ailleurs naturellement à la précédente : de manière que cette légende enveloppe une sorte de théorie du mal métaphysique, physique, et l'on peut ajouter dès maintenant, du mal moral. ISous emprunterons à Homère et à Hésiode de quoi compléter ce premier aperçu : seulement, au lieu de considérer désormais la rivalité des dieux et des houunes par rapport au partage éternel, nous interrogerons de jjréférence les vivantes j)eintures de l'épopée sur le second élément de
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la même troNance, c'est à saAoir 1 anthropomorphisme, en tant que prêtant aux dieux des sentiments haineux contre les honunes ; et nous mettrons en rci^ard de la condition humaine, non plus la loi immuable qui la détermine et hi circonscrit, mais les passions divines qui concourent à en maintenir rinfériorité et à en aggraver les misères.
Homère distingue les maux communs à tous, et, en général, les maux qui ont leur principe dans la loi de partage ou la volonté des dieux, de ceux qui sont l'ouvrage de l'homme, qu'il s'attire à lui-même, de ceux qu'il encourt par ses imprudences, ou mérite par ses fautes, de tous ceux enfui qui le i'rappent en dépit de la loi suprême, ou sans que cette loi l'y condamne ' . Le libre arbitre, on le voit, est représenté dans cette classification ; mais son contingent n'y figure (|u à titre de complément, l.a rigoureuse parcimonie des distributeurs des biens, la crainte (|u'ils éprouvent de tomber dans l'excès en pro- «liguant des faveurs qui doiveni être ménagées, enfin le sentiment de mesure «pie réveille en eux, comme en tout ce cpii porte un cœur humain.
I. \>\i'jii7. [OïL, 111. '.>.:Hj) , ij.oç<j'.y.7. , 7r£7;fto(jiéva, bs.ane.S'.-rj (//., 11, :jfi7/; T-j/.xi (II., \, 831); È7tî(j7îa<7Ta {Od. . XVllI, 73; XXIV, 46'2); C7;p£-£ii(l(îiv àTaTÔaÀty.civ [Od , 1, 7 et 34); "J-£p[j.opov, •Jrtdpjj.opa (//., lî, ld.S; XX, 30; XXÏ, r)17. Ofl., I, 34). Les deux jiriiicipcs d'oii viennent tous les niiiiix (le riKiiiinic >uiit iicllcineiil opi ost's miiIhiiI // , 11, 3(17.