‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 11 sur 181 · ET LA CONDITION HUMAINE · texte numérisé non relu

ET LA CONDITION HUMAINE

la vue on l'idée même de la prospérité d autrui : telles sont les principales causes de nos misères. De plus, Homère, dans deux ou trois passages, attribue aux dieux un sentiment de malveil lance contre les liommes, qui parait fort voisin de la jalousie ^ Nous ne nous attaclierons point à ces indices douteux. La théologie homérique, prise dans son ensemble, fournit une base à la fois plus large et plus solide à l'étude spéciale que nous avons annoncée.

Jupiter se plaint dans VOdjssée de ce que les hommes imputent aux dieux leurs infortunes, tandis que souvent ils ajoutent par leurs égareuients aux maux qui leur viennent d'en haut ^. Mais cette justification inconjplète laisse à la charge de la Providence tout ce qui fait le malheur essentiel de la condition humaine. Jupiter a beau s en défendre : il est, cela se voit dans V Odyssée même, le principe suprême du mal tout autant ([ue du bien ; et c'est lui qu'accuse instinctivement le désespoir, comme le plus malfaisant des dieux '. Que sera-ce si nous nous en tenons à la seule ïliadc? C'est lui qui détruit les villes, qui abat le courage des hommes, qui les fait périr; (jui, non content de les abuser par de faux avis, fascine leur esprit, l'égaré pour les

1. Kn leur |iiètinit rftonncinent inôlé de dépit onde blàine que iiiai- (jiie le \cibe âya[j.a'., rac. àvav {Odyss., IV, 181; XXIII, 211. Cf. V, IlOfqq.).

'>.. OiK, I, 33.— 3. Ocl., XX, 201.

1>5 I.A NATURK DIVIM-:

jjprdrc '. Ile, celle personnification de 1 esprit (l imprudence et d'erreur, est sa fille, et c est lui (pii la précipite du ciel sur la terre ^.

Quelque titre que le poëte lui donne, le .hq)iter do y Iliade n'est que le père d Hercule et de Sarpédon : ce n'est pas le père des lioiunies. Sans doute, la justice lui demande des cliàliments, et le destin, des rigueurs : mais lui est-il défendu d'avoir pitié de ceux cpiil frappe? Si les passions savent l'émouvoir, en dépit de sa majesté; s'il daigne sourire à Vénus, s'il peut s'irriter contre INeptune, tant de scènes de carnage le trouveront- elles insensible? Son regard, qui pénètre partout, découvre nos folies en même temps qu il \oit nos malheurs : double raison de nous plaindre. Mais il n'a de compassion que pour ses enfants et ses favoris : sa main, qui ne tressaille ni ne tremble, vide indifférenuiient sur nos tètes la tonne des biens et celle des maux. Quand, parce qu'il l'a voulu, pour satisfaire une rancune d'Achille ^, les Grecs tombent en foule sous les coups des Troyens, assis à l'écart, il regarde d'un œil sec, « et l'éclat

i. //., I1,G, lll-118;XIl,2ù4; XV,.■)y^,7^>i•, Xl\, S7, 137; XXII, GO.

Page 1