DANS I.A VIE
soiU elles-iuèmes que In s;ii;esse sous d'au tics noms, ou encore, deux manières d'adoier Némésis.
La morale qui se définissait ainsi elle-même, c'est à nous, s'il se peut, de la caractériser maintenant. Nous l'essayerons en disant qu'elle condut les devoirs de l'homme des limites assignées à sa condition. Son point de départ, c'est que l'homme est borné; son précepte essentiel, c'est qu'il doit savoir se borner; d'où cet adage si souvent répété, qui exprime parfaitement le laj)port du principe à la conséquence : « Mortel , « pense en mortel, m Par cette déduction , les maximes prescrites au libre aibitre de l'honnue se trouvent ramenées à la même origine que les contraintes imposées à sa faiblesse, à savoir un partage, d'abord idéal, éternel comme une vérité nécessaire, par consécpient antérieur et supérieur aux dieux mêmes; puis réalisé ici-bas par leui' initiative, et maintenu par leur providence; enfin menacé pai- la libeité humaine, mais recommandé à son respect, et restauré au besoin par l'intervention ou vengeresse, ou seulement réparatrice, de Némésis-Adraslée. En ce sens, JNémésis, Dicé, les Erinnys, la justice, la jalousie, ne sont que des agents divers d'une même loi, la loi immuable de répartition et d'équilibre, destin et devoir à la fois, (jui règle en menu? temps le sort des êtres et leurs obligations. Et
c'est ainsi qu'au culte des dieux jaloux il a élé
nécessaire de rattacher l'enseignement de la
théologie grecque touchant le devoir et la
vertu.
Originale et irréprochable, exquise et solide, bonne à tous et propre à la Grèce, telle est, au fond, la sagesse dont cette doctrine propose l'idéal. Séparons-en ce que l'anthropomorphisme y a mêlé d'erreurs et de craintes superstitieuses : ce qui reste est digne à jamais d'admiration et d'éludé. Celte morale condamne presque tout ce qu'il faut condamner : elle enseigne l'humilité, la piété, la modération, l'équité, la tempérance; elle justifie la plupart des devoirs par les raisons les plus ingénieuses, et les rattache à un principe élevé, celui de la subordination de riiomme à la divinité. Voilà, certes, une excellente sagesse : mais est-ce là toute la veitu ? Non, sans doute; et ce n'est point même la seule vertu qu'ait connue la Grèce : les grandes choses dont son histoire est remplie ne sont pas le fait d'une nation (pii n'auiail su cpi'adorer ISémésis.
La morale liée à ce culte, et (jui se confondait aux veux des Grecs avec la morale relii^ieuse elle-même, était donc incou)plète, au j)oint de vue même du peuple auquel elle était destinée. La philosophie ne fit à son tour qu'ordonner et classer différemment les éléments déjà connus de l'art de vivie, donner plus d'autorité ou de rigueur à certains pi'éceptes, modifier, enfin, la