‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 111 sur 181 · DANS LA VIE · texte numérisé non relu

DANS LA VIE

hiérarchie des devoirs. D'où venait donc à la Grèce cette autre morale, distincte de h» morale rehgieiise, et sans rapport avec elle? Elle était certainement fort ancienne. La belle place (ju'llomère et Hésiode font déjà dans le cœur de leurs héros au sentiment de l'honneur; le nom, également homérique, et parent de celui du dieu de la guerre, donné à la vertu (àper/i); l'antique excellence du nom d'homme (àv/ip, vir); l'emploi d'un mot qui en dérive pour désigner une vertu entièrement étrangère au culte de JNémésis, le courage (àv^psia) : tous ces indices nous reportent à une tradition dont l'antiquité déjoue toute recherche. Cette tradition, qui met au premier rang des qualités de l'ànie l'honneur et le courage, qui fait de la force la base du mérite moral, qui enseigne à l'homme à se respecter lui-même et à rougir du mal jusque dans l'ombre, qui, enfin, donne le pas à la vertu de l'âge inûr et de la virilité sur celle de la femme et de l'enfant, sera-ce nous faire trop d'honneur que de la revendiquer pour notre race euiopéenne, qui a régné par elle sur le monde idolâtre, et par elle, sans doute, est prédestinée à régner encore sur l'univers chrétien?

Mais, pour rester dans le passé et ne considérer ici que la Crèce, qui ne voit que, si ces idées ont été le vrai fondement de sa grandeur, cette éducation toute généreuse ne lui aurait pourtant point suffi, ni pour sa gloire, ni poui- notre édi-

1S2 l/IDÉE DE NÉMÉSIS DANS LA VIE.

ficalion. Un exemple resterait à donnei- ici-bas, quelque chose manquerait à nos souvenirs, à l'équilibre de l'histoire, et, pour ainsi dire, à la figure du passé, si le nom de la Grèce ne rappelait que les piemiers efforts du génie et de l'héroïsme européens. Ce nom rappelle une harmonie, un tempérament unique, fait d'indépendance et de discipline, de prudence et de générosité, des qualités d'Achille et de celles d'Ulysse, ce double idéal de Thellénisme naissant : et cet instinct complexe qui enseignait à la fois au peuple grec la liberté et la règle, qui inspirait ses législateurs et ses artistes, lui faisait rencontrer la grâce sur tous les chemins du beau, était rame de ses institutions et de sa politique, (|ui corrigeait Platon, le plus libre des génies, par Aristote, le plus grand des génies méthodiques, faisait aussi que ce peuple héroïque était en même tenqis un peuple religieux, et joignait à des verlus sublimes ces vertus nécessaiies qui sont la sagesse et l'humilité.

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