LA NATURE DIVINE
après tant d'épreuves, a revu enfin sa patrie : ce Roi des rois n'est plus qu'un malheureux qui excite la compassion. Moins soucieux désormais de la longue mémoire qu'il laisse que du prix dont il l'a payée, Acliille préférerait à la gloire de régner sur les ombres la condition du plus obscur des vivants. Tout ce que gagne à mourir le plus généreux héros, c'est de mieux connaître le prix de la vie qu'il a perdue, en même temps qu'il ressent plus douloureusement les peines qui l'ont attristée : et dans cette existence nouvelle où il a mérité d'être heureux, et que l'infortune lui a fait souhaiter peut-être, un incurable ennui est le moindre de ses maux. C'est en cela surtout, en représentant la misère humaine comme éternelle et irréparable, que la théologie grecque méconnaît la Providence. Si elle faisait de la terre un lieu d'épreuves et d'initiation à une vie meilleure, on ne saurait l'accuser de pessimisme, pour avoir ajourné le bonheur au delà du tombeau. L'existence du mal serait tout expliquée ici-bas, d'un côté, par rimperfection attachée à toute condition terrestre, de l'autre par l'action de la liberté, base du mérite, et serait justifiée dans l'autre monde par une double réparation, celle du châtiment pour le mal couunis, celle de la compensation pour le mal souffert. Si tel était pour la théologie grecque l'ordre providentiel, la Providence des Grecs serait la même (jiie celle du christianisme