KT LA CONDITION HUMAINE
et de la pliilosopliie. Mais lalliéologie grecque a jugé que la liberté, efficace pour le niaibeur de l'être faible qui la possède, ne pouvait le conduire par la vertu, par le sacrifice, qu'à un monotone siuuilacre d'existence, qu'à une fade parodie de la vie actuelle; elle a laissé penser à l'bomme que sa condition, lamentable ici-bas, serait pire encore aux enfers; elle lui a enseigné la nécessité de la souffrance et l'obligation de la vertu, sans lui promettre en dédommagement de ses douleurs, en échange de ses efforts, le bonheur ni la récompense; elle n'a rêvé pour lui qu'un avenir sans félicité et sans consolation, qui ajouterait à ses maux au lieu de l'en délivrer, jusqu'à lui faire regretter ce présent si misérable : par là, faisant entrer le mal dans la destination des êtres, elle retirait implicitement la bonté à l'essence divine.
Le sentiment religieux, chez les héros d'Homère, est défiguré par une lacune correspondante à celle de la théologie. Les dogmes et les légendes ne font pas seuls les religions : ce qui les caractérise mieux que la croyance même, c'est la manière de croire et de prier; c'est, pour ainsi dire, l'attitude de l'âme en présence de ce qu'elle adore : par là, une idée religieuse peut se trahir longtemps avant de s'affirmer sous une forme précise. Des dieux qui ne sont pas aimés ne sont jjas des dieux bons : s'il en est
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ainsi, que dirons-nous des dieux d'Homère!^ Les hommes qu'il met en scène n'aiment pas plus les dieux qu'ils n'en sont aimés. Les héros mêmes que favorise la prédilection de certaines divinités semblent craindre de payer de retour la tendresse qu'elles montrent pour eux. Ulysse, dans son entretien avec Minerve, au XI H^ livre de VOilyssée, ne témoigne à son infatigable protectrice que du respect et de la soumission. Il se croit trompé par elle ' ; et, quand il ne peut plus douter de ses intentions secourables, on dirait que sa reconnaissance n'ose aller jusqu'à l'amour. La crainte seule, ou le besoin d'un appui qu'ils jugent indispensable à leur faiblesse, inspirent la piété aux Grecs d'Homère. Si, comme Polyphème, ils se croyaient capables de lutter avec avantage contre la divinité, ils diraient connue lui : « INous ne nous soucions point de « Jupiter ni des Immortels; car nous sommes a beaucoup plus forts qu'eux; » et ils n'auraient plus pour la religion que l'indifférence hautaine des Cyclopes et des Phlégyes '. »i Tu m'as joué, >' s'écrie Achille, « Apollon, dieu malfaisant entre « tous! Ah! je me vengerais, si j'en avais le « pouvoir '. » Grecs et Troyens sacrifient aux dieux, sans (praucun mélange d'amour ennoblisse ces hommages ser\iles de la faiblesse à la force.