Hoiii., liuid., XXIV, 4o;j
•'. Hoin.. IIkuI., IV. ."i(7; V , .S7'>; \ III, \\)> . Mil, li;
qiierois dans I àiue humaine au lesseutiiiieiil |)ersonnel, de niènie, dans Hésiode, la ncmé.si.s divine send^le îoiuljer j)arli('ulièrenient sur les actes d'impiété counne sur Toniission des rites prescrits par la reliii;ion '. Quant à la mission de punir, elle semble réservée alors, indépendamuïent de Faction personnelle des dieux, à d'autres agents providentiels, ceux que les Grecs appelaient Opis et Dicé : ou, du moins, il est douteux qu'on attribuât dès lors à la némésis des dieux cette efficacité nécessaire et inmiédiate par laquelle on la caractérisa dans la suite.
Cependant les héros d'Homère la redoutent déjà : et c'est à cette crainte que paraît devoir être reporté l'honneur de certains scrupules, bien délicats pour le temps, que ni le sentimenl de l'équité, au degré où il était alors dé\eloppé, ni la peur de la justice divine proprement dite, ne suffisait à leur inspirer. Un ou deux exemples, auxquels ce (pii précède pourrait fournir des pendants, termineront ce qui concerne la /?<?>//^'y/.v abstraite de ce premier âge, en donnant une idée de la morale dont la garde lui était spécialement confiée.
Le droit de la guerre est certes aussi étendu alors qu'il a jamais pu l'être : et, sauf le respect des traités, qui n'est que le respect des ser-
1 Hesiod., Opp. et DU., vv. 73<J, 754.
3i I.A NÉMKSIS.
meiUs, ou lie xoil pas que les i^uerriers uiis aux prises chez Homère se croieut liés par aucune obligation mutuelle. Cependant le Mentes de V Odyssée, qui n'est autre que l\illas elle-même, raconte quMlusd'Éphyre, sollicité par l'iysse de lui donner un poison meurtrier poiu- y plonger ses flèches, n'avait pas voulu y consentir dans la crainte de s'exposer à la néniésis des dieux '. Les inimitiés personnelles participèrent longtemps dans une large mesin^e aux privilèges des luttes à main armée; et il n'est pas jusqu'à Platon qui ne fasse accorder sans difficulté par un interlocuteur de Socrate ce singulier principe : « Est-il vrai qu'on ne se rend pas coupable d'inc( justice ni d'envie en se réjouissant des maux « de ses ennemis ^ ? » Ce (jui paraît légitime à Platon n'était autorisé qu'avec réserve par la religion dès l'époque homérique. Non-seulement un vainqueur devait, après la mort de son adversaire, respecter son cadavre, sous peine d'irriter les dieux ; non-seulement il était quelque-
1. Hoiii., (kly.s.s., 1,50;}. cf. Hi\>\wvvdL, Jusjunind. ; Plat., Legy., \ ni, 84.) K; Tlieiit., 1 i'J 1) (cdil. Slallbaiiiii).
'.?. Plat, l'hileh., 45) D. C'était, du reste, mie oitiiiioii assez répandue en Grèce, et iirofessée spécialenieiil dans l'école de Socrale, qu'il n'y a de çOo/o; propreinent dit ([uc l'envie qui s'attache à un ami. A. Périaud, ap. Stoi)., lloril., XXXVIII, ô"). ; Xenoph., Memorab., III, 'J,«; Plat , 7>////t/., pag. 410, éd. Stallbauni. Quant aux liaine.s privées, les sociétés antiques les regardaient peut-être connue nécessaires à leur équilibre : Ka/.où; [AtuEi, " Hais les méchants, » avait dit Solon ( Scpl. Sfi/iicnl. Sentent., in PliUosoph. Grxc. fra^jin., éd. Mullacli. pai;. ■>l.'.;.
lois averti par le tonnerre de s'arrêter dans la poursuite de ses ennemis débandés' : les dieux, non contents de lui interdire l'abus de la victoire, lui en défendaient nièuie l'enivrement. Kien n'est plus naturel (pie le cri de joie poussé par Euryclée, lorsqu'elle ^oit les prétendants étendus sans \ie sur le sol et baignés dans leur sang, l lysse pourtant réprime ce transport : ^( Vieille, » dit-il, « réjouis-toi au fond du cœur « et contiens-toi ; point de cris d'allégresse : c'est « manquer à la piété que de s'enorgueillir après « un massacre. Ces hommes sont tombés victimes « de la volonté des dieux et de leurs propres « méfaits; ils n'avaient pas de respect pour le « mortel, quel qu'il fût, bon ou méchant, qui « cherchait asile auprès d'eux : et par là ils ont « mérité cette mort ignominieuse ^. »
L'idée de modération était donc unie dès lors à celle d'hvmiilité envers les dieux. Cette dernière vertu est déjà poussée chez certains héros homériques jusqu'à la crainte des éloges exagérés. En voyant la magnifujue demeure de Ménélas, Télémaque, saisi d'admiration, ne peut s'empêcher de dire à Pisistrate : « Tel est sans « doute le palais de Jupiter Olympien. » 3Iénélas s'empresse de décliner un éloge aussi compromettant : « INon , chers enfants, » dit-il, « non, aucun mortel ne saurait lutter avec Ju-
1. Hom., Iluid., XMV, ô3; Odyss., XXIV, J39. Cl". Oc/y.ss., XIV, 88. ?.. Odijss., XXII, 41 I ; cf. XXIII, ,Ml.
36 LA NËMÉSIS.
<i piler : son palais et ses trésors n'ont rien à « craindre du temps. Quant aux honnnes, l'on « peut ou l'on ne peut pas, que sais-je? en trouce \eY qui rivalisent d'opulence avec moi. C'est « que j'ai beaucoup souffert et beaucoup erré « avant de rapporter ces richesses sur mes vais- (c seaux; et c'est la huitième année seulement (^ que je suis revenu ' . »
L'idée où les contemporains d'Homère puisaient à la fois une morale si exquise et luie piété si superstitieuse était-elle dès lors personnifiée en une divinité spéciale, ou bien attachée également, et sans attribution particulière, à tous les dieux? Il y a des textes en faveur de la première hypothèse : mais d'assez bons arguments en ébranlent l'autorité. Selon Suidas, Érechtlîée, fils d'une reine inconnue d'Âttiquc, nommée Némésis, avait fondé en son honneur ce sanctuaire de Rhanmunte qui resta fameux dans toute l'antiquité ^. Mais, quand bien même