‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 28 sur 181 · Bymn. Homer.Apoll.,\. 190 sqq · texte numérisé non relu

Bymn. Homer.Apoll.,\. 190 sqq

").. Voir (lliad., V, v. 38?. sqq.) l'étrange récit que Dioné l'ait à .';a lille, hiessée par Diomèdc, des mauvais traitements que les hommes ont fait essuyer aux dieux. (Cf. lliad., V, vv. 330, 856, et XXI tôt.; Hesiod., Scut. Heiatl., vv. 359, 'iS" ; Odyss., IV, 397, cf. 385; X, 321, cf. !30 ) « Insensé fils de Diomèdc, » ajoute-t-elle, « il ij^norc que celui- « là ne vieillit f^uère, qui combat contre les Immortels, et (|uc ses en- " fants ne se pressent pas à ses iicnoux pour le fêler au retour de la « "iicnf cl (il- riiorrililc mclée. n

LA NÉMÉSiS. 41

enfin, dans de grandes images, nous représenter, à rissue de son dernier conil^at, le ri\al épliénière de 1 inunortelle ProNidence : siiixons dans leur suprême séjour ces téméraires, ces adversaires des dieux, ])Our lesquels une ironie de leurs ennemis vaincpieurs perpétue aux enfers les Catigues et les illusions de la vie terrestre. C'est Tantale affamé que leurre ime éternelle espérance ; c'est Sisyphe acharné à recommencer sans fin un effort toujours stérile , c'est Tityus obstiné à reproduire l'aliment de son supplice. Ici les Danaïdes poursuivent sans relâche leur entreprise insensée ; là Ixion, attaché à la roue fatale qui tourne sans avancer, s'élève et retombe au point qu'il croyait avoir quitté : figures impérissables qui resteront gravées dans la mémoire de l'homme, tant qu'un mystère lui cachera sa destinée ; mais, en même temps, figures propres à la Grèce, qui les a créées, et par lesquelles les imaginations frappées rendaient hommage dès Homère, et bien auparavant peutêtre, à un dogme que la foi tardait encore à s'avouer.

DKIIXIKMF. PKKIODI.

PÉRIODE THÉOLOGIOUE.

La deuxième période du cidte des dieux jaloux commeuce pour nous à Pindare, et se termine à Socrate, qui indiqua le premier la vraie méthode à suivre pour une épuration régidière de la théologie. Ce second âge est celui où la croyance qui jusque-là n'avait eu, pour ainsi dire, qu'une existence purement virtuelle, parait enfin au grand jour et porte tous ses fruits. Il correspond à une époque de l'anthropomorphisme grec que l'on peut appeler spécialenient théolcgicjtie , parce que l'activité religieuse se tourne alors de la production des fables vers l'élaboration des idées. De là, en ce qui nous touche particulièrement, une affirmation catégorique de la jalousie divine, désormais désignée sous son propre nom, ce qui n'empêche pas une confusion arbitraire du même attribut avec la ne-

li DEUXIÈME PÉRIODE OU PÉRIODE THÉOLOGIQUE.

mésis ; la reconnaissance, au moins implicite, de toutes les conséquences qui se rattaclient à ime doctrine composée de ces éléments ; une mani festation directe, an lieu d'une influence occulte, tle la niême doctrine dans tout ce qui procède de la croyance ou de la pensée, mythologie, art, littérature; un premier effort de la spéculation pour rendre compte des grands faits de l'histoire; une pré'occupat ion efficace et salutaire ajoutée aux mohiles moraux et aux principes qui dirigent la vie : tous faits à peu près contemporains, qu'il s'agit maintenant de distinguer, et de grouper dans un ordre qui ne saurait être rigoureusenient chronologique, ce tableau devant présenter seulement les faces diverses d'une même idée dans une courte et unique période.

CHAPITRb: PREMIKK.

THEOIlIt: DE L\ JALOUSIL DLS DIEl \.

A l'époque où nous sommes parvenu, la Grèce sort à peine des agitations qui signalent ordinairement la naissance de la liberté politique. Des usurpations, des bannissements, des proscriptions, des expulsions de tyrans; des familles ennemies^ des factions rivales, se succédant dans l'exil ; des meurtres, des spoliations, la violation de tous les droits : tels étaient les exemples, pour ainsi dire, domestiques, et encore prochains, qui, de toutes parts, aj)pelaient la pensée des Grecs sur l'instabilité des choses humaines. Ces pays étrangers qu'Hérodote devait leur faire mieux connaitre, étaient encore plus fertiles en pareils enseignements. Crésus, Polycrate, Apriès, Psannnénit, Cambyse, tous ces noms rap[)elaient aux Grecs des fortunes royales sui\ies de ruines terribles, des empires écroulés, des vainqueurs,

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des conquérants, des monarques riches el orgueilleux surpris au faîte de leur élévation par la Hiort, le uiallieur ou la servitude. Ailleurs ils voyaient des cités entières, jadis florissantes, succomber à des re\ers incroyables; les Phocéens contraints d'aller chercher au delà des mers luie autre patrie; Sybaris détruite; Sardes livrée aux flammes; Milet saccagée. L'Orient surtout paraissait le théâtre de toutes les grandeurs et de toutes les catastrophes humaines : frappant les yeux par un luxe éblouissant, des constructions gigantesques, des armées formidables, des empires sans limites; et, d'un autre côté, les attristant par des chutes inouïes qui confondaient la raison. Que sera-ce quand Darius, quand Xerxès, viendront heurter contre la Grèce, si petite et si faible, leur puissance démesurée^ et que le Grand Roi, chassé par une poignée d'hommes, quittera en fuyard ce lambeau de terre qu'il était venu conquérir.' La Grèce elle- même })aya cher tant de gloire. « Vprès le dé- « part de Datis, w dit Hérodote, « Délos éprouva « une secousse, à ce (pie m'ont dit les l)('liens, la « seule qui s'y soit fait sentir jusqu'à mon lemps. « Par là, sans doute, la divinité voulait avertir « les liommes des malheurs (jui se préj)araient. « (>ar, sous Darius, fils dllystaspe, Xerxès, fils « de Darius, Artaxerxès, fils de Xerxès, ces trois « générations dnninl. la Cirèceeut j)lus de maux « à soiiClVir (|ii(' (linMiil \iiigl géuf'i'atioiis d'à-

« vaut Darius, soit de la part des Perses, soit « par suite des guerres ([ue les grands se fai- M saient entre eux pour le pouvoir. Aussi n'esl-il « pas étonnant que Délos, jusqu'alors immobile, « ait tremblé '. »

Ainsi tout semblait inviter les (ïrecs a s'interroger sur le principe surnaturel des malheurs humains. Or leur théologie, pour résoudre ce problème, avait une réponse toute prête, qu'il suffisait de dégager du mystère des fables et de la confusion des vieilles idées. C'était aux yeux d'Eschyle une opinion très-ancienne, que le malheur est fils de la prospérité -. Très-ancienne en effet : mais c'est seulement au siècle même d'Eschyle que nous la trouvons re^êtue de sa formule définitive. Le principe surnaturel de tous les maux dont ne rendent compte ni la liberté humaine, ni la justice divine, s'appela dès lors jalousie des dieux.

La première mention explicite et certaine de la jalousie des dieux se rencontre dans le plus ancien hynme de Pindare dont la date nous soit connue, la X^ pythique, composée en 49B ^. Dès

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