KA LOI DE PARTAGE
puissance de la divinité : néanmoins, ses arrêts sont menacés sans cesse; et sans cesse il faut que les dieux interviennent pour en assurer l'exécution. L'équilibre du monde n'est qu'un équilibre instable, qui a besoin, pour se maintenir, de la vigilance constante de la Providence : la liberté humaine, avec laquelle la Loi suprême ne peut compter, qui échappe à ses plans et qui les ignore, peut sans cesse y porter atteinte. De là, une rivalité entre les dieux et les hommes, dont la fable de Prométhée, sans doute antérieure , et de beaucoup peut-être ^ , aux j)oëmes où Hésiode l'a racontée, contient à la lois le premier épisode et la plus ancienne mention. Qu'est-ce, en effet, que Prométhée, si ce n'est le génie humain lui-même? Tout autorise cette interprétation, et l'antiquité elle-même qui l'indique par la bouche de Plutarque ^, et la transparence des deux récits d'Hésiode, et le caractère général des poèmes dont ils font partie : l'un, moral avant tout, où les mythes ne paraissent que pour servir d enveloppes aux préceptes; l'autre, monument de la religion, .sans doute, mais d'une religion déjà élaborée: compilation originale, où sont groupées, reliées, complétées,
1. Voir une comparaison de la Table de Prométhée avec celle du dieu védique Agni dans VJlistoire des religions de Ut Grèce antigve, par M. A. Maury, toin. I, pag. 218, note .}.
'L 'O I Iç>0|j.r,6eû; , lo-j-éa-vj !, )oYi(ia6ç (De l'nrluini : Moral., t. II, p.t<i. 08, •'•dit. Paris. \(,'Vt).
RT f.A FABLE DE PROMÉTHÉE. 9
les données de la légende; œuvre enfin sur laquelle Texégèse a d'autant plus de droits que la réflexion y a eu plus de part, et que les symboles y semblent souvent calculés pour l'explication des réalités.
^'lîésitons donc pas à reconnaître, avec tout le monde, dans ces quatre fils de Japet dont Hésiode raconte successivement les infortunes, l'humanité même, frappée dans tout ce qui la constitue par la haine ou la vengeance de Jupiter. Le fardeau disproportionné que le patient ' Atlas est condamné à supporter, n'est-ce pas l'image des nécessités doni le faix accablant surcharoe éternellement l'énergie résistante de l'homme? Pour Ménœtius, cet orgueilleux, ce téméraire ', qui est foudroyé et précipité dans l'Érèbe en punition de son audace criminelle, c'est à coup sur cette indomptable activité t[ue rien ne contient, que rien n'effraye, et qui, sans cesse en lutte avec l'ordre établi dans la nature, travaille sans relâche à refaire l'œuvre divine. Qui ne retrouve pareillement dans l'imprévoyant Épiméthée, complice involontaire du courroux qui poursuit sa famille, la passion, cet ennemi domestique de tout ce qu'il y a de force et de raison ici-bas? Enfin ce Prométhée (jui réunira un jour chez Eschyle tous les traits de sa famille, est déjà, sous sa figure propre, chez Hé-