Atimionius ap. Preller, n. 178, not
on peut le caractériser en l'appelant un pessimisme pur. C'est, du moins, ce qui ressort du témoignage des Phïlosophumena^ que nous reproduirons ici sans rien garantir.
Dans le système que ce livre attribue à Empédocle, le monde a pour loi la Nécessité : la Nécessité a pour agents deux forces rivales et tour à tour dominantes, l'Amitié et la Discorde, identiques, la première au Bien, la seconde au Mal *. L'Amitié a pour effet de réunir tous les êtres dans l'unité parfaite d'une sphère immobile. La Discorde tend à détruire cette unité et à disperser ce que l'Amitié a réuni. Toute génération procède de la Discorde ; et le monde sublunaire, noire séjour, né sous son empire, demeure l'inaliénable domaine du mal : d'oià il suit que, pour l'homme, le mal, c'est de naître et de vivre, le bien, c'est de mourir, et de rentrer ainsi dans la grande sphère formée par l'Amitié. Aussi le philosophe d'Agrigente s'appelait-il lui-mémé « un banni, errant loin de Dieu : » et allait-il, dans son enseignement, jusqu'à faire une loi à ses disciples de la plus rigoureuse continence.
Sans doute ces idées n'étaient pas aussi fortement liées chez Empédocle même, qu'on le croirait d'après l'ouvrage où elles sont résumées. Les fragments considérables qui nous restent du
1. I, 3 ; VII, 29 (p. 390 Schn.). Cf. Aristot, Metaphys., A, 4.
poème de la Nature^ tout en confirmant sur certains points cette analyse, n'en établissent pas suffisamment l'exactitude. Il paraît certain que ce monde supérieur, cet empire de l'Amitié, dont Empédocle faisait un pendant à notre univers, il se le représentait, non pas comme existant, mais seulement comme possible, et partait de cette conception pour expliquer l'origine des choses, comme on se sert d'une hypothèse pour éclaircir une démonstration ^. Nous voyons aussi qu'il regardait le monde sublunaire comme assujetti, non point à la Discorde seule, mais alternativement à la Discorde et à l'Amitié 2, et qu'il savait y distinguer le bien à côté du mal. Considéré ainsi à la lumière de la critique, ce système perd quelque chose de sa poétique grandeur comme aussi de son importance philosophique. Quelque degré de foi que mérite, au surplus, l'analyse à laquelle nous nous sommes référé, nous n'avons pas cru pouvoir omettre ici une conception si peu conforme à l'esprit général de la philosophie grecque. D'ailleurs, Empédocle ne se bornait pas à cette explication métaphysique de nos misères. Il rattachait à la doctrine de la métempsycose, que Pythagore passait pour lui avoir enseignée, une théorie de l'expiation fort voisine de celle que nous avons exposée ci-dessus. Suivant lui, les