‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 128 sur 180 · Xenopli,, Memoi'ab., I · texte numérisé non relu

Xenopli,, Memoi'ab., I

dre ce aiot dans son sens le plus étroit, ne fût exemplaire ^ Mais celte piété provenait-elle d'une simple déférence aux usages reçus, d'un sacrifice de la conviction du sage au devoir du citoyen? En d'autres termes, la religion d'Athènes imposaitrelle à l'esprit de telles absurdités qu'un Socrate ne pût y adhérer sincèrement? Il faudrait pour cela que cette religion eût renfermé ce que les modernes appellent des dogmes. Or elle n'en eut qu'un, à proprement parler, celui de l'existence des dieux, lié, il est vrai, à l'idée de leur pluralité. Mais cette pluralité même admettait et avait toujours admis un tempérament cjui la rendait compatible avec le monothéisme philosophique. Une hiérarchie d'êtres surhumains dominés par un* être suprême, Jupitei* pour les uns. Dieu ou le dwiii pour les autres, qui les surpassait infiniment en puissance et en majesté, telle était depuis Homère là religion des sages. Sur ce point Homère lui-même, Pindare, Hérodote, ne laissaient pas beaucoup à faire à Socrate; et il n'y a aucune preuve que celui-ci en ait jugé autrement. Mais si le polythéisme, ainsi mitigé, devenait une erreur relativement peu dangereuse, qui ne compromettait en rien la morale, et ne détournait point l'aspiration religieuse de son véritable objet, il n'en était pas ainsi de l'anthropomorphisme grossier dont les

Xenoph., Memorab,^ I, 2, 64.

philosophes seuls, jusqu'au temps de Socrate, avaient su affranchir leur théodicée : aucune interprétation n'en pouvait paUier l'absurdité ni le péril. Nous voulons parler surtout de cet anthropomorphisme moral qui attribuait aux dieux les passions, les haines, les discordes, les livalités des hommes. Un Olympe tout peuplé de dieux , c'était une erreur sur laquelle les sages eux-mêmes pouvaient fermer les yeux; mais que cet Olympe fût agité et troublé comme les républiques de la terre par les dissensions et l'anarchie, que ces dieux supérieurs à l'homme en intelligence comme en pouvoir, eussent toutes les faiblesses de son cœur, que le gouvernement du monde, que nos destinées fussent remises là-haut au hasard des suffrages et à la pluralité des voix : ces mêmes sages ne pouvaient voir sans horreur la majesté divine dégradée à ce point et les coupables justifiés par l'exemple des Immortels^. Or, si cette idée n'était pas tellement inhérente à la religion grecque qu'on fût tenu d'y ajouter foi, si nous voyons par exemple Pindare rejeter d'un de ses épisodes une fable qui lui semble attentatoire à l'honneur des dieux; si, en un mot^ une piété éclairée savait laisseï' de telles extravagances à la superstition, celle-ci n'était que trop autorisée par les traditions mythologiques, par les récits de l'épopée, par les

1; V. Plat, Euthyphr., 5 E sqq.j éd. Stallbauni.

allégories plus récentes de l'orpljisme, à les admettre aveuglément. Aussi, est-ce à cet anthropomorphisme moral que s'est attaqué uniquement Socrale, comme au seul obstacle vraiment redoutable que la saine religion rencontrât dans les croyances de son pays.

V Euthjphron, un des rares dialogues de Platon que des circonstances historiques, et le caractère même àh\n enseignement élémentaire et piatique avec élévation, permettent d'attribuer àrinspiraliondirecte de Socrate,est le monument à consulter pour la partie critique de la théologie de ce philosophe. Euthyphron est un dévot, qu'un scrupule religieux pousse à cette étrange extrémité, de demander en justice la mort de son père. Un passage curieux d'Hérodote nous a fait voir comment le mystère se mêlait à ce que la religion grecque avait de plus grossier. La raison qu'allègue Euthyphron est mystérieuse aussi : il invoque cette loi divine ^ (ôciov, fas) dont les prêtres seuls possèdent complètement la lettre et dont nul ne connaît les motifs. Tout au plus sait-il répondre à Socrate que la piété est ce qui plaît aux dieux ^. Socrate n'a pas de peine à tirer des discordes , prêtées par Euthyphron même aux habitants de l'Olympe, un argument péremptoire contre celte définition, dont la conséquence serait, dans un tel système^

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