‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 154 sur 180 · Plutarch., De Herodoti malignitate, cap · texte numérisé non relu

Plutarch., De Herodoti malignitate, cap

2i4 ALTÉRATIONS ET DÉCADENCE

(lu renient le naïf historien d'avoir calomnié à la fois et Soion et les dieux : « Si Dion et Brulus, ^ dit-il, « si des hommes d'une grande force de « caractère, des philosophes peu susceptibles « de se laisser troubler ou abattre, ont pu êlre « émus d'une apparition au point d'en faire part « à d'autres, je ne sais s'il ne faut pas admetli'e « celte anti(jue opinion, la plus étrange de toute tes, que les divinités malfaisantes et jalouses, « portant envie aux hommes vertueux, et se je- « taut à la traveise de leurs actions, leur suscite tent des alarmes et des frayeurs qui ébranlent cf et font chanceler leur vertu, de peur que, en « restant fermes et constants dans le bien, ils « n'obtiennent après la mort une meilleure conce dition que n'est la leur. Mais il vaut mieux « réserver ce sujet pour un autre ouvrage ^ » x\insi donc les dieux aussi s'ennuyaient d'entendre appeler justes les Aristides. A la vérité, ils ne sont pas tous en cause ici. L'opinion rapportée par Plutarque place le principe surnaturel du mal moral, non dans la divinité même, mais dans une certaine classe de divinités, ou plutôt encore de génies particulièrement malfaisants et jaloux (toc çaOXa ^aip^ovia xal ^aGxava), et fraye ainsi la voie à une autre explication du mal. Néanmoins, on voit par ce dernier exemple,

i. Plutarch., Dion., II, 3 (pag. 958). — Parmi les ouvrages subsistanls de Plutarque, nous n'en connaissons aucun où soit trailé ex professo le sujet sur lequel il se promet ici de revenir.

mieux peut-être que par aucun de ceux qui l'ont précédé, comment l'anthropomorphisme, ce vice natif de la religion grecque, l'avait infectée tout entière, au point de compromettre à la fln la morale elle-même, et comment cette superstition, grossière mais inoffensive, tant qu'elle se bornait à revêtir les dieux des apparences sensibles de l'humanité, devenait, dès qu'elle leur en prêtait les sentiments, une erreur capitale qui, en introduisant la faillibilité où aurait dû être la perfection, mettait l'homme dans la nécessité de choisir entre sa conscience et sa foi, entre une morale sans fondement religieux et une religion contradictoire à la morale.

Ainsi les derniers jours du paganisme voyaient se perpétuer, sinon dans la créance des Grecs, au moins dans leur souvenir, une tradition religieuse qui remontait à Hésiode et sans doute plus haut. Plolin compte ou paraît compter encore ^, ainsi qu'avait fait Plalon , avec le préjugé de la jalousie divine; et Nonnus, cet épique attardé qui finit, dit-on, par embrasser le christianisme, donne encore un rôle à la déesse de Rhamnunte dans un épisode de ses Dionysiaques^, Quant au culte rendu par les Romains à la même divinité, il n'y a pas lieu d'y insister

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