‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 157 sur 180 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

I. La magie et la divijn-atjon devant la némésis. (Voy. plus haut, pag. 80.)

Certaines opinions très-populaires en Grèce semblent, au premier abord, contredire le préjugé de la jalousie divine. En effet, tout en croyant fermement à la limitation providentielle de la condition humaine, les Grecs prêtaient à l'homme la faculté d'agrandir par la magie, par la divination, la sphère de son pouvoir, de son intelligence. Sans prétendre lever entièrement la difficulté qui résulte de ce conflit de croyances en apparence incompatibles, on peut montrer du moins comment l'objection qu'elle soulève n'eût pas trouvé la théologie grecque absolument désarmée.

Ainsi la magie n'était pas essentiellement en Grèce ce qu'elle a pu devenir ailleurs sous l'em-

pire d'idées dualistes, un recours de l'homme à l'assistance du mauvais principe pour lutter contre le bon. Sans doute la ligne de démarcation tracée entre les dieux supérieurs et les dieux infernaux, les uns plutôt bienfaisants, les autres particulièrement malfaisants, rappelle l'antagonisme qui fait la base de la doctrine manichéenne. Sans doute on peut reconnaître dès Euripide en une divinité spéciale, Hécate, l'Ahriman ou le diable de la magie grecque ^. Mais ce n'est probablement qu'à la faveur d'influences étrangères que ces idées purent prendre en Grèce une certaine consistance. S'il est déjà question dans Homère d'incantations et de plantes magiques % des prodiges opérés par une déesse savante en sorcellerie, la redoutable Circé ^, si à la légende antique des Argonautes se rattache celle des enchantements de Médée, comme à la tradition des premières guérisons, ouvrages d'Esculape , le souvenir des plus anciennes applications de la magie à la médecine '^, rien ne montre que l'esprit grec attribuât ces victoires sur l'ordre naturel à un dédoublement de l'essence divine, à un autre pouvoir que celui de la divinité même, exercé directement ou communiqué libéralement par

1. Eurip., Med., v. 394. Cf. Hes., Theog., vv. 411-453; Refutatio omnium hœresium, IV, 35.

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