‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 159 sur 180 · Plat., Men., 80 B. — 3. Plat., Legg., 908 sqq · texte numérisé non relu

Plat., Men., 80 B. — 3. Plat., Legg., 908 sqq

veilleux s'exerçait jusque sur la marche des astres^ finissaient par perdre les pieds et les yeux \ Les Grecs voyaient donc dans l'abus de la magie un excès qui, de même que tout autre, attirait sur le coupable la némésis divine : par là se conciliaient deux préjugés qui semblent d'abord contradictoires.

L'examen des idées accréditées au sujet de la divination conduit à une conclusion analogue. Mais il importe d'abord de distinguer la divination proprement dite du don de prophétie : si toutefois le mot don peut être employé ici. Il s'en fallait, en effet, de beaucoup que l'inspiration prophétique fût considérée comme une prérogative désirable. Elle avait tous les caractères d'une véritable possession ^. Assujettis à l'empire irrésistible de la divinité qui se servait d'eux pour annoncer l'avenir, le prophète, la pythonisse , payaient cher l'honneur de lui prêter leur voix : et l'histoire de Cassandre montre assez quelles tristes compensations étaient attachées, selon les Grecs, au privilège de l'enthousiasme fatidique. En un mot, ce n'était pas là un

1. Suid., voc. "Em cauxâi tyiv crEXvivïiv xa8ÉXxEiç. Cf. Plat., Gorg., 513 A.

2. Selon Platon (Ttni., 71 E), Finspiration prophétique, qu'il appelle [jLavTixiQ, ne peut se produire que dans le sommeil, la maladie^ ou l'enthousiasme (c'est-à-dke la possession). Le mot NvitiLçoXYiuToç peut se traduire tantôt par inspiré, tantôt par possédé (voir Maurj, Bel. de la Grèce, tom. Il, pag. 475, note 2).

empiétement de l'homme sur le domaine des dieux, mais plutôt une extension tyrannique du pouvoir des dieux sur les hommes : et ainsi la prescience prophétique devait rester à l'abri de la jalousie divine.

Néanmoins, telle était, sur ce dernier point, la force du préjugé populaire^ que la trace s'en retrouve jusque dans la légende relative à l'institution- de l'oracle de Delphes, rattachée par Euripide'^ à la victoire d'Apollon sur le serpent Python.

Le sanctuaire fatidique, disait-on, qui avait d'abord appartenu à la Terre, première prophétesse=», était ensuite échu à sa fille Thémis, Un dragon gardait alors l'enceinte consacrée. Phébus, encore enfant, le tua, et s'empara du saint trépied, d'oii il révéla aux hommes l'avenir. De son côté, la Terre enfanta les songes prophétiques, afin de venger sa fille. Mais Jupiter, conjuré par Apollon de faire cesser une concurrence fatale à ses oracles , mit fin aux prédictions nocturnes et rétablit ainsi le sanctuaire de Delphes dans son crédit et ses honneurs. Cette fonction de gardien dévolue, comme dans tant de légendes ^, au dragon , qui symbolise sans

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