‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 160 sur 180 · scliyl., Eumen., \. 1. Cf. Orphie, hymn., LXXIX · texte numérisé non relu

scliyl., Eumen., \. 1. Cf. Orphie, hymn., LXXIX

3. Ainsi la toison d'or (Eurip., Med., v. 480) , — les pommes d'or du Jardin des Hespérides (Lucr., De Natura renmi, V, 33 sq.), — la fontaine Dircé (Eurip., Phœnic, v. 657 ; cf. y. 931), — le sanctuaire de Chrysa (Soph., PMloct., 192 sq. , 1326 sq.),— Erichthonius (Eurip.,

doute ici la jalousie expressément prêtée à Thémis dans le récit d'Euripide, cette lutte acharnée soutenue par la déesse législatrice contre le Dieu révélateur , nous font connaître une nouvelle application de l'idée de la némésis divine , en même temps qu'elles nous laissent apercevoir le motif religieux qui justifiait aux yeux des Grecs l'obscurité des oracles. Ce qui ressort en effet de toute cette légende, c'est la jalousie des vieilles déesses terrestres, obstinées à défendre le privilège divin de la prescience contre la libéralité de dieux plus jeunes , qui veulent y faire participer les hommes : idée entièrement semblable à celle qui fait le fond des Euménides d'Eschyle, sauf que, dans cette tragédie, l'objet du débat n'est pas la prescience, mais le droit de punir.

La divination paraît avoir été confondue quelquefois avec la faculté prophétique, au moins dans le langage *. Apollon, appelé souvent le prophète de Jupiter ^ est aussi désigné par le surnom de Dieu devin. De plus, on attribuait à certains hommes, ou plutôt à certaines familles (car

Ion., V. 20 sqq.),— lamus (Pindar., Olymp., VI, 73), — l'acropole d'Athènes (Herodot., VIII, 41), ont également pour gardiens des dragons ou des serpents.

1. Comparer les vers 533 et 556 de l'hymne homérique à Mercure, où la prophétie et la divination, très-nettement distinguées, sont cependant désignées par un même mot. Platon ( Tim.y 72 B) soutient même que le nom de ftàvieiç doit être réservé aux inspirés, et celui de Tvposyjtai, donné aux interprètes des signes envoyés par la divinité.

ce privilège semble avoir été héréditaire ^), un talent inné ^ de divination, qui paraît n'avoir différé de la faculté prophétique qu'en un point, à savoir que l'exercice en était volontaire , au lieu d'être provoqué invinciblement par la présence d^m dieu inspirateur. Quoi qu'il en soit, la divination était ordinairement considérée comme un art véritable, qui avait ses procédés et ses règles. Bornée en général à l'interprétation des signes envoyés par les dieux, elle n'était pas une usurpation de leurs prérogatives. Le devin n'entreprenait point sur la prescience divine : il se bornait à la consulter; et c'était d'elle qu'il tenait tout son crédit : à tel point que, pour établir l'existence de cet attribut, Xénophon s'autorise de la divination, comme d'une pratique qui suppose ce qu'il veut prouver^. Aussi celte méthode pour connaître l'avenir était-elle nonseulement tolérée, mais encore recommandée par la religion grecque.

Cependant, chez les anciens mêmes, l'efiicacité de la divination était l'objet de doutes nombreux et des plus libres attaques. Euripide surtout fait à celte superstition une guerre achar-

1. Voir M. Alfred Maury, Hist. des religions de la Grèce, tom. Il, page 461.

•1. Herodot.,IX, 9'<.

3. Xenoph., Sympos., IV, 47. — Socrate blâmait comme irréligieux les hommes qui n'y avaient pas recours, selon le même Xéno[)hon {Memo7\, I, 4).

née ^ : et il est probable qu'elle n'a jantiais été un article obligatoire de religion. II y a plus : permise, et même encouragée, tant qu'elle restait entre certaines bornes, la divination ne pouvait les franchir sans sacrilège. C'est ce qui résulte de l'histoire de Phinée, telle qu'elle est racontée par Apollonius de Rhodes. On y voit que Phinée, doué par Apollon de la faculté de prédire, devint aveugle pour avoir osé dévoiler aux hommes la sainte pensée de Jupiter. Le poète nous le montre corrigé par cette triste expérience^ et ne voulant instruire les Grecs qu'en partie des destinées qui les attendent , parce qu'il ne lui est pas permis de les leur faire connaître entièrement : a J'ai failli, » dit-il , « lorsque, dans mon délire, c( j'ai osé révéler complètement la pensée de « Jupiter : lui-même, dans ses oracles, il ne dév voile qu'à demi l'avenir aux hommes, afin « qu'ils ne lisent pas jusqu'au fond dans les « secrets des dieux ^. » La cécité qui atteint Phinée lui est d'ailleurs commune avec plusieurs devins célèbres dans l'antiquité, tels que Tirésias^, et cet Événius dont parle Hérodote 4. Or,

1. Eurip., Tphig. AuL, v. 956; Helen., 744; Fragm. , 944, coUect. Didot. Cf. Hesiod. Fragm,, 124, collect. Didot; Sophocl., Œd. R., 357, 709, 743.

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