‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 19 sur 180 · Od., XVI · texte numérisé non relu

Od., XVI

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comme avec un ennemi, en lui promettant des offrandes, avec l'être mystérieux dont la présence suffit pour causer ses alarmes.

Une piété si craintive accuse les dieux à qui elle rend hommage. Dès cette époque, on le le voit, les Grecs, persuadés de l'existence d'un principe malfaisant au sein de la divinité, faisaient consister le premier devoir de religion et de sagesse à subir en silence ses rigoureux décrets, à craindre son pouvoir, à l'adorer, à le ménager, à le fléchir. Mais, dès lors aussi, ils avaient l'idée d'une résistance, et même d'une rébellion, quelquefois victorieuse, mais toujours imprudente, punie tôt ou tard, et partant condamnable, de l'homme contre la tyrannie des dieux o

Il nous reste à mettre en lumière ce dernier point, qui n'a été qu'indiqué au chapitre précédent.

A côté du dieu bienfaisant, ou plutôt sans méchanceté ^, en qui se personnifie l'activité humaine dans sa lutte avec la pui.ssance d'en

1. lAxàxr,Ta (Hesiod., Tfieogon., v. 614). L'épithète su:, appliquée ailleurs (ib., v. 503; 0pp. et Dd., y. 50) au fils de Japet, est beaucoup moins caractéristique. Ce mot est bien rendu par egreg'nis dans la traduction latine jointe à l'édition pidpl,

haut, la mythologie grecque compte une foule de personnages dont les noms rappellent une témérité et une punition pareilles. Thamyris et JNiohé, dans V Iliade, Ajax, fils d'Oïlée, et Eurytus, dans YOcljssée; Phaéthon, dont Hésiode racontait déjà l'entreprise et la chute, Phorbas, Tantale, Agamemnon^ Araphion, chez les Cycliques, sont des impies comme Prométhée. Le courroux des dieux les atteint comme lui, ou même les poursuit jusque dans les enfers. Ainsi que la colère de Jupiter fait expier au genre humain les bienfaits dont le Titan l'a comblé, de même l'hvmen d'Orion avec l'Aurore le dési£rne aux flèches de Diane ; celui de Jasion avec Cérès fait tomber sur lui les foudres de ,lupiter. Calypso s'écrie, lorsque Mercure lui apporte l'ordre de laisser partir Ulysse : « Vous êtes cruels, ô fc dieux! crliels et jaloux ^ entre tous, vous qui « ^/oyez d'un œil d'indignation les déesses épou- « ser des mortels. » Même lorsqu'elles sont passagères, ces mésalliances ne laissent pas d'être dangereuses pour le mortel qui en est honoré ^ comme pour l'enfant qui en est le fruit ^. Les dieux les considèrent comme attentatoires à leurs prérogatives, et pardonnent rarement cet oubli de leurs droits au favori auquel il profite.

1. Hom., OcL, V. 1 18 sqq. Il y a dans le grec lr).ri\xovzz, que nous nous voyons à regret forcé de traduii'e comme çôovEpot.

2. Hymn.Homer. Ven., v. 189. Cf. ib., y. 287; Ocl?jss.,X, 301, 341.

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