‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 25 sur 180 · Hesiod., 0pp. et Dd., vv · texte numérisé non relu

Hesiod., 0pp. et Dd., vv

ments, on ne voit pas que les guerriers mis aux prises chez Homère se croient liés par aucune obligation mutuelle. Cependant le Mentes de V Odyssée, qui n'est autre que Pallas elle-même, raconte qu'Ilusd'Éphyre, sollicité par Ulysse de lui donner un poison meurtrier pour y plonger ses flèches, n'avait pas voulu y consentir dans la crainte de s'exposer à la némésis des dieux ^ . Les inimitiés personnelles participèrent longtemps dans une large mesure aux privilèges des luttes à main armée ; et il n'est pas jusqu'à Platon qui ne fasse accorder sans difficulté par un interlocuteur de Socrate ce singulier principe : « Est-il vrai qu'on ne se rend pas coupable d'in- « justice ni d'envie en se réjouissant des maux « de ses ennemis ^ ? » Ce qui parait légitime à Platon n'était autorisé qu'avec réserve par la religion dès l'époque homérique. Non-seulement un vainqueur devait, après la mort de son adversaire, respecter son cadavre, sous peine d'irriter les dieux -, non-seulement il était quelque-

1. Houi., Oclyss., 1, 203. Cf. BxçxtOQxaX., Jasjiirand. ; Plat.. Lecjg., Vlir, 845 E; Thexl., 149 D (édit. Slallbaum).

"2. Plat., Phileb., 49 D. C'était, du reste, une opinion assez répandue en Grèce, et professée spécialement dans l'école de Sociale, qu'il n'y a de ©Qovo; proprement dit que l'envie qui s'attache à un ami. Y, Périaud, ap. Stob., Floril., XXXVIII, 52 ; Xenoph., Memorab.i III, 9, 8; Plat, Delinil., pag. 416, éd. Stallbaum. Quant aux haines privées, les sociétés antiques les regardaient peut-être comme nécessaires à leur équilibre : Ka/iOÙ; [j.i(7£i, « Hais les méchants, •» avait dit Solon {Sept. Sapient, Sentent., in Pliilosoph. Grœc. fragm., éd. MuUach, pag. 215;.

fois averti par le tonnerre de s'arrêter dans la poursuite de ses ennemis débandés ^ : les dieux, non contents de lui interdire l'abus de la victoire, lui en défendaient même l'enivrement.

Rien n'est plus naturel qne le cri de joie poussé par Euryclée, lorsqu'elle voit les prétendants étendus sans vie sur le sol et baignés dans leur sang. Ulysse pourtant réprime ce transport :

ic Vieille, » dit-il, « réjouis-toi au fond du cœur « et contiens-toi ; point de cris d'allégresse : c'est « manquer à la piété que de s'enorgueillir après « un massacre. Ces hommes sont tombés victimes « de la volonté des dieux et de leurs propres « méfaits; ils n'avaient pas de respect pour le « mortel, quel qu'il fut, bon ou méchant, qui ce cherchait asile auprès d'eux : et par là ils ont « mérité cette mort ignominieuse ^ . »

L'idée de modération était donc unie dès lors ' à celle d'humilité envers les dieux. Cette der- * nière vertu est déjà poussée chez certains héros homériques jusqu'à la crainte des éloges exagérés. En voyant la magnifique demeure de Ménélas, ïélémaque, saisi d'admiration, ne peut s'empêcher de dire à Pisistrate : « Tel est sans « doute le palais de Jupiter Olympien. » Ménélas s'empresse de décliner un éloge aussi compromettant : « Non, chers enfants, » dit-il, « non, aucun mortel ne saurait lutter avec Ju-

1. Hoiii., IllacL, XXIV, ô3; Odyss., XXIV, 539. Cl'. Odyss.,XÏV, 88.

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