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5. On crachait dans son sein pour détourner de soi les représailles de la jalousie divine (Plin., Eist.Nat., XXYIII, 7; Lucian., Apolocj. jrro mer ceci, comluct., 6; Anthol. Gr.^ lib. IV, tit. XII, ep. 109, éd. de Bosch). Ce préservatif paraît d'ailleurs avoir été d'un emploi général contre les mauvais présages : 'ATrÉTîTuaa, répond Hécube à une prédiction
le rituel destiné à prévenir les effets funestes de la jalousie humaine , c'est-à-dire à écarter de soi la fascination, à conjurer l'influence du mau- A?ais œil ^ .
M. Naegelsbach, après d'autres ^, est allé jusqu'à rapporter à l'idée de la jalousie des dieux
' l'origine de ce dernier préjugé. Ce qu'il est du moins permis d'affirmer, c'est que, dans l'esprit des Grecs, ces deux superstitions se touchaient de fort près. Je ne parle pas des nombreux passages où il est fait mention de la jalousie d'une manière si générale et si vague, qu'on ne sait si l'auteur a voulu désigner la jalousie des hommes ou celle des dieux , ou si plutôt il n'a pas
• eu en vue l'une et l'autre à la fois. Mais, de même que la jalousie humaine est considérée
sinistre de Polymestor (Eurip., JJecub., v. 1276). « Quidam non speruendi auctores inter amuleta connumerant in editam urinam exspuere, et similiter in dextri pedis calceamentum, antequam induatur. Quod etiam salutare esse aiunt, cum quis per locum aliquem transit, in quo periculum sibi imminere veretiif{£>e Fascmo,auctore Leonardo Vairio, Parisiis, 1583, page 55). » Lorsqu'on voulait demander pardon aux dieux de quelque parole imprudente, on s'appliquait le quatrième doigt sur la bouche, puis derrière l'oreille, à un endroit appelé endroit de JSémésis (Plin., Hïst. Nat., XI, 45).
1 . Plin., Hist. Nat., XXVIII, 7 ; cf. Theocrit., Idyl., VI, 34 : 'Q; (iri pa(jy.av6w Se, Tpiç el; ipiôv sTiTUda xoXtcov.
2. Naegelsbach, Nachliomerische Théologie, § 32. — Démocrite expliquait le pouvoir du mauvais œil par des effluves de nature maligne qui, partant de l'envieux, allaient s'attacher à la personne en butte à sa jalousie, et devenaient pour elle un principe de trouble physique et mental (Plut., Sympos. Quxst., V, 7, 6). Ce dernier trait rappelle Até, l'esprit d'imprudence et d'erreur, ministre habituel de la jalousie divine.
comme se manifestant et s'exerçant même par le regard ^, de même que l'œil de l'envieux passe pour malfaisant, ainsi que le prouve, sans chercher plus loin, la double signification du verbe grec qui répond à notre mot fasciner'^, de même les dieux lancent par les yeux le malheur ou la mort sur les objets de leur jalousie. Agamemnon parle de « la jalousie de l'œil des dieux » comme d'un trait dont il craint d'être atteint^. « Trop « de gloire, » dit encore Eschyle, « une gloire « enviée est un lourd fardeau : car les yeux de Ju- « piter lancent la foudre 'i. » On objectera peutêtre que ces assimilations, chez Eschyle, peuvent être imputées à la poésie, aussi bien qu'à la religion. Elles prouvent du moins qu'à son sens les deux jalousies étaient identiques, sinon quant à leurs effets, du moins quant à leur nature ^.
Tout nous force donc à reconnaître que l'anthropomorphisme, en transportant ce sentiment chez les dieux, lui avait laissé son caractère. Et ainsi, soit que, partant de l'idée de jalousie humaine, liée à la superstition du mauvais œil, les Grecs attribuassent à la même passion transportée chez les dieux une efficacité analogue ; soit que, conune parait le croire M. Naegelsbach, ils
1. Pindar., iVem., IV, 64. Cf. Stob., JP/or» , XXXVIII, G, 10.
?. Baffxatvetv. .