V. Naegelsbach, loc, cit
vissent dans la force fatale du mauvais œil une influence communiquée au regard de l'homme par la jalousie divine, en tout cas, ils imputaient le même sentiment au dieu qui avait renversé Crésus et Polycrate, qu'à l'envieux qui faisait périr les troupeaux ou les blés de son voisin en
*les ensorcelant. La jalousie était donc à leurs yeux un attribut particulier de la divinité, et, de plus, un attribut qui n'avait besoin d'aucun autre pour s'exercer, ni de la justice vengeresse, ni de la puissance même, comme étant doué d'une efficacité naturelle et immédiate pour le
^ mal.
Faut-il maintenant considérer cette croyance comme propre à certains esprits, par exemple à Hérodote, dont nous avons souvent allégué ici le témoignage, avant même d'avoir à montrer le grand rôle joué dans son histoire par l'idée qu'il a si souvent exprimée? Non, sans doute : car d'abord les rites singuliers et puérils auxquels nous avons fait allusion plus haut révèlent assez clairement un préjugé tout populaire : et de plus, si nous laissons de côté Hérodote, si nous écartons de même Pindare, Eschyle et Sophocle, assez d'indices attestent encore le crédit général et durable dont a joui cette super.stition . Euripide, qui nie que les dieux puissent être méchants , qui trouve messéant de leur attribuer les passions des hommes, représente néan-
moins les malheurs de la race de Pélops comme un effet de la jalousie divine ^ . Aristophane s'amuse à exagérer la même idée jusqu'au blasphème^. L'austère et judicieux Thucydide ne dédaigne pas d'en tirer parti quand il fait parler le dévot Nicias^. Xénophon, dont l'enseignement de Socrate avait pourtant éclairé le zèle religieux, y fait une allusion qui semble impliquer acquiescement par la bouche d'un des personnages de sa Cjropédie^. Jusqu'aux derniers jours de l'antiquité, elle trouve encore de tous côtés des échos qui en répètent les formules. Plus on fera difficulté d'admettre que des esprits indépendants aient exprimé en cela leur opinion , moins il sera possible de méconnaître dans leurs paroles des témoignages de la croyance populaire : et dès lors nous pouvons tenir pour constatée la solution fournie par la théologie grecque au problème de l'origine du mal.
La fatalité, la fortune, le bon et le mauvais génie, l'étoile qui brille d'abord, et finit par pâlir et disparaître : autant d'hypothèses appelées par la raison humaine au secours de son ignorance, en face des brusques vicissitudes qui vien-
1. Eurip,, JjP^i(7. Taitr., V. 390 ; 5accÂ., v. 1348; Orest.,y. 974. cf. SuppL, V. 348; Iphig. Aiil., v. 1097.