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le courroux des dieux ne s'attache pas à la prospérité, mais aux excès auxquels les hommes heureux se laissent parfois emporter; et qu'ainsi la durée du bonheur humain ne dépend que de la manière d'en jouir. C'est nier, ce semble, la jalousie des dieux. Mais comme l'affirmation s'en* trouve ailleurs chez le même Esch^'le, tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il commente ici avec liberté la formule à laquelle il reste ailleurs aveuglément soumis; c'est que, au lieu de lui laisser son acception propre et distincte, il la restreint au sens dans lequel Homère avait entendu ordinairement la némésis des dieux. Et' telle est, à côté de la doctrine ancienne et, pour ainsi dire, orthodoxe, en tant qu'elle était consacrée par la superstition générale et conforme à l'esprit même de la religion, l'interprétation nouvelle qui la mitigeait.
En somme, et pour résumer tout ce qui précède, la né/nésis et la jalousie avaient été prêtées, l'une expressément dès Homère, l'autre implicitement, puis expressément, à la divinité. En vertu de leur jalousie, les dieux haïssaient toute créature dont l'élévation semblait mettre en danger leur supériorité. En vertu de leur némésis, ils réprouvaient toute tentative faite par l'homme pour franchir les limites que lui prescrivait sa condition ou son devoir. Leur jalousie avait pour objet la prospérité; leur némésis^ l'excès ou l'abus, principe de toutes les fautes.
Ces deux idées finirent par se confondre : el alois la jalousie prêtée aux dieux fut entendue, tantôt comme une vraie jalousie, tantôt comme 'une simple némésis. La doctrine de la jalousie ■ des dieux a donc deux faces, pour ainsi dire; et il en ressort deux explications des infortunes humaines, explications diverses, bien que, rapprochées presque partout, elles semblent moins s'opposer l'une à l'autre que se compléter mu- ' tuellement : le malheur est fils de la prospé- . rite; le malheur est fils de l'excès. )De ces deux idées , la première est suffisamment connue : l'autre a reçu de la théologie grecque une telle extension , les applications en sont si nombreuses et si variées, qu'elle doit nous arrêter à son tour.
Ainsi qu'au terme némésis était liée l'idée de réprobation des excès, de même celui qui signifiait excès ^ en tant qu'exprimant l'élément commun et essentiel de toutes les fautes, pouvait servir à les désigner toutes. Excès, abus, orgueil, impiété, violence, insolence, injustice, toutes ces expressions y équivalent selon les cas, sans qu'aucune puisse être constamment appliquée à en rendre la force. L'excès est l'ennemi de toutes les lois divines et humaines, de toute bairière opposée aux convoitises, à l'orgueil, aux entreprises de l'homme. Comme le mot qui le désigne et celui de némésis paraissent par-
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tout avoir la même extension, comme ils sont en corrélation constante, on peut dire que tous les actes qui portaient le caractère de l'excès, c'est-à-dire toutes les fautes, ressortissaient par ce côté à la jalousie divine. Cependant il est certaines transgressions qui étaient plus particulièrement considérées comme soumises à cette juridiction.
Au premier rang de ces transgressions il faut ' mettre l'impiété, et, ce qui revenait presque au même pour les Grecs, l'orgueil, souvent rattaché à l'excès par un lien généalogique ^. « Quand lu v « verras, » dit Euripide, « un mortel, parvenu aux fc grandeurs, se glorifier de l'éclat de son opu- « lence ou de sa noblesse, et porter le front (c plus haut que ne le comporte sa fortune, a compte que la némésis ne tardera pas à le « frapper : il ne s'élève que pour tomber de plus « haut ^. w
Le courroux divin atteint d'ailleurs la présonuption humaine sous toutes ses formes , à tous ses degrés, depuis la témérité sacrilège d'un Ixion , d'un Tantale, d'un Belléroplion , jusqu'à l'infraction la plus légère aux lois de la modestie. Calchas, chez Sophocle, attribue le malheur prochain d'Ajax à des paroles empreintes de jac-
1. JEschyl., £iwnen., Y. 533; Solon, fr. 11, éd. Tauchnitz. Cf. Diog. Laért.. 1, 59; Pind., Olymp., XIII, 13; Theogn., v. 153, éd. Tauchnitz ; Bacisap. Herodot,, Vllf, 77.