IX. 41 n sqq. Od., XI. 110 sqq. ; XII, 137 sqq
suprême sanctionnée par la volonté des dieux ? On le croirait, si une locution familière à Homère * ne témoignait clairement qu'il a eu l'idée d'une pareille infraction ; si ses dieux n'en exprimaient assez fréquemment la crainte dans leur sollicitude à s'y opposer; si lui-même, enfin, parlant en son propre nom, n'en faisait mention, dans tel endroit, comme d'une chose possible, dans tel autre, comme d'un fait accompli ^.
Ainsi la théologie grecque, à la prendre, autant qu'il est possible, à sa source, reconnaît l'existence et le pouvoir du libre arbitre : elle n'est pas fataliste. Non - seulement elle fait l'homme libre ; mais encore elle le met aux prises avec ce pouvoir supérieur de la loi de partage ou des dieux qui le domine sans l'asservir, et qui réclame son respect sans l'obtenir toujours. Ce pouvoir, borné lui-même par celui qu'il limite, est efficace et souverain dans les conditions ordinaires, grâce à la faiblesse des hommes, à la
1. T7tsp|io(iov ou {nt£p[xopa, qui a pour équivalent 'bnep aitrav.
2. IL, XVI, 780. cf. ib. Il, 155; XVII, 321 ; XX, 30, 300, 336; XXI, 515. Odijss., I, 36, 37; V, 436. — Parmi les textes moins anciens, on peut voir la prédiction de Bacis dans Hérodote (IX, 43); VAlcesle d'Euripide (en particulier les vers 695 et 939) ; Pausanias (IV, 21, 4). L'infraction est représentée dans le premier de ces passages comme future, mais certaine; dans le deuxième comme passée et accomplie. — Le pour et le contre, sur toutes ces questions, se trouvent dans les deux ouvrages classiques de M. Nsegelsbach, où sont réunis , classés et interprétés les textes qui intéressent l'histoire de la théologie grecque jusqu'au temps d'Alexandre {Homeriscke Théologie, 2^ édition , Niiremberg, 1861; Nachlwmerische Théologie, ib,. 1857).
s LA LOI DE PARTAGE
puissance de la divinité : néanmoins, ses arrêts sont menacés sans cesse ; et sans cesse il faut que les dieux interviennent pour en assurer l'exécution. L'équilibre du monde n'est qu'un équilibre instable, c^ui a besoin, pour se maintenir , de la vigilance constante de la Providence : la liberté humaine, avec laquelle la Loi suprême ne peut compter, qui échappe à ses plans et qui les ignore, peut sans cesse y porter atteinte. De là, une rivalité entre les dieux et les hommes, dont la fable de Prométhée, sans doute antérieure , et de beaucoup peut-être ^ , aux poëmes où Hésiode l'a racontée, contient à la fois le premier épisode et la plus ancienne mention. Qu'est-ce, en effet, que Prométhée, si ce n'est le génie humain lui-même? Tout autorise cette interprétation, et l'antiquité elle-même qui l'indique par la bouche de Plutarque =*, et la transparence des deux récits d'Hésiode, et le caractère général des poëmes dont ils font partie : l'un, moral avant tout, où les mythes ne paraissent que pour servir d'enveloppes aux préceptes; l'autre, monument de la religion, sans doute, mais d'une religion déjà élaborée: compilation originale, où sont groupées, reliées, complétées.
1. Voir une comparaison de la fable de Prométhée avec celle du dieu védique Ag)7i dans V Histoire des religions de la Grèce antique, par M. A. Maury, tom. I, pag. 218, note 3.
2. 'G npo[;//i6£u;, TouTÉffxtv 6 >.0YKyu.6; {De Fortuna : Moral., t. II, pag. 98, édit. Paris, 1624).
les données de la légende; œuvre enfin sur laquelle l'exégèse a d'autant plus de droits que la réflexion y a eu plus de part, et que les symboles y semblent souvent calculés pour rexpliGation des réalités.
N'hésitons donc pas à reconnaître, avec tout le monde, dans ces quatre fils de Japet dont Hésiode raconte successivement les infortunes, l'humanité même, frappée dans tout ce qui la constitue par la haine ou la vengeance de Jupiter. Le fardeau disproportionné que le patient ^ Atlas est condamné à supporter, n'est-ce pas l'image des nécessités dont le faix accablant surcharge éternellement l'énergie résistante de l'homme? Pour Ménœtius, cet orgueilleux, ce téméraire ^, qui est foudroyé et précipité dans l'Érèbe en punition de son audace criminelle, c'est à coup sur cette indomptable activité que rien ne contient, que rien n'effraye, et qui, sans cesse en lutte avec l'ordre établi dans la nature, travaille sans relâche à refaire l'œuvre divine. Qui ne retrouve pareillement dans l'imprévoyant Épiméthée, complice involontaire du courroux qui poursuit sa famille, la passion, cet ennemi domestique de tout ce qu'il y a de force et de raison ici-bas? Enfin ce Prométhée qui réunira un jour chez Eschyle tous les traits de sa famille, est déjà, sous sa figure propre, chez Hé-