Nem., IX
i24 L'IDÉE DE NÉMÉSIS
valent déguiser de même soit des préceptes, soit des remontrances, à l'adresse du vainqueur.
L'histoire de Bellérophon, telle que Pindare la raconte, avait sans doute dans sa pensée une signification et un objet analogues. Glaucus, dans le récit, fort long pourtant, que lui prête Homère % ne nous apprend rien du motif qui avait appelé le courroux des dieux sur la tête de son aïeul, à moins que ce motif ne fût le massacre des Solymes, selon la légende suivie plus tard par Antimaque^; et quant à Hésiode, il ne fait mention de Bellérophon que pour raconter sa victoire sur la Chimère^. Chez Pindare, Bellérophon est un téméraire, qui, monté sur Pégase, a tenté de forcer l'entrée du ciel, et dont une chute méritée a puni l'insolence 4. Le héros disgracié des dieux est devenu l'image de l'orgueil humain , victime de son propre délire.
C'est un exemple que le poëte propose aux cœurs enflés d'une folle présomption ^ ; et si la tradition qu'il a adoptée diffère de celle qu'on trouve dans Homère et dans Hésiode, on ne peut hésiter sur l'intention qui la lui a fait préférer.
La modération est pour Pindare le fondement de toutes les vertus. Sa morale en ce point n'a rien de particulier : c'est la morale grecque