schjl., Sept. Tlieb., v. 437 sqq
liO L'IDÉE DE NÉMÉSIS
ïhèbes ; et la némésis des dieux se trouve ainsi, jDar ce dénoùment, satisfaite en même temps que leur justice ^ .
Si nous possédions tout le théâtre d'Eschyle, nous y trouverions assurément de nouvelles traces de l'impression profonde que la croyance à la jalousie et à \di némésis divines avait faite dans ce grand esprit. Nul doute que le châtiment de l'impiété ne fit le fond de sa Lycurgie, de son Penthéey de son Ixion, de son Jjax de Locres^ de son Actéon. De même dans Sémélé, dans les Eéliades, dans Niohé, il montrait certainement la vengeance divine appesantie sur diverses formes de l'orgueil ou de la vanité humaine. Mais nous voyons assez, sans le secours de ces monuments perdus, comment le culte des dieux jaloux inspirait la littérature dès le commencement du cinquième siècle; par quelles images terribles, par quelles fortes maximes il manifestait dès lors son influence, et, en même temps, par quel enseignement vraiment religieux et moral, pur autant que salutaire, et parfai-
1. L'échec des Sept chefs est représenté aussi comme le châtiment (le leur orgueil dans l'Antigone de Sophocle (v. 127 sqq.), et au vers 495 des SuppUanles d'Euripide, vers placé d'ailleurs dans la bouche du héraut de Créon, et contredit par la singulière apologie que renferme la même pièce (v. 857-918). Dans les Phéniciennes du même Euripide (v. 183), Antigone invoque Némésis pour la punition de l'orgueilleux Capanée. — Dans l'étude qui vient d'être ftiite du théâlre d'Eschyle, nous avons laissé de côté les Suppliantes, où l'on trouve peu de chose qui regarde notre sujet. Cependant, il y est souvent question delà vigoiç des fils d'.î:gy|jtus (vv. 80, 103, 424, 483, 814).
temenJ: approprié, d'autre part, k l'inslinct comme à la destinée du peuple auquel il s'adressait.
Ainsi commençait avec Eschyle à réi^ner sur la scène cette jalousie divine qui était, on l'a dit, chez les Grecs « le principal mobile de l'ac- « tion dramatique, et comme le premier perce sonnage de la tragédie ^. w L'importance de ce personnage devait pourtant diminuer à la longue. Une foi plus soumise et plus sereine, chez l'un des grands tragiques qui suivirent Eschyle, chez l'autre, une liberté d'esprit déjà toute philosophique, adoucirent sensiblement ce qu'on peut appeler la religion du drame. Pour retrouver désormais la croyance antique dans toute sa sombre horreur, il faut passer d'Eschyle, non à Sophocle, son successeur dans l'art qu'il avait créé, mais à l'héritier le plus fidèle de ses idées et de ses sentiments, à l'historien religieux et patriote, dont les récits immortalisèrent, pour ainsi dire, une seconde fois, la grande lutte nationale chantée dans les Perses , et dont le génie, à la fois curieux et méditatif, entreprit, sous l'influence combinée des superstitions de son pays et des observations qu'il avait faites en tous lieux, de produire sur une scène plus
i. Patia , Études sur les tragiques grecs, tom. I, i^ag. 221, 2'-' édition.
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vaste l'invisible acteur, le héros mystérieux de la trilogie.
On a signalé dans l'ouvrage d'Hérodote une unité historique qui s'y trouve visiblement.
Mais une autre unité, non moins manifeste et plus intime peut-être, tenant de plus près à la pensée même de l'auteur, c'est celle qui ramène son œuvre tout entière h l'idée d'une puissance supérieure, non fatalité aveugle, mais divinité jalouse, qui précipite les uns sur les autres tous ces rois, tous ces peuples qui, tour à tour, ont effrayé et dominé le monde. L'abbé GeinoZj dans la deuxième partie de sa Défense d'Hérodote contre les accusations de Plularque^ ^ a bien fait voir cette unité morale. Seulement, confondant l'esprit du livre avec son objet, il a eu le tort de prêter à Hérodote un autre dessein que celui d'écrire une histoire ^. Avec plus de me-
1. Mém. de. VAcad. des Inscript., toni. XXXVI, pag. 195, éd. in-12.
2. c'est exagérer singulièrement que de dire, par exemple : « Il est bon même d'observer ici que, plus la manière dont ces récits sont amenés paraît forcée, mieux elle prouve le dessein que j'attribue à Hérodote, d'avoir voulu établir, en écrivant l'histoire, un système de philosophie morale qui lui était particulier. » (Mémoire cité, pag. 226.) A supposer que le mot forcée puisse convenir à la libre et naïve manière d'Hérodote, cette autre expression, un système de philosophie morale, est assurément outrée ; et d'ailleurs ce système, si système il
sure et un sentiment plus juste du génie de l'auteur, Bœttiger ^ a très-bien su mettre en lumière, par une analyse de l'œuvre, la conclusion religieuse qui en résulte : on ne saurait pourtant se dispenser de revenir ici sur le même sujet.
La considération de l'instabilité des choses humaines nous est représentée par Hérodote lui-même, dès le début de son histoire, comme une des idées qui lui en ont dicté le plan. « Les f( cités qui étaient grandes autrefois, » dit-il, « sont devenues petites pour la plupart, et « celles qui sont grandes au moment où « j'écris ont commencé par être petites. Sacc chant donc que la prospérité humaine n'a « rien de permanent, je parlerai également « des unes et des autres =*. » Cette préoccupation mélancolique n'abandonnera plus l'écrivain; elle le suivra jusque dans le récit des victoires qui ont porté si haut la gloire de la Grèce. Partout elle mêlera à sa candeur je ne sais quelle défiance, qui l'empêchera d'admirer outre mesure les succès des conquérants, la puissance des mo^ narques, le triomphe même de ses concitoyens.
y a, n'était nullement i)ropre au Père de l'histoire, comme on a pu le voir par tout ce qui précède.
1. Opuscull. Latt., pag, 197 sqq; (dans l'opuscule intitulé De jfferodoti historia ad carminis epici indolem propins accedente sive de ^emesi Herodotea prolusio altéra).