Heroddt.j I, cap
11 ne descendra plus du point de vue élevé où nous le voyons se placer tout d'abord pour envisager les affaires humaines, celui de ce pouvoir supérieur dont le joug, étendu pareillement sur les grands et les petits États, les rend tous éïï^aux devant l'histoire.
Quel est au juste ce pouvoir? nous ne tarderons pas à l'apprendre. Le spectacle des misères humaines peut donner lieu, et a donné lieu en effet, à bien des théories comme à bien des préjugés. Le principe du mal est-il dans la divinité? dans le hasard? dans la fatalité? ou seulement dans la liberté humaine? La réponse d'Hérodote se devine : elle n'est autre que celle de la théologie accréditée de son temps, et dont Eschyle, avant lui, s'élait déjà fait l'interprète. Mais on peut dire que, par les développements qu'il a donnés à cette solution, par sa persistance à la reproduire et à la commenter, il a mérité d'y attacher son nom, et de rester aux yeux de la postérité le vrai prophète de INémésis.
C'est par la bouche de Solon, un des premiers personnages qui figurent dans l'immense composition d'Hérodote, que se fait jour, également dès le premier livie, la doctrine de l'historien. On a contesté, eu s'appuyant sur la chionologie, la possibilité de l'entrevue de Solon et deCrésus, qui sert de cadre à cette exposition. Hérodote paraît aujourd'hui justifié de ce
reproche d'anachronisme. Mais ce ii'esl pas à dire qu'il y ait rien d'historique dans le langage prêté par lui à ses deux interlocuteurs. Ce langage, à n'eu considérer même que le fond, ne semble pas ])lus authentique que tant de harangues mises par les historiens de l'antiquité sur le compte de leurs personnages. La fiction, pour ne pas dire l'anachronisme, est tout au moins dans l'attribution faite à Solon d'idées qui paraissent lui avoir été tout à fait étrangères % et qui doivent, par conséquent, être l'apportées à Hérodote lui-même. Ne nous étonnons plus, dès lors, de la longueur de cette conversation philosophique, jetée au milieu de l'histoire d'un pays et d'une famille, dont la prospérité passagère avait laissé si peu de vestiges. On n'y trouve plus de disproportion, quand on songe qu'Hérodote a entassé dans ce seul passage tout ce que lui avait appris de la vie et de la condition humaines une expérience qu'il était allé chercher si loin, et qu'avait mûrie la méditation. Cette pensée, prêtée ici à Solon, commentée ailleurs, présente partout, « La divi- « nité n'est que jalousie, et se plaît aux boulece versements^, » c'est lui-même qui, dans ses longs voyages, a cru la lire partout écrite sur la pierre des ruines, dans les annales des temples, dans la mémoire des nations, dans l'esprit des