Voir plus bas l'Appendice, n° IV
140 L'IDEE DE NEMESIS
sages de tous pays, dans l'expérience du genre Iminain, comme elle l'était dans les traditions religieuses de sa patrie et dans l'enseignement tbéologique de son temps. Il y a vu le secret de tant de révolutions dont il avait été spectateur ou qu'il s'était fait raconter; le mobile principal de la divinité dans le gouvernement du monde : en un mot, comme nous dirions aujourd'hui, la loi de l'histoire. C'est pourquoi, dès le début de son livre, il a voulu, sans se montrer lui-même, sans prendre la parole en son nom et gâter par là le charme et l'illusion de son récit , munir son lecteur à peine introduit dans la complication de tant d'événements, du fil conducteur qui devait 'aider à s'y reconnaître et à s'y diriger.
Entrons à notre tour dans cet immense dédale: nous y suivrons , comme à la trace , la némésis des dieux. D'abord nous la voyons atteindre Crésus, coupable de s'être estimé le plus heureux des hommes. De Lydie, elle passe en Perse à la suite de la Fortune : et bientôt ce même Cyrus, qu'un retour naturel sur les chances communes de l'existence et la crainte du courroux divin avaient ramené à la clémence, en face du bûcher allumé pour son ennemi vaincu, se laisse à son tour emporter par l'orgueil à une expédition désastreuse : « Bien des motifs l'y poussaient : « d'abord sa naissance, la persuasion qu'il était (c plus qu'un homme, puis l'heureux succès de
« ses guerres ^ » En vain Crésus, instruit par le malheur, lui fait entendre des représentations qui semblent empruntées aux souvenirs de sa propre conversation avec Solon. L'orgueil est le plus fort : Cyrus persiste, pour succomber bientôt sous les coups des Massagètes.
Cependant, à côté de la monarchie des Perses, un grand empire était encore debout, celui de ces despotes extravagants et impies, qui faisaient fermer les temples, et condamnaient des millions d'hommes à un travail forcé, pour laisser après eux d'inutiles et fastueux monuments. Leur longue impunité n'avait été qu'un délai de la colère divine : l'heure du châtiment arrive enfin. Une révolte précipite du trône cet Apriès qui défiait les dieux mêmes de l'en déposséder^ : encore quelques années, et l'Egypte elle-même gémit sous le joug pesant de Cambyse. Mais ce conquérant est lui-même un impie, un sacrilège, coupable d'une folle entreprise contre le temple de Jupiter Ammon^, et meurtrier du bœuf Apis*. Le délire, arme familière à la jalousie divine, commence sa punition ^ ; et un suicide involontaire met fin à ses jours, au lieu même où il avait frappé mortellement l'animal sacré ^.
Que le lieu de la scène change, la moralité du drame, et jusqu'à ses principaux incidents,