‹ Némésis médicale illustrée (volume 2)Chapitre 29 sur 43 · LES LAZARETS ET LES QLARAINTAIN ES · texte numérisé non relu

LES LAZARETS ET LES QLARAINTAIN ES

Que son de s'épuiser en craintes inutiles? Croyez- vous, hérissé de mesures futiles, Garrotter au passage en des liens de fer Tout morbide élément qu'aura vomi l'enfer; Brûler un germe éclos comme on brûle des hardes; L'étouffer sous le poids de légions de gardes; D'un couteau pénétrant sous un pli macéré Traverser à main sûre un miasme égaré, Ou l'atteindre en brisant le message funeste Au risque de changer d'enveloppe la peste !... Vainement nos docteurs se plongent au baquet Et bourrent de parfums leur nez de perroquet; Fragiles tournesols que la peur décolore, Ils s'aspergent en vain de vinaigre ou de chlore; Grotesquement coiffés d'un vaste capuchon, De leur cautère à lige ils brûlent un bubon; Et singes qu'on apprête à des tours de bascule, Marchent embéguinés de leur froc ridicule .... La peste sans pitié se rit de leurs efforts, Kl mourante au dedans, elle éclate ;ui dehors.

De l'hymne de saint Roc h la paraphrase sainte Retentit vainement dans la pieuse enceinte ; Comme aux sons discordants d'un profane refrain A l'invocation les cieux restent d'airain; Du béat voyageur expirant sur la claie Le chien ne lèche plus la dévorante plaie, Et Yora pro nobis, désormais sans vertu, Ne guérit plus, hélas! ni verbis, ni laclu

Ainsi naguère, au temps d'horribles funérailles, De son souffle glacé menaçant nos entrailles. L'avide choléra sur un peuple voisin Comme pour s'essayer assouvissait sa faim; Déjà, dans un transport de stupide jactance. On vantait du pouvoir l'habile prévoyance, Comme s'il eût suffi d'interrompre un relais Pour clouer le miasme aux portes de Calais...

LES LAZA H ETS ET LKS Ql \ RANTAIN ES

Or se livrai! a peine a celle folle joie Que du fléau mortel Paris était la proie; Avant qu'on eût ouvert la grille au lazaret Maint corbillard pesant au cimetière entrait. Et de mieux avisés, quêtant d'autres clairières, Arrivaient librement par toutes nos frontières. Imprudents voyageurs, dont le bagage affreux Enfermait en partant un bôle dangereux, Qui, dans un pli de drap, dans les pores du derme Importiez l'embryon qui devait naître a tenue. Que n'alliez-vous du moins en d'autres régions Répandre sans pitié mille contagions, Flétrir tout au contact de votre main ouverte, Du tenace Chervin nier la découverte.

Nier le dogme saint dont ii sut nous doter. Que, s'il n'existait point, il faudrait inventer .

Déjà, grâce au péril de ses courses lointaines, Que d'abus dévorants ont fui les quarantaines ! Et lèpre et choléra, fièvre jaune et typhus, De poignets en poignets ne se transmettent plus '. Seule, ou moins explorée, ou moins franche en sa route, La peste orientale a laissé quelque doute... On ne douterait plus si nos gens de santé Aux courageux essais se fussent mieux prêté. S'ils eussent relevé le gantelet de guerre Qu'à la peste jetaient Lassis, Costa, Lasserre, Et qu'à ces nobles preux joignant tous ses efforts, On eût laissé Chervin la saisir corps à corps \

Jadis, quand nos aïeux inventèrent Neptune, On n'osa lui livrer, dit-on, que la fortune; Mais depuis que la peste est fixée au trident Le Dieu des mers lui-même est devenu prudent;

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Voyez ce brick léger qui vogue a pleines voiles Et suit sur l'Océan la marche des étoiles; Le pilote, joyeux de fendre en paix les ilôts Et d'annoncer la terre aux joyeux matelots, Caressant du regard une côte chérie, Sourit de bienvenue au sol de la patrie... ()h, qui soupçonnerait dans un si doux espoir L'accueil décourageant qu'apportera le soir! En sa cabine, seul, l'inquiet capitaine Murmure entre ses dénis le mot de Quarantaine, Dans ses quadruples d'or sauvés du cabaret Marque la part qu'il doit aux loups du lazaret; Du prix de l'aloès et de la gomme-gutte Soustrait ce que lui coûte une patente brute ; De son prochain séjour aux avides enclos Déjà sous la consigne il compte les écots. Et sur le batelet où l'agent le raisonne ° De ses derniers écus entend l'adieu qui sonne. Ah! la barque où Caron rançonnait nos aïeui Offrait un but moins triste à leurs lugubres \«ii\ ;

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Aux mains du batelier l'obole déposée

Suffisait au passage et payait l'Elysée,

Et fie lonûfs aboîments aux sinistres retours

Cerbère n'eût jamais mugi quarante jours.

Mais dans le lazaret, lieu de crainte et de gène.

Où tout passe de force au champ de la Sereine ' ' ,

L'avide portefaix, despote des enclos.

D'un crochet vigoureux éventre les ballots.

Et sans soin, sans pitié, cruellement déchire

Les colis somptueux qui chargeaient le navire.

Heureux si vous n'avez des atlantiques mers

Tiré qu'un bois pesant aux extractifs amers!

La voie est libre aux grains, libre encore aux légumes,

Mais guerre à l'édredon , aux élastiques plumes .

Aux tissus qu'on croisa de laine et de coton .

Aux cuirs secs et tannés, au plus mince carton...

Est-il quelque produit qui dans un point ne pèche.'...

La chandelle est malsaine à cause de sa mèche ;

Le corail , le salpêtre , et le mordant tabac

N'entrent que dégagés de futaille ou de sac ' ";

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