‹ Némésis médicale illustrée (volume 2)Chapitre 30 sur 43 · LES LAZARETS ET LES QUARANTAINES 2Ô · texte numérisé non relu

LES LAZARETS ET LES QUARANTAINES 2Ô

La morale du Christ, de Voltaire ou d'Érasme

Cacherait elle-même un perfide miasme !

Et mieux qu'une patrouille aux qui vive innocents

De halte-là criards n'assourdit les passants,

Au gouffre de santé quand la porte est ouverte

Et sur tout et sur tous partout on crie : Alerte !

Quand vingt ou trente jours d'un sévère secret On vous a séquestrés du public indiscret, Qu'un peu de liberté lentement descendue Grâce au temps qui s'enfuit vous est enfin rendue; Qu'à travers double grille on vous laisse entrevoir Vos parents, vos amis, seul et lointain espoir; Du garde de céans l'œil de lynx vous surveille; Heureux si des voisins arrivés de la veille Le coude inattentif, de leur liane écarté, Au pan de votre habit n'a par hasard hernie ;

Cet oubli d'un instant double votre neuvaine ;

Il vous force à subir une autre quarantaine ;

Et pour peu qu'on heurtât à de nouveaux reclus.

De cette catacombe on ne sortirait plus.

Tel le fou qu'un démon métamorphose en verre,

De son pied soupçonneux touche à peine la terre ,

Tremble qu'on ne le brise en tout sentier étroit .

Accuse avec aigreur un écart maladroit ,

Et, timide écolier que l'on surprend en fraude,

Se croit pulvérisé par une chiquenaude.

Ah! puissiez-vous du moins, sains d'esprit et de corps.

Fixer le jour précis qui vous attend dehors,

Et puisse incessamment dans vos membres agiles

Un sang pur circuler sans atteintes fébriles !

Le plus simple exanthème , un vertige , un frisson ,

Un éclat de douleur qui s'enfuit comme un son ,

Dans ce limbe infernal au silence funeste

L'ignare surveillant va le traduire en peste ,

Et l'enclos de St-Roch aux échos froids et sourds,

Sur ceux qu'on y mura ne s'ouvre pas toujours '3.

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Mais si vous supprimez toutes nos sauvegardes. Et devant le typhus baissez vos hallebardes. Comment, nous dira -t-on, s'opposer a ses pas. Et contenir un mal que l'on ne tonnait pas.' Comment! Oue nul docteur boursouflé «le science N'hésite à confesser sa stérile ignorance ; Le doute du savant avec soin agité Tôt ou tard ici-bas mène à la vérité, L'assurance à l'erreur et l'erreur au mensonge; Sortons de ce chaos où l'intérêt nous plonge ; Sur la foi d'un Jonnès, sur la foi d'un Ségur Cessons de maintenir un édifice impur.

Savez-vous quels dangers a nourris leur croyance/ Sans cesse entretenu par elle en défiance, Au labyrinthe obscur où l'erreur la traqué , D'ennemis sans pitié le peuple est attaqué. Dans le cercle fatal qu'autour de lui l'on trace Il attend en tremblant la mort comme une grâce. Quelquefois par la ruse évitant son destin . L'assiégé sans péril se soustrait à la la'un .

Lui , coupable s'il fuit, s'il demeure, victime, Il ne peut faire un pas qu'on ne l'impute à crime., Ah ! que d'infortunés, prêts à sortir du rang , Payèrent parmi nous la fuite de leur sang , El devant un cordon à manœuvre perfide N'obtinrent pour secours qu'une balle homicide 5! Les autres , que l'on traite en animaux abjects , Restent claquemurés aux cloaques infects ; Accumulant ainsi la cause de la peste , Comme au récipient une pompe funeste La condense, et bientôt cédant à son ressort, Elle éclate et répand l'épouvante et la mort.

Telle est de cette erreur l'imprudence fatale; Que dis-je ?... est-il un acte à tendance immorale Qui ne vienne prêter par la délation Un appui criminel à la contagion ?

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Alors, comme en nos jours de discordes civiles , Marchent le Iront levé les exigences viles. Les ordres odieux... Au fils infortuné.

De dénoncer son père un mandat est donné; S'il n'étouffe en son cœur la voix de la nature Le sénat le condamne à l'horrible torture . Et sur le chevalet au supplice inhumain Le secret et l'honneur s'échappent de son sein ";. Mais est-il un devoir, un lien de famille Aux lieux contaminés où le crime fourmille; Peut-on même en garder le vestige trompeur Alors qu'on sacrifie aux autels <lc la peur '.

Ah ! plus douce est la foi dont notre esprit se berce; Elle est l'espoir vivant, le salut du commerce , Par elle un peuple faible, inhabile au danger, D'un œil imperturbable ose l'envisager;

Et , lorsque le fléau rapide et fier s'avance , Silencieusement prépare sa défense , D'un travail incessant consolide son corps ; Sans excès , sans abus , sans stériles discords . Des bourbeuses cités il assainit l'enceinte ; Et pour mieux du géant paralyser l'étreinte, Se soumet sans murmure au joug de la raison ; D'un air et frais et pur inonde sa maison , A son sang appauvri donne une source saine ; Dans l'eau que lui fournit une claire fontaine Du généreux Bacchus prodigue la liqueur... C'est ainsi que souvent du miasme vainqueur L'homme sobre et prudent, aux jours d'épidémie , Donne moins large prise à sa rude ennemie , Change un mortel breuvage en remède bénin , D'un antidote sûr en combat le venin , Et du mal qui s'épand comme un flot au rivage

Souvent avec succès arrête le ravage

Surtout si de ce drame impassibles témoins, Laissant aux médecins les héroïques soins.

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Vous savez vous garder <lu cri fatal : la Peste ! A quoi bon déployer une enseigne funeste ! Croyez-vous qu'à la porte où l'on trace une croix ,:

Un souille débordant les espaces étroits .

Le lorrent va soudain vomir sur la pairie

De ses flots indomptés l'indomptable furie?

Ah ! cessons de combattre à force de décrets

Ce qu'on n'enferme point aux murs des lazarets;

Honte aux fats imprudents comme honte aux faux braves;

Mais plus de ces prisons à coûteuses entraves,

Plus de ces clos épais dont le large rayon

Oppose un frein sans force à la contagion...

Mieux que le magnétisme à travers les murailles.

Le miasme inconnu, père des funérailles,

Passe et d'un bond hardi, comme un fantôme noir,

De foyers en foyers menace de s'asseoir.

N'ajoutons pas encore à ses rages lointaines

Le désastreux secours des longues quarantaines;

Désormais à l'abri de tristes abandons,

Guerre à ces murs vivants, insidieux cordons,

Où nos Machiavels, guerroyeurs sanitaires,

Aimeraient à vider nos débats prolétaires.

Non moins que la pensée aux échos bienfaisants.

Le miasme subtil brave les fers pesants;

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