LES FUNÉRAILLES DE DUPUYTREJN
Que les larmes aux yeux suit un peuple en haillon^, Et dont les rangs épais confondent les sillons? Est-ce encore un Périer dont la vie éclatante S'entoure au dernier jour d'une pompe insultant* . Et du funèbre char, «lu coûteux monument Quelque nouvel impôt paîra-t-il l'ornement/... Un impôt, dites vous? Ali! dans ce long cor.tège. Que de soldats armés un faible rang protège, Où d'un modeste éclat brillent quelques rubans, Sont trois mille écoliers qui sortent de leurs bancs : De trois mille habits noirs la lugubre harmonie Trahit l'incognito de la cérémonie.
Cette robe écarlate à reflet incertain, Elle s'usa trente ans aux travaux du matin, Et la croix d'officier sur ce cercueil jetée, Que par les pleurs, le sang, d'autres ont achefc Dupuytren la gagnait, lorsque, croisant leur feu, Les obusiers royaux mitraillaient L'Hôtel Dieu.
Ou qu'aux murs de Paris, SOUS sa porte envahie.
Il étanchait le sang versé pour la patrie.
Voyez qui suit le char, sans croix, sans ornements C'est le vengeur de Xey , l'intrépide Excelmans ; Là de Rotschild à pied la tristesse opportune Cache sa baronie et voile sa fortune.
L'Institut, il est vrai, du public débordé Semble suivre à regret sous son habit brodé ; Et, Pindare éternel, au luth académique Pariset en bronchant fausse un panégyrique. Pêle-mêle après lui, Villemain et Thenard De leurs regrets publics ont affiché le fard, Et de la Faculté risiblement drapée, Troussant nonchalamment une robe fripée Le doyen qu'embarrasse un public curieux, Lève moins hardiment ses erratiques yeux , Et le front traversé d'une profonde ride Pour la première fois rougit et s'intimide.
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Loin tous ces histrions et leurs feintes douleurs! Donnez à notre deuil de véritables pleurs; Pourquoi n'a-t-on pas vu, sur une humble civière Ses propres infirmiers porter au cimetière Le corps qu'on eût couvert du plus grossier linceul , Où la reconnaissance eût écrit un nom seul. Dupuytren... Par ce nom aussitôt dominée, A ses justes regrets la foule abandonnée Eût avec plus de pleurs et de recueillement Du moderne Paré suivi l'enterrement.
Mais on s'était nourri de plus haute espérance; Pardonnez..., il avait un gendre pair de France. Et d'un nom sans aïeux, à moderne écusson, On a cru qu'il fallait rehausser le blason... Pardonnez..., c'est le fruit des chimères humaines. C'est le dernier écueil des vanités mondaines, Et ce haut catafalque, à grands frais élevé, Esl un néant de plus qu'un mortel a rêvé. Venez donc, noble comte, orgueilleuse famille, Vous qui portiez son nom, vous qui fûtes sa 611e,
Comtesse de Beauraont, retenez vos douleurs; Dupuytren vit encor, pourquoi verser des pleurs? Pourquoi ces chants de mort, ces hymnes tarifées0 Sa gloire a traversé de stériles trophées: C'est son corps seulement que d'un pas solennel Mille hommes vont porter au repos éternel.
Ah! quand pour honorer sa dépouille mortelle. A ce char triomphal la jeunesse s'attelle , Et qu'en rangs épaissis, au funèbre cordon Sa populaire ardeur se jette à l'abandon, Vaisseau désemparé battu par la tempête , Le char incline au loin son imposante tête, Et son front couronné de panaches mouvants. Où semblent se jouer les funéraires vents, Marie au bruit lointain de l'essieu qui résonne Le long balancement d'un salut monotone.