LES FUNÉRAILLES DE DUPUYTREN. IV
Et devant deux cents lits deux cents t'ois arrêté, Reculant les jalons d'un art illimité, De ses plus hauts secrets dépouille la nature. Vingt ans il sait garder sa noble dictature; Au seuil de l'Hôtel-Dieu, Cincinnatus altier. Du soc de sa charrue improvise un levier, Et des rameaux épars du chêne qu'il émonde, Son cerveau tout-puissant fertilise le monde.
Et comment voulez-vous qu'il ne féconde pas, Ce concours d'auditeurs qui suit partout ses pas, Qui, de chaque malade environnant la couche, Recueille la parole au sortir de sa bouche, Et n'attend tous les jours qu'un geste, un mol de lui Pour réfléchir l'éclat dont son regard a lui ' Prêt à jeter son germe au sein d'un sol fertile, Voyez-le traversant le vaste péristyle;
Le long tablier blanc battant sur son talon ,
Sa jambe qu'emprisonne un étroit pantalon ,
Ses cheveux gris flottants sous sa vieille casquette,
Sa tenue à la fois négligée et coquette ,
Son torse vigoureux , comme un buste ébauché ,
Sur un axe inégal négligemment penché;
Tout commande chez lui le respect et la crainte;
Mais ses traits sont creusés d'une fatale empreinte ,
On dirait qu'aux soupçons dont il fut obsédé
Cet homme malheureux a constamment cédé;
Que contre les ennuis auxquels il est en butte
Il veut éterniser une incessante lutte!....
Voyez-le promener ses yeux presque égarés,
Mâcher entre ses dents ses ongles déchirés;
Il voit, il entend tout, le moindre bruit l'éveille;
A l'inquiet écho d une électrique oreille ,
Le seul nom d'un rival à voix basse épelé
Vibre comme un bourdon à grand bruit ébranlé.
A sa fierté pourtant croyez-vous qu'il déroge?
Tandis que du regard la foule l'interroge ,