‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 11 sur 49 · La sœur Sainte-Marie, à l'Hôtel-Dieu · texte numérisé non relu

La sœur Sainte-Marie, à l'Hôtel-Dieu

45. Tous les médecins qui sont allés étudier le choléra en Pologne n'ont pas été également récompensés ; c'est sans doute par un oubli pareil à ceux que nous avons signalés que MM. Malgaigne et Sédillot n'ont pas été placés sur la même ligne.

16. Voir, à ce sujet, les articles de la Gazette des Hôpitaux.

17. MM. Serres et Nonat, dans le Mémoire qu'ils ont publié sur ce sujet, comparent, pour l'aspect, l'intestin à la peau d'un galeux

NOTES

18. Ceci n1 est pas une critique des moyens employés, mais un aveu de leur impuissance dans la plupart des cas graves.

19. La rue de la Mortellerie a fourni les premiers et les plus nombreux malades gravement atteints du choléra, et la mortalité a été très-considérable dans les maisons garnies où se logent en masse les ouvriers.

Fouettons d'un vers sanglant ces grands hommes du joui .

Gilbert.

M. ORFILA

A toi, fils adoptif, adepte énergumène Des frelons couronnés de la grande semaine , Qui dans le Luxembourg au solitaire seuil A côté de Thénard enviais un fauteuil ; Exotique Amphyon. que ta voix cadencée De Némésis ardente apaise la pensée ; Contrains-la désormais d'éteindre ses flambeaux, De ses serpents à dard assouplis les anneaux .

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Et des ongles crochus dont on arma sa griffe Dépouille hardiment son terrible hippogriffe. Avec ardeur déjà ton lyrique démon

M. ORFILA

Recommence les chants qui charmaient Vaudemon 1

A l'orchestre bruyant artistement se mêle

De son magique éclat ta voix de Philomèle;

Et de ton frais gosier dont le timbre éclairci

Se marie en dièze aux échos de Passy ,

Sur mille tons divers l'harmonie opportune

De bémol en bémol assure ta fortune ;

Viens, Némésis attend, viens, Orfîla, suis-moi;

Viens, mon arc est tendu, ma flèche part : A toi.

Ah! quand de ton retour nourrissant l'espérance Ton pays t'envoyait aux écoles de France, De l'art des Berthollet te montrait le foyer , Et dit : Sous Vauquelin tu vas étudier, Cultiver avec soin sa bienveillance amie, Et changer tout mon or en savante chimie, Pensait-on que livrée aux chances du destin L'École un jour pour toi chasserait Vauquelin * !

Onze ans, souple et modeste, en des travaux faciles Dépensant avec art des talents mercantiles, Sans génie, il est vrai, mais d'audace animé, Tu moissonnas un grain habilement semé ; T'ai-je alors demandé la secrète influence Qui vers la Faculté tournait ton espérance , Et comment tu rompis le lyrique lien Dont faillit t'enchaîner le cyrque italien; Quel alliage enfin, quel vernis de fabrique D'un momus de salons fit un scribe chimique?

Ah! puisse un médecin au portique sacré, A pied et sans appui modestement entré, Auréoler son front et d'honneurs et de gloire ; J'applaudis hautement à sa noble victoire, Et ne m'informe point, enviant son pavois, Si l'accent étranger perce encor dans sa voix.

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Mais toi, toi, qu'as-tu fait, et quelle œuvre sublime De l'univers savant te mérita l'estime ? Réponds, qui t'a valu d'étourdissants succès?... Faut-il en peu de mots instruire ton procès , Et, Sisyphe nouveau, de mon juste reproche Jusqu'en ta Faculté te clouer sur la roche?

Soit que sous les ciseaux dont tu l'as déchiré Hurle péniblement Thénard défiguré ; Soit qu'avec Barruel d'un sang de femme ou d'homme Tu penses en flairant distinguer un atome , Tandis qu'à tous les yeux un linge desséché, De garance rougi, d'albumine taché, Essayé par l'acide, à s'y tromper simule Le sang que tu voudrais répandre sans scrupule; Soit enfin que, du fond de ton gousset hautain, Où tu fais résonner un opime butin ,

A Raspail sans argent en tes paris frivoles

Pour gage de combat tu jettes tes pistoles ;

Je ris du souvenir de tes airs glorieux.

Ah ! pour neutraliser l'acide arsénieux 3,

Grâces à Lesueur, ton éloquent beau-frère ,

Ce Vaugelas nouveau, si fort sur la grammaire 4,

A Bunzen, a Lassaigne espères-tu ravir

L'antidote hydraté dont il faut se servir?

Mais on a discuté ta douteuse victoire;

D'un fleuron parasite on dépouille ta gloire;

Et Rose effarouché, que tu trichais au jeu,

Sans craindre un démenti reprend son pot-au-feu5.

On arrache en riant à ton creuset superbe

L'arsenic qu'en nos os a découvert Couerbe ,

Et l'on se tient ensuite à qui rira plus fort,

Lorsque, singe qui prend pour un nom d'homme un port,

De notre Faculté le doyen autocrate

Change Takénius en client d'Hippocrate,

Des veines d'un malade aspire sans raison

Comme d'un robinet le sang et le poison ,

M. 0RF1LA. 103

Signale chaque erreur comme une découverte , Et fait du corps humain une cornue inerte ; Et puis, sans se douter qu'en un sol sablonneux L'arsenic délayé filtre et pénètre mieux , Prononce, dût-il faire une double victime, Qu'un cadavre enfoui l'a reçu par un crime ' ; Orfïla le savant fait du doute un devoir, L'ignorance toujours a foi dans son savoir; Mais elle trouve aussi de vigoureux athlètes, Toujours prêts à sonner ses honteuses défaites, Et qui lui font rêver comme un épouvantail Couerbe ou Rognetta, la Lancette ou Raspail.

T'ai-je encor rappelé que parfois dans tes songes L'espoir t'enveloppait de ses riants mensonges; Que des Landré-Beauvais, des Cayol, des Laennec, L'influence jadis eût reçu quelque échec,

Si Frayssinous, Corbière, en leur humeur vandale, Eussent, redoutant moins les éclats du scandale, Osé comme doyen préférer sans danger A des dévots Français un dévot étranger 7!

Mais lorsque le soleil des brûlantes journées Des fils de Loyola flétrit les destinées , L'obstacle disparut... Le Français enchanté Des élans de sa gloire et de sa liberté, Du dévot espagnol vit triompher la cause Et se prêta sans peine à la métamorphose. Alors tu fus doyen, et pour quelques moments Ton zèle te valut des applaudissements.

Sous le mur élargi d'une nouvelle école, Déguisant lapreté de ta rude parole, Tu sus l'art de cacher et tes prochains succès Et de ton cœur haineux le fiel anti-français.

M. ORFILA

Mais à la tin ton pied glissa sur la chaussée ; Et ton ambition trahissant ta pensée , Les faits vinrent parler, le masque s erailla , L'homme fut mis à nu, l'idole s'écroula.

Faut-il te suivre alors jusqu'à l'Académie!... Là, superbe histrion, héros de comédie, D'un despotisme pur méditant le projet,, Des chambres, des Conseils s tu votes le rejet. Et si le rapporteur, agrandissant son rôle , Propose de créer quelque nouvelle école; Si Marseille, Bordeaux Rouen, Nantes et Lyon Tentent de devenir centres d'instruction ; D'un sacrilège vœu pulvérisant 1 audace , Est- il quelque dédain dont on ne les menace? Paris, dont Orfila gouverne le savoir, Doit rester de notre art l'unique réservoir;

lre SÉRIE. \I\

Et si de tes discours on voulait tenir compte, Montpellier et Strasbourg devraient rougir de honte ; Écoles sans talents où les cours sont déserts . Où le scalpel se rouille au repos des hivers ! Vous détournez les yeux, ce spectacle vous navre ; Vaut-il mieux qu'un doyen tarifïant le cadavre, Émule des courtiers des trois et cinq pour cents, Aujourd'hui cote à huit, demain cote à dix francs?

Que Double aux médecins d'une existence égale , D'un titre unique et noble ait rêvé le scandale ; Qu'il veuille au monopole arracher ses tréteaux , Couper au vif école et jurys médicaux; Et que pour expliquer ses réformes utiles Il ose reprocher des votes trop faciles , Énumère des faits de l'École connus Où de sots candidats ont été soutenus;

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Aussitôt dans les airs l'orage au loin résonne, Le soleil s'obscurcit, la foudre gronde, tonne, D'effrayantes clameurs la salle retentit, Et jusque sur son banc le rapporteur pâlit. Qui donc a soulevé cette grande tempête; Qui, fanfaron d'honneur, vient de lever la tête? Orflla... C'est lui seul qui d'un ton arrogant Jette sur le bureau son ridicule gant.

Ah ! que plus haut encor, mais plus mal à ton aise, Quand tu veux de ton cours bannir la Marseillaise; Que des étudiants gourmandant le plaisir Tu viens leur demander compte de leur loisir. On fait taire, il est vrai, cette sotte exigence; Le châtiment bientôt a payé l'insolence , Et des mille sifflets pleuvant de tout côté Un mois durant, dit-on, ton oreille a tinté.

De quels sifflets encore ont frémi tes oreilles; Combien as-tu compté de douloureuses veilles. Quand de Paris à Blaye et de Blaye a Paris De la course au clocher tu méritais le prix !

Médecin de Louis, quel singulier mystère , Deux fois t'enveloppant d'un voile salutaire , T'enlève à ton école et suspend tes leçons ? A-t-on de la Vendée éventé les buissons? Sur le sol des chouans quelque Napolitaine A-t-elle commencé sa récente neuvaine?

Faut-il de ton voyage accuser le hasard , Ou si Deutz révélant quelque amoureux écart , Des rois tes bienfaiteurs vient de trahir la nièce? Habile à pardonner une tendre faiblesse, Dans Blaye aux froids brouillards, aux ténébreux caveaux Engloutis h jamais des myslères nouveaux.

M. ORFILA

Que vois-je! des deux bras le télégraphe joue; Un nom jadis brillant est traîné dans la boue; Un secret déshonneur est partout affiché, Et le sang des Bourbons avidement taché A l'impudique Bourse et se pèse et s'escoinpie; Le télégraphe alors, si fertile en à compte, Achève sa dépêche et termine son jeu; Nul pour l'emprunt Ghuebart ne redoute un aveu ! Et quand on ne doit pas lui payer son silence Cet orateur disert n'a point de rélicence.

Mais s'il rapporte tout, mensonge ou vérité , Jamais le télégraphe a-t-il rien inventé? Par qui lui fut dicté son sévère langage ; Quel est l'auteur caché de ce triste message? Qui donc d'une servante au langage indiscret A dans une antichambre acheté !e secret,

Et supputant à froid le temps et les époques Fait taire habilement des refus équivoques? Quel Vidocq de salon, au discours pénétrant, Arrache à cette mère un oui déshonorant? Qui, fier de cet aveu, Judas de confiance, Trafique d'un secret qu'il a vendu d'avance? Ah ! flétris avec nous, flétris à haute voix Le lâche... de l'honneur il a faussé les lois....

Par nul motif privé mon courroux ne s'explique ; Je cote à sa valeur ta vertu politique ; D'hérésie en science à jamais je t'absous ; A priser ton savoir, hélas! je me résous; Des recherches d'autrui je te laisse la gloire; En éloquence encor j'habille ta mémoire, Et blâmant l'Institut où deux fois tu reçus L'affront injurieux d'un éclatant refus ,

M. ORFILA

Mon Raspail à la main, et d'une voix amie Je jure à Gay-Lussac que tu sais la chimie; Ou, le poing sur la hanche, ardente virago, Némésis va te faire estimer d'Arago.

Qu'à l'École aujourd'hui ta volonté raidie A quelques complaisans s'impose ou s'irradie, Que ton sang baléare y ranime à ton gré D'énervés courtisans le sang décoloré; Que l'Université dans son conseil t'appelle, Que tous nos hôpitaux tombent sous ta tutelle , Et qu'à peine Français, habile à dominer. Au fauteuil de Thouret tu brûles de trôner; Je plains le professeur, le docteur ou l'élève Que frappe injustement le tranchant de ton glaiv< Mais de tous les valets à servage éhonté, Complaisants éternels de ton autorité,

Récompense à ton gré, punis la llatterie.

Telle que le torrent dont la source est tarie , Qui d'un lit de cailloux dans nos champs désolés Laisse pour résultat les débris étoiles ; Recouvrant notre sol d'une inféconde argile, Que partout, en tout temps, ton école stérile , De sa haine mortelle enchaînant le progrès, Des royales faveurs accapare l'engrais.

Pour plaire à tes amis, élite doctrinaire, Qu'il faille se courber sous la rude bannière ; Aux chaires que la mort livre à la Faculté Que nul n'ose aspirer s'il n'est assermenté; A fausser le concours que ta haine s'applique ; Que par ton vœu secret tout s'enchaîne et s'explique; D'une même famille apanage éternel Que des sifflets publics l'opprobre solennel

M ORFILA. 1

Soit un titre certain à ta faveur suprême. Un litre à couronner l'ignorance elle-même; Hécate de pouvoir et d'intrigue à la fois , Que tout jeune savant tremble à la triple voix: De tous nos hôpitaux comme de ton école Que la porte se ferme et s'ouvre à ta parole ; Que chaque médecin y reçoive en tremblant Du baléare czarun message insolent...

Ah! lu ne vois donc pas quelles mortelles haines S amassent sur ta tête et vont limer tes chaînes; Tes yeux sont éblouis, je plains ta cécité. Quand la démocratie arme de tout côté, Qu'on la voit à longs tlots déborder nos murailles. Et des meilleurs tilels déchiqueter les mailles ; Tu viens, pécheur hardi, mais d'un bras sans levier. Sur nos fronts menaçants lancer ton épervier!

Cet inutile effort trahit ton impuissance : Que dans nos hôpitaux le mouvement commence. Et mille jeunes gens classés par le concours Traduiront en riant tes burlesques discours ; Aux applaudissements de la foule empressée. Coterie à dédains, ton école chassée Laisse pour seuls débris quelques noms glorieux Qu'adoptent hautement les élèves joyeux.

Vois dans chaque hôpital s'élever des cliniques; Non point trônes d'ennui, décevantes fabriques, Où quelques fainéants sur d'insolents pavois S'essoufflent d'indolence et bredouillent leurs lois; Mais lices de labeur où de fougueux athlètes Culbutent à l'envi tes faibles proxénètes, Font marcher la science en dépit du pouvoir, Et s'illustrent par zèle et non point par devoir.

Dans ce conflit nouveau que devient ton école, Va tous les intrigants à hautaine parole

M. ORFILA

Flanqués d'un escadron d'agrégés courtisans ,

Des luttes de mémoire habiles artisans ,

Et toi-même si fier du souris monarchique ,

Toi, digue sans appui du flot démocratique?

L'orage a sous tes pas effacé tout sillon ;

Les vents, qui t'ont froissé dans leur noir tourbillon.

Ont ployé le roseau de ta frêle espérance ;

Et conseiller, doyen, que dis-je, pair de France ,0Î

Dépouillé, nu, tremblant, tu résistes en vain;

Ton cœur ne répond plus aux appels de ta main,

Ta pensée est sans âme, imperceptible atome

Qu'on fuit avec effroi comme on fuit un fantôme,

Ton règne d'un moment est à jamais passé;

Pourtant le flot est calme et les vents ont cessé.

NOTES

o^&go-

1. Madame !a princesse de Vaudemon, bien connue par ses relations de diplomatie secrète et de galanterie publique.

2. M. Orfila occupe la chaire de chimie depuis la destitution, en 1825, de l'illustre Vauquelin.

5. Académie de médecine, 4 novembre 1834, discussion sur l'utilité du tritoxyde de fer hydraté dans l'empoisonnement par l'acide arsénieux.

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