‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 12 sur 49 · Voir ses fautes de français {Lancette du 21 juin · texte numérisé non relu

Voir ses fautes de français {Lancette du 21 juin

5. Le Pot-au-feu, dont M. Orfila a fait tant de bruit, appartient en effet à Rose; ce qui appartient à M. Orfila en toute propriété , c'est d'avoir fait de Takénius, chimiste du dix septième siècle, un malade d'Hippocrate.

6. Voir le compte- rendu du procès de Dijon (Gazette des hôpitaux ,

118 NOTES

fin de décembre 1859); on ne peut se faire une idée de la présomptueuse ignorance du doyen qu'en lisant la discussion qui s'établit entre lui et M. Raspail , et dans lequel celui-ci le fit convenir malgré lui de ses erreurs.

7. Les protecteurs de M. Orfila avaient déjà voulu le faire nommer doyen de l'École sous le ministère de MM. Corbière et Frayssinous ; maigre les assurances de dévotion que L'on apportait en sa faveur , ces ministres n'osèrent le nommer à cause de sa qualité d'étranger. Depuis 1850 on a accompli un acte devant lequel avait reculé la restauration.

8. La commission de l'Académie, par l'organe de M. Double, proposait, dans le nouveau projet de loi , l'établissement de chambres ou conseils qu'on aurait pu transformer en chambres de discipline; l'École, par l'organe de M. Orfila, voulut se donner un air de libéralité en repoussant cette idée; il s'agissait d'effacer, dans l'esprit des médecins, le scandale inouï que les professeurs avaient soulevé à l'Académie lorsqu'il avait été question de créer de nouvelles écoles.

9. Emprunt carliste en faveur duquel le télégraphe eut la complaisance de couper en deux ses dépêches; on avait besoin de vingt-quatre heures d'intervalle pour réaliser les bénéfices que procurait la première moitié de la dépêche.

10. M. Orfila a depuis long-temps l'espoir de se faire nommer pair de France.

charte est le concours

(Introduction.)

Au sein de notre École, inactive, impuissante, Passe à flots épaissis une onde flétrissante Dont l'origine impure est aux flancs du trésor, Qui dans son lit bourbeux roule la fange et l'or; Au rapide courant du fleuve délétère, Qu'un avide doyen plonge et se désaltère ; Qu'à son gré tous les jours l'aumône du pouvoir Déborde largement au secret réservoir ;

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Mais sous le badigeon dont il blanchit ses salles,

Dont il a décoré de neuves succursales

S'il nous laisse entrevoir les murs d'une prison ;

Si des barreaux épais 1 etreignant horizon

Du libre enseignement opprime l'espérance ;

A notre noble cause intéressant la France,

On nous verra, brûlant d'un trop juste courroux ,

Aux crampons impuissants arracher ses verroux ;

Le bélier du peuple enfoncera la porte,

Et de son sanctuaire il faudra bien qu'il sorte,

Car d'étage en étage, au gré du vent porté,

Le feu gagne et s'étend avec rapidité ;

Et qui donc ne voudrait, digne fils d'Hippocrate ,

Mériter à ce prix le renom d'Érostrate !...

Que ferez-vous alors, vous dont l'œil menaçant Terrasse du regard un sarcasme innocent;

Vous dont le ton amer go ur mandant la satire, Au jeu de l'épigramme a défendu le rire? Vous tous que notre ardeur en ce jour étonna. Vous nous assourdirez d'éternels Hosannah, Et prompts à tisonner la flamme vengeresse, Vous l'accompagnerez de vos chants d'allégresse.

Ah! c'est pour nous garder d'un pareil souvenir, Pour écarter de nous un sinistre avenir, Qu'en faveur du concours, dont je suis idolâtre, J'ai soutenu dix ans ma lutte opiniâtre; Que ma prose a dix ans redit comme mes vers Ses succès inconstants, ses luttes, ses revers. Croit-on qu'infatué d'une espérance vaine, Dans ce noble institut en butte à tant de haine J'ignore à quels hasards est soumis le procès Et combien la mémoire a de part au succès ;

Moi qui stygmatisai ces frelons de tribune

A science d'emprunt, à louange opportune ,

Qui portent constamment leur mémoire en sautoir.

Et dont les souvenirs sont classés par tiroir î

L'École me devrait quelque reconnaissance; Mes combats acharnés ont doublé sa puissance ; Sans moi, sans mes efforts un brumaire nouveau Éclatait un matin au journal de Sauvo % Et de la Faculté hâtant la destinée Bonaparte-Guizot vomissait sa fournée.

Alors vous eussiez vu sortir de leurs fourgons* Des Guilberts déguisés, d'audacieux Bougons. Qui, désarticulés et fléchis jusqu'à terre. Tabourets fatigués du sopha doctrinaire, Montrent encore empreinte en leurs fronts avilis La poussière du pied dont on les a salis;

Et qui d'un char moelleux, sans élan, sans secousse, Suivant presque au hasard la penle la plus douce, A 1'anible du coursier, le cocher endormi , Les rênes de ses mains s'échappant a demi, Comme aux temps fortunés des anciens privilèges, Se laissent déposer au sein de nos collèges.

Pour nous mieux rebuter des luttes du concours Que n'ont point fait, avant comme après les trois jours , Les valets incarnés aux royaux météores, Jésuites jadis blancs, aujourd'hui tricolores, Froids joueurs à la baisse, escrocs de hauts salons , Pour qui le télégraphe a des signaux félons, Qui, livrant le concours à notre esprit crédule, Espéraient l'accabler du poids du ridicule, Et se promettaient bien d'égayer l'avenir Du rire que leur lèvre eut peine à contenir.

Tout fut, dans cet essai, digne du moyen-âge. Hélas! il fallait voir les concurrents en nage, Harassés, haletant sous leur poudreux butin, Échanger en argot un tudesque latin :

L'un qui, la bouche en feu, la langue embarrassée. Décline un argument, conjugue une pensée; L'autre qui se consume en transport impuissant, Et tord sous la syntaxe un adverbe innocent, Tous le front hérissé de fougueux barbarismes , , Frottés de contre-sens, bardés de solécismes; La phrase, abandonnée aux cahots du procès, Commencée en latin se finit en français ; A la langue d'Horace, et de Celse, et de Pline Se mêle élégamment un jargon de cuisine; L'écho frappé des sons d'un latin francisé Nous renvoie un français qu'on a latinisé; Jamais confusion plus loin ne fut portée, On eût dit à leur voix Babel ressuscitée.

Oh ! si dans le lieu saint par eux défiguré , Son crayon à la main, Molière fût entré, Quels traits il eût saisis; sous sa touche hardie Comme s'élargirait la haute comédie ; Comme ces ergoteurs à sa voix comparus Poseraient de plein-pied près des Diafoirus ! Mais est-il donc besoin de sanglante lanière?... Le rire n'attend pas les lazzis de Molière ; Aux transports du jury l'auditoire répond, Et d'éclats saccadés ébranle le plafond.

Le concours survécut à la lutte homicide; Trahissant de Collard la volonté perfide % En dépit des efforts de ses fiers ennemis, A de meilleures lois l'avenir fut promis. Le latin effacé du concours qui s'épure A ses flancs dénudés laisse une autre blessure,

Et d'un bras sans pitié, la doctrine en émoi Le sèvre insolemment des bienfaits de la loi. Les arguments latins couverts de ridicule Sont tombés sous les coups d'une juste férule; Mais nul n'a prétendu, s'opposant au procès, Frapper d'un embargo les arguments français. Pourquoi donc ces terreurs, ces larmes bypocrites? Laissez-nous notre charte et ses règles écrites ; Laissez les concurrents aux regards pleins de feu D'une lutte d'honneur se disputer l'enjeu; Laissez le champ ouvert aux libres apostrophes; Le public quelquefois se plaît aux catastrophes, Il aime à voir l'esprit se débattre en courant Dans les difficultés à danger enivrant ; Il aime à voir surtout un habile adversaire De la langue technique épuiser le glossaire, Et rien ne l'émeut tant qu'un jouteur aux abois Dont l'œil semblait éteint, dont se mourait la voix, Qui d'un geste imprévu, d'un cri de synergie Appelle à son secours sa dernière énergie,

Et d'un choc électrique à courant aiguisé Sur son siège ployant bondit galvanisé, Presse, étreint de ses bras l'ennemi qui se lasse, Et d'un mot, d'un regard à ses pieds le terrasse.

Que n'a- 1 il pas fallu de cris et d'arguments, De soleils de juillet, de vœux et de serments, Pour qu'aux yeux du pouvoir perdant toute créance, De Charle et Frayssinous succombât l'ordonnance4; Et quel hardi combat la presse a soutenu Avant que de la loi l'on se soit souvenu ! . . . Mais aux coups de boutoir qu'on nous gardait encore , A ces complots naissants ou sur le point d eclore, Était-il malaisé de prédire le cours Que suivrait en leurs mains l'avenir du concours, Lorsque d'un faux -fuyant, d'une arrière-pensée La règle générale est d'avance froissée,

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Et que de prime-abord on ose violer

Celte loi qu'on avoue et qui doit tout régler \

Sans droit et sans concours, sans publiques enchères

Le pouvoir veut nommer à nos nouvelles chaires,

Broussais entre, et l'on croit, à l'abri de son nom,

Des illégalités obtenir le pardon.

Grâce aux accords secrets dont l'École est complice,

Un groupe d'intrigants se présente et se glisse ;

Tout dort à leur aspect d'un sommeil calculé;

Un témoin importun cependant a parlé,

La presse jette au loin le qui vive d'alarmes,

Et de tous les côtés l'écho répond : Aux armes!

Et Camille éveillé de sa puissante voix

A de son Capitole expulsé les Gaulois.

Qui donc s'avise alors d'un hardi stratagème, Et prompt à s'abuser aux calculs de Barème,

Compte six voix pour cinq, a six fois répété Un nom que le scrutin n'a que cinq fois porté? 0 prodige étonnant, ô trop rare merveille, Six voles ont parlé contre Bouillaud la veille, Et l'on nomme Bérard ; et dès le lendemain Six juges par écrit démentent le scrutin G!

Ce sont là jeux d'école , attendez donc qu'on nomme Le ponte aux doigts légers, le banquier honnête homme Qui fait sauter la coupe, et dont l'agilité Au joueur qu'il protège a si bien profité. Ah! qu'à ces coups de dés votre esprit se façonne; Le talent glane ici, l'habileté moissonne, Et c'est au hasard seul qu'il vous faut rapporter Les coups de bon aloi qu'on se plaît à citer. Le sort a de Gerdy favorisé l'audace, Mais est-ce bien à lui qu'on gardait une place?

Est-ce donc pour Hostan qu'on avait escompté Le chiffre souverain de la majorité ! Oh ! quelles vérités ouït alors l'École ! Ardent, exaspéré, de son âpre parole Vainement le doyen, au regard courroucé, Insultant un public dont il est offensé, Cherche à qui s'attaquer dans sa vive détresse , Tance les concurrents, incrimine la presse ; A ce défi nouveau long- temps étudié La presse a répondu d'un rire de pitié.

Comme alors se courbaient ces insolentes gerbes Comme ils étaient petits tous ces juges superbes, Orgueilleux d'habitude et hauts de vanité, Jetant si bien le gant à la publicité ! Le dos en arc tendu, caressant la muraille, On les voyait sourire au public qui les raille;

Des sièges où le sort est venu les clouer

Leur toque de velours s'usait à saluer.

Comme ils étaient petits ! sur nos lèvres de glace

Ils ambitionnaient un sourire de grâce ;

Ils vantaient la franchise en leurs humbles discours,

Ils priaient, conjuraient de sauver le concours7;

L'intérêt général guidait seul leurs démarches;

Don Quichottes de paix, et bénins patriarches,

Us se désespéraient de ces chocs violents

Qui pouvaient du concours entraver les élans!...

Ah! gardez ces regrets et ces sensibleries; Croyez-vous m'abuser par vos tartufferies , Et ne savez -vous pas que dix ans ont passé Depuis qu'en mon esprit votre honneur esl classé? Est-ce moi qui, peu fait aux ruses de l'École, L'œil fixé sur Louis, sur votre chère idole,

I3i SIXIÈME SATIRE

Ai sottement voulu changer à bout portant Sa défaite effrayante en triomphe éclatant; Et de ces chiffres vains dont son orgueil se pique Ai-je additionné La vaine arithmétique?

C'est pour lui cependant que vous aviez cote Le scrutin de Breda si bien ressuscité; Pour lui que, compromis, d'une main partiale Vous vouliez secouer dans votre urne vénale Les bulletins chiffrés aux obscurs errements, De ses titres d'auteur effrontés talismans 8. Vains efforts, vain espoir, votre idole recule; Et dans la lice ouverte où notre ardeur l'édile 11 n'ose se risquer une seconde fois; L'homme de I'examen 9, hélas! n'a plus de voix !

Et combien ont trahi cette haute espérance; Combien de ces grands noms dont on parait la France, Qui, par l'échec d'autrui prudemment avertis, A la voix du concours sont devenus petits ! Combien, nourris long- temps de vent et de fumée, Ont en un jour perdu leur fausse renommée,

Et des plumes du paon à nos yeux dépouillés

Sont restés sans vertu comme des fers rouillés!

Oui, voilà du concours l'avantage sublime;

Les prévôts exercés à cette noble escrime

Peuvent bien, il est vrai, d'un fleuret sans bouton

Du maître inattentif déchirer le plastron ;

D'un exercice adroit quelquefois on écarte

Les traits qu'on vous portait ou par tierce ou par quarte ;

Et bardé de mémoire ou piqué d'à propos

On peut bien au savoir commander le repos.

Mais du moins les vainqueurs à ce jeu plein de gloire

Ne nous condamnent pas à pleurer leur victoire;

Nous ne gémissons pas sous le triste haubert

D'un Moreau, d'un Bougon, d'un Fizeau, d'un Guilbert;

Mais du moins en ce champ où souvent le pied glisse

L'ignorance se fait elle-même justice,

Et ne vient pas briser dans un espace étroit

D une impuissante main son fleuret maladroit.

Mais du moins s'il vous faut, pour former une école,

Des hommes à vernis, des vendeurs de parole,

Des perroquets bavards dont le babil cassant Brigue à l'Amphithéâtre un public grossissant; Eh bien, tel qu'il existe, avec sa large plaie, Le concours vous fournit cette fausse monnaie ; Remerciez-le donc de chaque perroquet Dont ses luttes de feu vous jettent le caquet ; Et loin de la fermer, agrandissons l'arène. Au fleuve bienfaisant, mais dont le courant traîne, Creusons un lit plus vaste ; en un large sillon Jetons loin de ses bords la bourbe et le sablon , Et que le vrai savoir en nombreuses épreuves Fournisse hautement ses énergiques preuves ; Le savoir gagne autant à se faire écouter Que la mémoire, hélas ! perd à se répéter. N'a-t-on pas vu cent fois un concurrent nomade Colportant à l'École une éloquence fade , Aux premières leçons briller d'un vif éclat, Qui dans un autre essai venait tomber à plat ! Tel qui s'est soutenu d'une mémoire unique En manque tout-à-coup a l'épreuve clinique;

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Tel autre, du hasard long-temps favorisé , Contre un fragile écueil ne s'est-il pas brisé ! L'argument hasardé d'un cerveau sans puissance N'a-t-il pas mis au jour sa menteuse ignorance !

Ah ! modifiez donc épreuves et jury, Et vous verrez bientôt le savoir aguerri Sous des juges nombreux, indépendants, sévères, Disputer hardiment de plus nombreuses chaires ; Offrez-lui plus de place, en des concours fréquents, Appelez-le sans crainte à de loyaux encans; Oui du professorat dont on restreint la lice Réduisez à cinq ans le trop long exercice. Vous verrez quel éclat prompt à vous éblouir Sur votre Faculté va bientôt rejaillir; Émules avoués de l'enseignement libre , Vous entendrez sortir la parole qui vibre,

Qui, des jeunes cerveaux développant l'essor, Après avoir cessé se fait entendre encor ; Et du noir horizon dissipant les nuages , D'un long sillon de feu va traverser les âges.

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