‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 2 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

cris moqueurs qui jettent une si ridicule panique au cœur de MM. de l'École...

0 Daumier, et toi, Biard, où étiez-vous...?

Le 14 octobre 1836, M. Fabre reçut du parquet une assignation en police correctionnelle, pour avoir publié un journal sans cautionnement et avoir négligé de déclarer un changement d'imprimerie en 1831! M. Fabre fut condamné en appel à payer cinq cents francs d'amende et les frais des deux instances , digne et noble résultat de la vengeance scolaire ! . . .

Saris doute ce sont là de tristes moyens d'imposer silence à l'opinion publique , et de bien infructueux essais pour lasser la raison ; cependant M. Fabre doit s'applaudir d'avoir rimé à si juste prix d'aussi dures vérités. A coup sûr Ju vénal se serait estimé heureux d'en être quitte pour si peu.

PRÉFACE. xvii

La Presse médicale , en donnant de justes éloges aux efforts du Phocéen, l'a comparé plusieurs fois à ce dernier poète ; sans doute le début si éloquent ,

Non, je n'ai pas tout dit : des fanges de l'École Se détache aujourd'hui ma bouillante parole; D'un adieu prolongé saluant ses tréteaux. Mon ardente espérance est toute aux hôpitaux ; Où mon but est marqué le devoir me ramène; Mon cœur brûle déjà d'une foi surhumaine; Aux peines, aux travaux mon visage pâli Témoignait malgré moi d'un organe affaibli, Mais près du lit du pauvre, où je reprends ma force, La sève rajeunit ma renaissante écorce; Et lorsque le sujet s'étend et s'agrandit, Puis-jeme taire, moi. moi qui n'ai pas tout dit,

ressemble, par son entraînante simplicité, à la Furia de Juvénal; pourtant, la verve de M. Fabre ne saurait être comparée toujours à celle du plus âpre des maîtres satiriques.

xvm PRÉFACE.

.lu vénal, élevé dans les cris de l'école,

Poussa jusqu'à l'excès la mordante hyperbole.

Le Phocéen , qui excelle dans le portrait, n'est pas entièrement pessimiste ; s'il fonce quelque peu ses couleurs, ce n'est jamais à l'excès-, malgré 1 âcreté d'un sang marseillais qu'il contient à grand'peine ,

Sa Némésis, du coursier qui l'entraîne, Adroitement sait modérer le frein, Et dans le Styx qui lui sert d'Hippocrène, Jamais ne puise un cynique refrain.

S'il était nécessaire de comparer le Phocéen à un des poètes qui illustrèrent la satire antique, c'est à l'élève de Cornutus qu'il faudrait l'assimiler. — Comme l'auteur de cette Némésis , Perse était bilieux et emporté; comme Perse , le Phocéen , qu'on fait impitoyable , est modeste et doux dans la vie privée (1) ; on peut rendre

(1) « Timide dans ses relations privées, M. Fabre n'hésite jamais, quand

PRÉFACE. \i\ à cette nouvelle publication la justice que La Harpe a rendue aux œuvres de Perse : « On y trouve beaucoup n de sens , allié à une grande concision. » — Les satires du Phocéen pourraient, s'il était nécessaire d'établir une comparaison quelconque , se comparer tout aussi bien à celles d'Horace ; comme Horace, il sait passer du doux an grave, du plaisant au sévère. 11 est surtout un poète avec lequel le Phocéen peut être mis en parallèle, c'est Passerat. Exceptons-en un seul point, car Passerat était doué à un très-haut degré d'un esprit de courlisanerie qu'on ne rencontre dans aucune des pages de cette Xemésis. Du reste, jamais ressemblance physique ou morale ne fut plus merveilleuse : on trouve chez tous les deux le même visage pâle, sévère, hautain quelquefois; même front élevé et pensif, même bouche amincie vers les contours; même sourire moqueur,

il s'agit de remplir un devoir publie , de signaler une injustice, de redresser un abus, de défendre une liberté publique, d'être utile à un ami; fort de la droiture de sa conscience , il ne redoute les conséquences ni de ses actes, ni de ses paroles.» (Biographie des hommes du jour

xx PRÉFACE.

même regard pénétrant; même amour du travail et même haine de l'injustice ; mêmes passions s'épanchant par la critique ; médecins et savants tous les deux, tous les deux sans pédantisme et sans trop de fiel, ils ont fait la guerre l'un et l'autre avec un égal courage aux puis sants ridicules que Passerat nommait si plaisamment des semi-hommes.

M. Fabre est plus brillant que son devancier : cependant, eu égard au temps où vivait celui-ci (1534-1602), on peut dire que le Phocéen en est le calque le plus parfait.

Le premier rime en ce moment Y Art de guérir les maladies de l'homme , le second est l'auteur d'un poème composé sur les pressantes sollicitations de Henri III ,

Y Art de guérir les maladies du chien.

En présence de tant de rapprochements, qui ne songe à cette gracieuse croyance d'Ovide :

PRÉFACE. xxi

Tout change et rien ne meurt: l'âme, essence légère , Errant d'un corps à l'autre, hôtesse passagère, De l'homme à l'animal va, revient tour à tour, Et survit aux débris de son frêle séjour.

On trouve dans les œuvres de Passerat, comme dans cette Némésis , une grande facilité , des incorrections et beaucoup de gaieté. Les vers du Phocéen plaisent en ce qu'ils vont droit au but, et qu'ils disent sans détour, comme sans obscurité, ce qu'il faut dire , rien de plus , rien de moins.

Ne cherchez dans Passerat , ni dans la Némésis médicale , cette harmonie ronflante, classique, toujours correcte, mais flasque, sans empire sur le cœur, qu'elle n'é chauffe jamais ; vous ne la trouveriez pas. La poésie de ces deux satiriques est imagée , rapide , forte , concise; on trouve chez l'un et chez l'autre des morceaux d'une sévère beauté ; ainsi est du Phocéen la belle et consolante description des hôpitaux de notre temps, comparés a ceux des siècles passés :

Page 1