‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 3 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce ne sont plus ces lieux dont les porches glacés

Abritaient en plein air sur la paille entassés

De lépreux grelottants une incessante foule ;

Où deux à deux blottis comme en l'étau du moule.

D'un visage inquiet que la crainte pâlit.

Chacun heurte en tremblant son compagnon de lit.

Atteint avec effroi le sommeil qui le navre,

Comme s'il prévoyait au réveil un cadavre.

Comme s'il recevait, sans cesse effarouché.

Les adieux du mourant auprès de lui couché ;

L'air froid qui l'atteignait ne trouvait point un terme

Aux rideaux bienfaisants que l'on ouvre et l'on ferme.

Et de la draperie à mobiles remparts

L'homme riche et puissant recevait seul sa part.

Combien d'infortunés ; au siècle qui s'éclaire.

Doivent leur existence à ce soin tutélaire!

Pieusement rebelle aux rigueurs de la loi.

Ainsi Pinel, épris d'une divine foi,

Interprète sacré des droits de la nature.

Du fouet déshonorant a banni la torture;

Et, nous attendrissant aux maux qu'ils ont soufferts,

Des bras des insensés a fait tomber les fers;

Dès lors sur son grabat un cul de basse fosse.

Trappe qui maintiendrait une bête féroce.

A cessé d'enfermer, un collier lourd au col.

PRÉFACE. xxiu

L'aliéné fléchi sous l'écrasant licol.

Grinçant les dents de rage, et d'une bouche hâve

Crachant à flots impurs une écumante bave :

Au vague délirant d'un esprit agité

Aujourd'hui rien n'oppose un mors inusité;

Jusqu'aux murs de Bicêtre on peut se croire libre !

L' École , les Souvenirs du choléra, les Funérailles de Uupuytren, le Réveil, les Hôpitaux et les Cliniques , la Responsabilité médicale 9 sont des morceaux de choix dictés par le cœur , et écrits avec conviction par une main hardie et généreuse. Les Lazarets , épître élevée, brûlante , est une belle et chrétienne pensée largement burinée :

Honte, honte à celui dont la voix meurtrière A dit à son semblable : Abandonne ton frère!

Le magnétisme animal , les Charlatans , les Étudiants en médecine , Y llomœopathie , Y Académie étincélent tY 'es-

xxiv PREFACE

prit et de gaîté; c'est l'esprit et l'ironie de Gilbert unis à la jovialité, au laissé aller de Reignier.

On a dit que le Phocéen avait beaucoup osé, — nous le croyons aussi ; cependant Gilbert , après Horace , a pris soin de l'excuser : Tout oser , écril-il, est le droit du peintre et du poète.

Ce qui plaît tout d'abord dans le Phocéen, c'est que sa critique hardie ne frappe guère que les sommités de l'échelle médicale : ses victimes tiennent le premier rang dans ce monde à part , dont il peint avec art les ridicules , les travers et les vices.

Honneurs, richesse, emplois, ils ont tout en partage. Hors la saine raison que leur bonheur outrage.

Nouvel Alceste, le Phocéen ne ménage personne , chacun à son tour : système ancien , système nouveau,

PRÉFACE. xxv

doctrines et doctrinaires . amis et ennemis , la terrible Némésis n'oublie rien , nepargne rien ! . .

— A vous le dez, Monsieur.

— Voici votre paquet.

— Me voici maintenant, moi!

En effet , à propos de la phrénologie , cette grande science , trop décriée pour n'être pas vraie ; sublime doctrine peu comprise et encore moins étudiée , le Phocéen nous raille avec tant d'esprit qu'il en faudrait manquer tout-à-fait pour ne pas lui pardonner.

Il y a dans le Phocéen plusieurs hommes d'un égal mérite: il est l'auteur du savant mémoire sur la Méningite tuberculeuse chez les enfants , ouvrage qui a mérité à son auteur un prix Monthyon ; à l'exemple de Goldsmith, il porte avec honneur la double couronne de poète

xxvi PRÉFACE.

et de journaliste, triste couronne où l'épine des ronces le dispute au laurier. Quoi qu'il en soit, il ne fallait rien moins que la réunion presque sans exemple de ces qualités exceptionnelles pour n'avoir point failli dans une entreprise qui reposait tout entière non pas seulement sur l'équité et l'intelligence, mais encore sur le cœur et l'esprit.

Personne ne contestera au praticien distingué par Dupuylren, au rédacteur en chef de l'un de nos journaux de médecine les plus répandus , le droit et la capacité nécessaires pour sainement apprécier et juger les hommes et les choses qui se rattachent à son art.

M. Fabre , dont nous n'acceptons pas toutes les opinions, a compris, avec le tact qui lui est propre, ce qu'un public instruit, spécial, judicieux, avait droit d'attendre de lui; poète, médecin ou critique, il s'est élevé et maintenu toujours à la hauteur de sa tâche.

PRÉFACE. xxvn

<( M. Fabre, dit avec esprit et justice une feuille rivale de la sienne (Gazelle médicale, 1839) , s'est créé dans la presse médicale un rôle et une position qui n'avaient pas de précédents et qui n'auront probablement pas d'imitateurs. C'est qu'en effet la lutte était rude et la tâche difficile ! »

De graves et durables travaux réclament aujourd'hui tous les soins du docteur Fabre ? mais nous espérons que cette Nèmésis, toute complète quelle soit, n'est pas le dernier mot de son esprit et de sa critique justement redoutés ; les abus sont vivaces , les sots incorrigibles, les charlatans audacieux ; un jour n'est pas loin peut-être où , l'arrachant sans pitié à des préoccupations sérieuses, nous lui crierons : Phocéen!.. Phocéen , réveille-loi! — Alors il l'a promis :

En de nouveaux combats dût sa verve tarir.

Il renaîtrait encor pour vaincre ou pour mourir!

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