Traité de seméiologie de SI. Double
S. Voiries bulletins de la Gazette des hôpitaux, qui causent le désespoir et l'insomnie de l'École.
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Charlatans!... A ce mot de magique portée. Du plus profond émoi la foule est agitée ; On entend a travers ses flots en mouvement. Un murmure plaintif, un sourd tressaillement;
L'un s'efforce de rire et s'exténue à plaire, L'autre pâlit de crainte ou rougit de colère; Et partout un écho, qu'on entendra cent ans, Répète au loin ce mot : Charlatans, charlatans.
Ah! dit un pair d'école à face rubiconde, Voilà donc un élan qu'il faut que je seconde; Point de vaine pitié, point d'imprudent sursis; Qu'aujourd'hui Némésis frappe à bras raccourcis; De la société vous servez la vengeance ; Hâtez-vous d'écraser cette infernale engeance; Du vampire odieux qui nous dévore tous, A coups de martinet, ami, délivrez-nous.... C'est bien; j'ai soulevé mon martinet, ma trappe; Sur quels industriels voulez-vous que je frappe? Quels sont ceux qu'il me faut les premiers culbuter. Qu'au carcere duro '\e dois précipiter ?
Est-ce en haut, est-ce en bas: faut-il à l'aventure Frapper sur le moulin, le meunier, la mouture .' A des luttes sans nom imprudemment commis. Dois-je en des rangs obscurs chercher les ennemis. Ou faut-il demander aux peupliers sublimes Compte du peu d'ombrage élancé de leurs cimes
Mais quoi! puis je hésiter, quand je nage a fleur d eau. Entre Leroy. Didier. Albert et uiraudeau . Giraudeau.... premier- né. roi de I épicerie; La halle a vu grandir sa naissante industrie; Qui mieux que lui jamais d'un esprit inventi! Apprit à désruiser un rob dépuratif.
Et dans sou alambic, a vertu sans pareille. Distilla mieux la squine et la salsepareille Ses merveilleux flacons qu'il encaisse avec art Partent tous les matins par Laffitte et Caillard :
Est-il clans notre Europe obscure résidence,
D'où Vénus ne recoure à sa correspondance ?
Quel marin ne jeta, quand il vient de toucher.
Son ancre de salut rue Aubry-le Boucher?
Aux Débats pudibonds, d'une double colonne,
Sous son nom tous les jours le verso se galonné,
Et tous les jours du Temps l'énorme in-folio
En reçoit sans réserve un double imbroglio.
Hygie est sa compagne, et d'une main discrète,
Prompte à tourner la clé de sa porte secrète :
Entrez, dit la déesse au ton doux et décent;
La méthode est certaine et le rob innocent,
Et pour alimenter ses vertus végétales
Mille fleurs tous les ans nous ouvrent leurs pétales....
Heureux si du métal dont il est oxydé
Votre sang appauvri n'est bientôt corrodé,
Et si de son sirop l'innocence perlée
Vous ménage une bouche à moitié démeublée !
Telle fut en tout temps la fortune des sots; Leur bourse et leur santé subissent mille assauts; L'un, dans ses élixirs,, prétend noyer leur glaire; L'autre sur leurs humeurs prodigue sa colère, Leur livre un chaud combat en leur dernier réduit, Et son champ de bataille est un vase de nuit ; Protée audacieux, sous un nom de commande Un autre masquera l'eau-de-vie allemande; Adieu manne et séné... plus de minoratif; Les deux mondes n'ont foi qu'au vomi-purgatif.
Un jour le tribunal, las du cri des victimes, Met à nu de Leroy les dépouilles opimes, Et par exploits d'huissier vingt cédilles au moins De prouesses sans fin assignent les témoins. Écoutez..., c'est le fils qui redemande un père; Sur la mort de sa fille on voit pleurer la mère ;
Combien, grâce à Leroy, de nœuds long temps bénis
Par la main du trépas ont été désunis !
Tout à-coup près de lui, faible , au pâle visage,
Le dos en arc voûté par la douleur et l'âge ,
Soutenant d'un bâton ses membres chancelants,
Une femme se lève et s'avance à pas lents;
Ses yeux vers le purgon se tournent avec crainte ;
Sa vue a, dirait-on, ranimé quelque épreinte;
Et d'une voix cassée, et qui n'a point menti :
(( Dieu vous sauve, Messieurs, de ce que j'ai senti;
Vous voyez sa bouteille... elle n'est pas vidée...
Pourtant près de cent fois... j'en fus incommodée ... »
Un rire de pitié succède à ce discours . Et tandis qu'on attend que justice ait son cours, L'homme aux incommodos est couvert de huées.. Quoi ! pour tant de douleurs, de victimes tuées ,
Quelques cents francs d'amende et les frais du procès ! Quel verdict, juste ciel! moins d'un franc par décès!!!
Des charlatans voilà comme justice est faite; Depuis lors on les voit, après chaque défaite, Aux dépens du public hantant leurs cabinets, Rire à bruyant gosier des confrères benêts, Qui, pour guérir ayant assez de conscience, Suivent d'un pied crotté le char de la science. Le travail, la misère aux savants malheureux; L'opulence et l'orgueil, les songes d'or pour eux.
L'un, au comptoir obscur de son épicerie, Rêve de longs succès, une autre galerie ,
Du parvis Notre-Dame au parvis d'Orléans \ Charge a dos de porteurs ses sacs toujours béans, Du son qui sort du crible en farine bâtarde , Dût-il annihiler et blanchir sa moutarde, Panacée-omnibus qu'on vente à l'établi , Et qui ne vaut plus rien pour peu qu'elle ait vieilli!
L'autre, de ses succès couronnant les murailles, Se décerne à son gré , se frappe des médailles ; De trafics répétés agent audacieux, Nul dans ses traitements n'est moins dispendieux. C'est pour rien . . . Les badauds don t la France est fournie , Grâces à la raison Albert et compagnie , . Des maux que délaissait la docte faculté Gratis peuvent narguer l'incurabilité.
Et voir sous le couvert d'expéditives notes Se croiser en tout sens les cures polyglottes.
A tant d'impuretés faites donc un procès , Et d'un zèle imprudent attendez le succès. Naguère en Orléans , campagnard mercenaire , Malotru de langage et bourreau de grammaire , Sans craindre d'alarmer une juste pudeur, Un vieillard qu'animait la plus lubrique ardeur, A la vierge , à l'épouse et vertueuse et sage , • Offrait pour panacée un infâme massage ; Tout y court; Moltenot ne compte plus les cas : Commerçants, hauts boursiers, notaires, avocats, Jusqu'aux plus minces clercs, dont le palais fourmille , Déshabillent en haie ou leur femme ou leur fille; Les plus chastes appas, du profane inconnus, Sous le nouveau Paris tour à tour posent nus; Est-il quelques attraits que Moltenot ne masse? Sur le plus doux satin sa main passe et repasse ; Et quand le sexe en corps, sous la foi des serments, Témoigne des vertus de ses attouchements, Prompt à sanctifier l'incroyable licence, Le tribunal l'absout du péché d'indéceix e.
Heureux si pour venger les plus vils imposteurs On n'a sacrifié d'honorables docteurs; Si la loi ne les charge à balance inégale Du poids déshonorant d'une mercuriale !
Aussi retenez bien mes conseils aujourd'hui; Que du haut de nos toits jusqu'à hauteur d'appui La police, à son gré multipliant les niches, Charge leurs poches d'or et nos maisons d'affiches; Que pour eux les journaux, l'un de l'autre jaloux, Descendent chaque ligne au taux de quinze sous; Que l'un livre combat aux douleurs scialiques, L'autre creuse nos bras de ses pois élastiques; Qu'un Français, de Stamboul revenu marabout, Puisse en allahtdim changer son racahout; Qu'un docteur en jupon qu'Orfila seul renomme Souille ma chevelure en son mèlainocome 3y
Ou pour toute autre enfin, qui mieux les imprima.
Qu'un public courroucé quitte Madame Ma;
Qu'un handagiste expert, dont la méthode est sûre,
Soumette ma hernie au bandage à brisure;
Sous l'épiderme enflé de mon bras vésicant
Qu'on place un taffetas souple et rafraîchissant;
Que pansé de garou, poudré de lycopode,
Je n'aie à me baigner qu'au baquet thermopode;
Que plus souple etplus prompt, enfin , qu'un cerf dix cors,
La pâte tylacèe ait consumé mes cors;
J'aime mieux me soumettre à leurs mille tortures,
De tous les Sangrados subir les impostures ,
Dans le creux de ma dent à grands frais prodigué
Goutte à goutte sentir tomber le Paraguay ,
Contre le choléra, le typhus, la colique,
N'avoir pour tout soutien que Yantiloïmique,
A l'Arabie enfin, d'où nous vint le café,
Sévigné masculin, renvoyer son nafé,
Que de poursuivre encor ces apôtres de boue.
Quand j'aurais d'un soufflet ecchymosé leur joue,
Où serait le profit? Il faut les plaindre encor, Hélas! ils ont menti pour quelques grammes d'or.
Mais plaindrons nous aussi ces menteurs à soutanes, Du temple d'Esculape usurpateurs profanes, Qu'on vante à haute voix, qu'on méprise tout bas? Livrés au faux espoir de malveillants débats, On les voit, charlatans à rancunes dévotes, Juges prompts à jurer sur la foi de leurs votes, Dussent-ils n'en tirer qu'un profit incertain, Procéder sans pudeur au viol d'un scrutin. L'un, dont le jésuitisme est devenu proverbe. Jadis risquait à peine un innocent adverbe; Aujourd'hui, dépouillant le ton morne et plaintif. Il ose s'élever jusqu'au superlatif; Du haut de l'Hôtel -Dieu sa voix frêle qui tinte Tombe dans un concours comme une bombe éteinte;
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Pour l'élu qu'il embrasse et baigne de ses pleurs, Il a, dit-on, tressé des guirlandes de fleurs. L'autre, orang indigène, académique osage, Plus laid de conscience encor que de visage, Lorgne un vote à l'envers de son regard de lynx, Et dit : J'ai deviné, je suis OEdipe ou sphynx.
A quels lâches détours on les a vus descendre ! Des bulletins brûlés a-t-on jeté la cendre? L'École la recueille et parfois reconstruit Un faux scrutin secret, sachant l'autre détruit. A quoi bon démentir? Une ligue honnie Se nourrit de mensonge et vit de calomnie, Et dans toute assemblée où siègent ses votants Foisonnent à coup sûr menteurs et charlatans. Charlatans d'examens, de cours et de science, Dont la peur des sifflets forme la conscience,
C'est presque a leur insu qu'on a vu quelquefois D'équitables scrutins s'échapper de leurs doigts; Mais l'élève, qui paie et veut que Ton soit juste ; A la porte attend-il l'aréopage auguste. Étonné d'un afflux qu'il n'a vu de long-temps, Le tribunal ému compte les assistants.... Alors en front mouvant, phalange maladroite, Votant par le flanc gauche en demi-tour a droite. Ils osent, du public prompts a subir la loi, Ce qui lui lâcheté l'appeler bonne foi.
0 conduite à la fois et généreuse et probe!... Comptez donc sur l'appui de charlatans en robe, Qu'on voit dans leur disette, avant chaque leçon. De leur salle a l'écart consulter le garçon. Et s'informer tout bas si dans l'amphithéâtre L'auditoire es! à deux ou si le chiffre est quatre:
Madelons d'éloquence et Cicérons friquets, Leur verve se consume en stériles hoquets ; Les accents bredouillés dont leur gosier s'éraille, Grâce au vide des bancs vont heurter la muraille, Et l'écho leur rapporte en longs frémissements L'aigre son des sifflets pour applaudissements.
Eh bien! que, s'abreuvant aux flots de vingt pactoles, Leur préciput s'élève à dix fois cent pistoles, Est-ce moi qui jamais leur aurais disputé, Quelque onéreux qu'il fût, un budget mérité? Va pour les primes d'or, si du moins on les gagne ! Aux universités de l'austère Allemagne, Lorsque des auditeurs s'est retiré le flux, Vous pouvez professer, mais vous n'émargez plus. Cauchemars à sursauts, inexorables rêves! Qu'allez- vous devenir, professeurs sans élèves.
Si l'État, dédaigneux de vos coûteux efforts, Impitoyablement barre ses coffres-forts ! Aux transports énervants d'un stérile onanisme Verra-t on s'épuiser votre charlatanisme, Vomirez-vous encor, sans jetons et sans frais, Ces docteurs hachepaille, obscurs coupe-jarrets, Qu'on peut voir à prix d'or démériter leur grade Dans votre faculté postiche et de parade 4, Dont la porte devrait, sur ses doubles battants, Faire écrire ces mots : Fabrique a charlatans?
En dehors, en effet, comme en dedans du temple, Quelle est donc la vertu dont vous donnez l'exemple, Qu'on vous suive en tous lieux, le matin ou le soir, En ville, aux examens, en toge, en habit noir? Sur sa corde que tend l'orgueil, le ridicule, Celui-ci, haut le nez, mannequin à bascule,
Comme un riche milord qui court chaque pari,
Fait voler au grand trot son léger tilburi.
Dans son antre à charnier cet autre se démène ,
Écuyer vaniteux, marchand de chair humaine.
Qui fournit à la mort tous les jours un appel,
Et n'a foi dans son art qu'au tranchant du scalpel.
L'autre, plaisant beau-fils, perruche à fariboles,
Laisse couler sa sève en galantes paroles,
Et chaque jour poursuit de propos de bon ton
Dans son lit aegrotant une autre Jeannelon.
Celui-là, candidat de hautes espérances,
Affiche et fait par an trois fois trois conférences,
Et ne peut arriver qu'au résultat fatal
De fermer tous les mois ses salles d'hôpital.
Quel fatras de papiers et quels débris de plumes!
Cet autre a feuilleté plus de ciuq cents volumes,
Et, pour leçon clinique à de futurs docteurs,
Torture d'un sens faux d inutiles auteurs.
L'Intimé maladroit, dont la vaste faconde
Se tue à nous plaider l'origine du monde,
Qui deux heures durant, bien ou mal écouté,
Pérorera sur tout, son malade excepté.
Eh bien! ces hommes nuls, mais dont le jeu funeste
Fait a l'humanité plus de mal que la peste;
Qu'on voit à chaque page, en leur sot rituel,
Se prodiguer l'un l'autre un encens mutuel;
Qui se disent brillants de savoir, de génie,
Pour moi sont des acteurs de haute comédie,
Des Tabarins titrés, et que l'écho cent ans
Doit flétrir de ce nom : « Charlatans, charlatans!...))
NOIES
1. Historique; c'est quatre-vingt-dix-neuf fois que cette malheureuse fut incommodée en vingt-quatre heures.
2. La moutarde blanche a commencé ses cures merveilleuses dans une modeste boutique vis-à-vis le parvis Notre-Dame : elle les continue aujourd'hui dans la magnifique galerie du Palais-Royal.
5. On lit tous les jours dans les annonces de dix journaux : « Il n'est bruit en France que des merveilles de cette précieuse pommade... Nous n'en pouvons mieux faire l'éloge qu'en rappelant le témoignage éclatant de M. le docteur Orfila, doyen de la Faculté de médecine de Paris. '
4. Ces expressions sévères et peu courtoises ne nous appartiennent 2< série. 1
50 NOTES
pas; elles sont d'un membre même de l'École, alors inspecteur général des éludes, l'illustre Dupuytren, qui les a consignées dans une note critique adressée \ers l'année 1818 au ministère, et que la Gazette des hôpitavx a publiée dans son numéro du 45 mars 1836, sous ce titre : V École de médecine jugée par Dupuytren.
Qui, moi, dans les langueurs d'un indigne repos J'aurais usé ma foi, déserté mes drapeaux: Moi qui, des trois cents dards que lançait ma satire, Aux charlatans meurtris imposai le martyre
Et qui sur Orhla, déchirant ses lauriers,
Fis pleuvoir en trois jours mille vers meurtriers !
Le sang inonde encor ces blessures récentes;
Ai-je assez soulevé de rancunes puissantes,
Et de la souquenille aux infâmes dossiers
Assez sollicité les rapports policiers?
Aux émeutiers bruyants la phalange m'accolle;
C'est moi qui présidais au sac de leur École ;
Sur le plâtre éraillé chaque mur mitoyen
Y porte un nom fatal, le nom du Phocéen. Au carrefour Condé, funeste à tant de titres, Entendez-vous craquer les débris de leurs vitres! Les frocs déchiquetés sous mes larges ciseaux
Y gisent entassés en informes monceaux,
Et, dans le temple ardent du feu de mes fascines, On me verra bientôt debout sur leurs ruines. Debout... de toutes parts incessamment traqué, Squelette dont six mois tous les joints ont craqué, Dût-on mettre à haut prix mes plus simples boutures, Et ce frac de tribun, blanchi sur ses coutures,
LES SPECIALITES.
Que Didelot, jaloux d'un acquit de hasard, Impose cinq cents francs à Jacquinot-Godard"; Ah! quand de saletés la vengeance se souille; Lorsque la Faculté joue aux dés ma dépouille, Et, sur mon corps meurtri des verges d'Orfîla , En refrains odieux chante la Traga-la, Faut-il que, caressant la main qui me gourmand Je tresse en papillote une incroyable amende, Et, d'un verdict de cour dissimulant le sel, Trouve au fiel baléare un goût de caramel!
Osez donc, sur la foi d'un bienveillant mystèr» Lier innocemment le tendon pour l'artère ; Ou, si votre scalpel a désarticulé Un bras cadavéreux sur un torse brûlé, Si, deux heures durant, s'enclave et se démène Un forceps fourvoyé dans la matrice humaine
Où trouver une excuse à d'odieux revers Que ma prose flétrit, que flétrissent mes vers0
A de pareils abus qui pourrait faire faute, Et voudrait, d'une voix et moins libre et moins haute, Au dénonciateur pâlissant à son gré, Souffrir un ton plus ferme, un pas plus assuré? Dût en sa bonne foi quelque amitié fatale Deviner un Vidocq à son initiale ', Guerre à qui pour appui choisit l'iniquité, Et la délation pour spécialité!
Né pour salir la palme au frac qui le décore, Qu'il dénonce, dénonce et qu'il dénonce encore, Et verse sur son nom, de police repris, A flots longs et bourbeux la honte et le mépris.
Oh! j'aime mieux ce fat au crâne plat et vide, D'incessants plagiats spéculateur avide, Que toute invention trouve pour vis-à-vis; Prompt à battre des mains s'il déplace une vis , Qu'il lime un engrenage ou forge une goupille , On voit s electriser le bipède torpille ; Premier-né du génie et bâtard de Newton, La planète gravite au gré de son laiton, Et de sa renommée aux poignantes parcelles L'électrique vertu s'épuise en étincelles. Du patient qu'il voue au caustique infernal Sa gouttière à mandrin laboure le canal, Et le double courant dont il la lubréfie, En croyant l'assainir enflamme la vessie. Qu'on me montre, en effet, au faubourg St-Germain, Dans l'antique Marais, dans la cité d'Antin , Élégantes dandys ou nobles douairières, Ou filles de comptoir, ou modestes rentières Dont la pudeur sincère ou la feinte vertu Au lubrique fauteuil n'ait parfois combattu,
58 QUINZIEME SATIKE.
Et de son spéculum à forme mitigée Subi, le rouge au front, la visite obligée? Hygie à son esprit prodigua ses lueurs; Nul ne sait mieux tarir la source des flueurs, Et ne mélange mieux, moderne Milhridate, Aux roses de Provins le liquide acétate. Il possède à bas prix ces secrets inconnus Dont au temps héroïque aurait rougi Vénus, Et qu'un siècle de fer a rendus nécessaires. Tout lapsus utérin a chez lui ses pessaires; Sa main, qui se fatigue à l'insu du cerveau, D'une ligne de plus creuse un forceps nouveau , De la pince à trois mors amincit une branche, Du courbe percuteur allonge un peu le manche, Et marie avec art, en magique sautoir, La seringue classique au moderne clysoir. De tout progrès récent sa vanité jalouse Tend au suppositoire et vise à la ventouse ; Parfois même on l'a vu, l'œil myope et hagard, Fier de l'obliquité d'un incorrect regard,
Prestidigitateur et sans sac et sans quilles, Au sein de l'Institut déposer ses coquilles : « Jadis, s'écriait il, je louchais, mais je crois Qu'aujourd'hui de mes yeux les deux axes sont droits; Voyez plutôt, voyez... » Et sa vue effarée Sur des points divergents se portait égarée, Et, de ce rire fou qui gagne et se transmet, Au nez du guérisseur l'Institut se pâmait.
Sur l'art qu'il déshonore à plein débord il pèse; Affamé de fortune, aucun mets ne l'apaise; L'or des dupes encor double son appétit; De ses minces travaux l'univers retentit, Et jusque sur les bancs de notre Académie Un compère à sa voix prête une voix amie. Mortel dont l'importance avec l'argent s'accroît, Pour lui du tilbury le siège est trop étroit;
Heureux si, satisfait de sa demi-fort une,
La maigreur de son train bientôt ne l'importune ;
Si, du haut d'un carrosse ou d'un brillant landau,
Il ne nous éclabousse à chaque goutte deau.
Sur son jabot le strass de son éclat de fraude
Rend le pas au brillant enchâssé d'émeraude;
Du terne chrysocale, avilissant trésor,
Le faux a disparu pour faire place à l'or,
Et ses doigts, qu'avec art sa complaisance étale,
Surchargés de rubis, blanchissent sous l'opale.
D'autres., moins fortunés, trompettes sans échos, Émiles au rabais, Girardins médicaux, Dans l'envie et le fiel, où leur plume est trempée, Teignent de leur pourpoint la défroque râpée. Du comptoir de Mercure au temple d'Apollon, Un aveugle hasard les a jetés, dit-on ;
LES SPÉCIALITÉS. fil
D'un langage sucré, d'un ton de néophyte,
On les voit, larme à Fœil et regard hypocrite,
Cyniques défenseurs d'un cynisme effronté,
De ce siècle pervers flétrir l'iniquité,
Et gémir sur le sort de leurs chefs aux mains pures,
Dont on a déjoué les saintes impostures,
Et qu'on a convaincus, la main sur le licol,
D'ignorance, d'orgueil, de mensonge ou de dol.
Puis, lorsque, fatigués de formules amies,
Les larmes ont fait faute aux nouveaux Jérémies ,
Que, les jarrets tendus et le col empesé,
En cuistres de collège ils ont assez posé ,
Dans leur argot de halle ils viennent chez Procope
A la flamme du punch tirer notre horoscope.
Tels on peut voir encore, et sans charge et sans fard, Ces Aristarques nains, Catons au teint blafard,
Mendiants maladroits de gages de bricole , Dont on double la prime aux portes de l'École, Chaque fois qua l'École on remet sur leurs pieds Les bouffons de commande et les Pasquins payés. Pinels au petit pied, Dupuytrens ambilœves* Leur gloire a pour appui les sifflets des élèves; Aux dépens des Phrynés, dont les appas flétris Loin du lit conjugal ont fait fuir leurs maris, Ces Sigisbés ventrus, grisonnants Lovelaces, Émargent tous les mois les profits de leurs places, Et rendent à prix d'or, dans les boudoirs lascifs . Des baisers décrépits et des transports poussifs. Qu'ils se vautrent sans honte en l'ornière du vice ! Messaline, qui guette et qui paie un service, Leur offre, pour drapeau de spécialité, L'amour qui tend la main et vit de charité.
LES SPECIALITES.
Mais sur tous les forbans à menteuse science, Dans la sévérité de mon expérience, Si de mon vers vengeur l'une ou l'autre moitié Jusque dans leur boudoir va frapper sans pitié; A l'utile labeur, à la sincère étude De tout temps on m'a vu vouer ma gratitude; De chaque travailleur j'ai respecté le droit; Mon cœur n'eut jamais rien de jaloux et d'étroit; De quelque part qu'il vienne, au savoir qui le flatte, Dans ma poitrine ardente il s'émeut, se dilate; Soit qu'un bègue, attentif aux mesures qu'il bat, Doive une langue libre à l'art de Colombat; Soit que j'aie à chanter cette œuvre spéciale Qui me fait vénérer le nom de Cwiale, Dont au front de Leroy le premier lustre a lui , Et quJJeurteloup enfin a doublée après lui; Trio qui mérita l'auréole de gloire Que la lithotritie G a faite à leur mémoire, Et dont aucuns rayons ne se seraient ternis Sans la rivalité qui les a désunis;
Joyeux qu'à leur début, d'une manœuvre adroite, Dans leurs mains Âmussal ait mis la sonde droite, Et, par d'heureux travaux heureusement lié, A leurs nobles succès se soit associé 7. De Ducamp, que j'inscris au revers de la page, Pasquier, Tanchou, Guidon ont part à l'héritage, Et, d une habileté qu'on ne dispute pas, Près du premier trio s'est placé Ségalas.
Dans les rangs opposés, en l'honneur de la taille, Jetant ses longs succès pour gage de bataille, Souberbiede, épilé des derniers cheveux blancs, Porte à jarret tendu ses quatre-vingt-huit ans : Tel on le vit marcher au feu de la Bastille, Tel le scalpel est prompt sous son œil qui pétille ; Une main moins hardie, un moins habile tact, Illustrèrent jadis et Corne et Baseilhac8.
Dans ces travaux restreints, mais où la gloire vibre, Des spécialités l'allure est franche et libre , A moins qu'un vil appât, d'un vil lucre escorté, Du but louable et saint ne vous ait écarté.
Qui blâmerait Sanson, dont l'étude attentive A l'ophthalmologie 9 offre une clarté vive? Le germanisme pur que Sichel y porta Et l'esprit théorique et net de Rognetla, A ces deux professeurs sans palmes et sans toge, Laissent leur juste part de mérite et d'éloge.
Quels que soient par Lis franc les débats encourus, De son coup-d'œil pratique embrassant l'utérus,
Il a sur ce sujet, que sa verve élucide , Amplement satisfait notre espérance avide. Tel, d'une habile main, sous un aspect nouveau, Lallemand explora l'urètre et le cerveau; Tel, de la syphilis, où son zèle se joue, Ricord sonde avec soin les replis et la boue; Au chemin qu'Alibert avait su se frayer, Tel Bielt a devancé Cazenave et Rayer " ; Tel, avec tout le soin d'un sévère scrupule, Lugol, l'iode en main, poursuivit la scrofule "; Tel on voit après lui, par de nouveaux essais, Un autre Baudelocque espérer des succès; Tels enfin, soutenus de leur expérience, Guersani a consacré ses veilles à l'enfance ; Esquirol, de Pinel élève suzerain, Ouvre une large voie à Falret, à Voisin ,L; Gaérin, Bouvier 3, au frein de leur orthopédie Soumettent avec art un dos qui se dévie,
Et du tendon d'Achille, émendant le défaut, Duval 4 incise, allonge et redresse un pied bot.
Et moi, dont si souvent l'infâme calomnie Dans son impur levain voulut pélrir la vie, Qu'au gouffre dévorant du brasier infernal , La haine a déchiré de son couteau falal ;
Moi, séquestre 5 vivant d'un monde que j'ignore, Qui, sans mieux le savoir, vivrais mille ans encore Dont, au moindre contact d'un vain souffle ennemi Chaque muscle a vibré, chaque nerf a frémi; Qui, de la tête aux pieds, humaine sensitive, Pousse sur tous les tons une note plaintive; Moi, dont l'esprit se joue aux plus riants ébats, Athlète curieux de dangers, de combats, Qui, d'une égale force et d'une ardeur égale, Tendrais le luth joyeux ou la flèche fatale, Et demain sur l'arène, en mon cirque agrandi, Jetterais au pouvoir le gant le plus hardi; Aujourd'hui retenu dans ma sphère bornée, Bridant ma muse aux chants où je l'ai condamnée , Je veux, prompt à frapper, sans délai, sans détour, De ma lice dix fois recommencer le tour; Dix fois ,6 je veux encor, sans franchir la barrière, Fournir à franc galop ma pénible carrière ; Et de l' Art de guérir 7, que je maçonne au stuc, Au tamis le plus fin j'exprimerai le suc...
Alors , sous le fronton dont la voûte est formée, Le chantre médical pose sa renommée; Heureux d'avoir rempli, sans écarter du but, La spécialité de mon premier début, Je vogue à plein courant au fleuve littéraire Et, d'arides travaux habile à me distraire, Joyeux, triste, emporté, vif et calme à la fois, A mille accents divers je façonne ma voix ; Privé de bouclier, sans armes spéciales, Je déroule au hasard de magiques spirales; Et si je tombe enfin, et si, mort à demi, D'ivresse ou de torpeur on me trouve endormi , Qu'un Saumaise futur, dans mon esprit malade, Inhabile à trouver le mot de la charade, Sur ma tombe ignorée où le glas va sonner,, Écrive avec dédain : Énigme a deviner.
NOTES