‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 37 sur 49 · LE CONSEIL ROYAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. — L'INSTITUT · texte numérisé non relu

LE CONSEIL ROYAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. — L'INSTITUT

J'ai tardé, mais j'arrive à mes dernières pages, Il faut enfin heurter ces deux aréopages, D'un pouvoir souverain suprêmes assesseurs , L'un et l'autre , dit-on , fils d'immortelles sœurs.

Celui-ci, Lerminier ', cuirassé de prudence , N'a point rompu de face à toute indépendance , Et sur un tapis vert les savants irrités Y débattent parfois de dures vérités; L'autre.... Ses actions en signalent la pente; Ici sept conseillers et là plus de quarante , A qui sans hésiter Piron aurait souscrit Des brevets paraphés de science on d'esprit .

Mais au temple des arts, près du fleuve qui coule, Le ministère entier se perdrait dans la foule , Qu'il resterait encore à son autorité L'appui des septemvirs de l'Université.

Leur appui!., qu'ai-je dit? d'une espérance folle Qui voudrait au pouvoir compter sur la parole De nos sept potentats h poudreux arguments, Jaloux des droits échus à leurs départements?

A leur tête Cousin qui, dit-on. se méfie Des mets peu succulents de la philosophie , A son maître Platon remontrant le calcul Se drape à larges plis du manteau du cumul \ Après lui Yillemain, Cieéron de collège, Débite une oraison comme on chante au solfège . Et mielleux opposant des citoyennes Cours, Après vingt ans renie un servile discours 4.... Étéocles lettrés et pédants Polynices , Qui font trêve parfois aux haines de coulisses , Et le cœur ulcéré par d'incessants débats. S'inondent en public des baisers de Judas . Puis , Poisson le despote et Rendu le mystique ; Thénard, baron boutïi de synthèse chimique; Et les dominant tous de sa hautaine voix . L'homme qu'une roulade a mis sur le pavois; Qui, formulant l'intrigue en refrains de guitare. Sortit en fredonnant d une île Baléare , Et comme on rimerait de futiles chansons. Nous vint improviser un Traité des poisons.

Expérimentateur à touche maladroite , En perdant Barruel il perdit sa main droite , Et rêvant arsenic comme on rêve un beau jeu De cadavres humains se fit un pot-au-feu 6 ;

( "Ta

Comme si dans leurs flancs, d'un seul trait de sa plume L'acide arsénieux augmentait de volume ,

LE CONSEIL ROYAL. Ll.NSTITCT.

Et qu'un grain de poison qu'il travaille avec soin Dût fournir au creuset trente grains au besoin :.

Tel est donc le Conseil qui . sur sa haridelle . Dirigeant par la bride un ministre en tutelle. Sut tenir en échec par un refus hardi

Jusqu'au plus affairé d'entre tous Salvandy.

Ce que le Moniteur chaque matin imprime

S?y défait comme on change a la Bourse une prime

Là . les ordres du chef sont autant de zéros;

Vit-on jamais ministre obéi des bureaux !

Malheur à qui recourt à ces rusés pirates :

Plébéiens insolents posés en autocrates.

D'un regard dédaigneux et d'un geste impoli

On les voit éconduire un Robin avili ;

Sous leur verge de 1er ces hautains pédagogues

L'ont bientôt écrase de leurs semonces rogues :

232 YINGT-DEUXIEME SATIRE.

D'un rebut dédaigneux d'impudence exhaussé, Du brillant sanctuaire il se voit expulsé ; Sa joue échappe à peine à de brutaux sévices, Et la férule atteint les plus nobles services \ On dirait un seigneur devant un serf félon ; Devant un noir craintif on dirait un colon , Et pour mieux 1 eculer aux étroites fourrières Il ne lui manque plus qu'un fouet et des lanières.

Oh, comme le Conseil, en un jour solennel , Prend le ton papelard , le regard paternel ! Lorsqu'un élève inscrit aux registres d'École A péché de penser , de geste ou de parole ; Que l'émeute qui gronde au sein du carrefour L'a jeté dans les bras des sergents d'alentour ; La prison est trop douce à punir son audace; L'arrêt des tribunaux lui paraît une grâce ,

Et la cour prévôtale, académique sœur, D'un double auto-da-fé lui garde la douceur0. Comme un enfant mutin qui troublerait sa classe , De nos trois Facultés froidement on le chasse; Plus il est doucereux, plus on est exigeant, Et moins on a scrupule à garder son argent.

Aussi, de ce Conseil qui n'aime point à rendre, Que de bienfaits divers on est en droit d'attendre? Quand malgré lui juillet nous rendit le concours, Vit- on qu'à son dépit il donnât libre cours? Quand Broglie eut signé, qui donc a souvenance Qu'il ait entre ses mains déchiré l'ordonnance ? Il glissa seulement d'un air de bonne foi Une clause au contrat qui violait la loi 10 ; Et certain qu'il pourrait , par quelques forfaitures, Du concours complaisant tenir ses créatures ,

23i VINGT-DEUXIÈME SATIRE.

Comme dans le passé jeter sur ïe tréteau

A son gré lesGuilbert, les Bougon, les Fizeau;

11 crut, grâce aux abus dont il fait sa marotte,

Acheter le public comme on achète un vote.

Oh ! comme il fut surpris quand aux premiers souhaits

11 se vit accueilli d'innombrables sifflets,

Ou que, des flancs émus des scrutins indociles,

Il vit en pâlissant sortir des noms hostiles;

Quand la presse importune à l'unanime son

Éleva sur la chaire et Bouillaud et Sanson ,

Et que les candidats, instruits par leur défaite,

Redoutant le drapeau que portait la Lamelle ,

Des élèves blessés reconnurent les droits,

Et du public puissant envièrent la voix.

Depuis lors dans leur sein quelle haine est couvée î

Contre un pouvoir jaloux leur fierté soulevée

A pris pour le détruire un chemin détourné;

Sous la mine du peuple elle a contreminé ;

Vingt fois par Orfila conduits à la tranchée ,

Ils ont cru la victoire h leur char attachée;

Contre leurs ennemis éveillés en sursaut, Vingt fois la hache en main ils ont donné l'assaut, Mais sur la Faculté quand la foule se jette, L'insolent monopole est sûr de sa défaite , Jusqu'au jour où bientôt, quand l'heure sonnera, Le projet ténébreux soudain éclatera ; Où d'un centre docile à doter l'ignorance, Un ministre , endormant la sotte indifférence , Obtiendra la faveur par un souple discours, Comme il eût obtenu qu'on votât le concours ".

Ainsi se fait la loi; le sous chef l'élabore, Une commission l'achève et la colore , Le ministre la signe, et, comme il peut, défend Cet informe embryon dont il fait son enfant. Si la gauche l'attaque, un ami chaud s'élance, En faveur du projet rompt en hâte une lance ,

Et tout le tripotage est enfin achevé Quand d'un élan massifle centre s est levé.

Mais si dans le combat une feuille effrontée Avant l'événement s*est hardiment jetée . Au terrain sillonné de salutaires jets Qu'elle ait de l'ennemi démasque les projets: Harcelant de haros cette infernale pressa , Le Conseil (non qu'au jour son courage paraisse, Ou qu'on puisse saisir sous un voile indiscret La trame du complot qu'il a tenu secret . Poursuit l'homme fidèle aux causes populaires . L'accable insolemment de ses folles colères. Et jugeant l'écrivain qui l'a pris au collet. Comme un niais Sancho qu'anime un feu follet. L'École , frémissant de soudaines alarmes . Se lève et pousse alors le cri fatal : Aux armés

D'une invisible main elle qui le traîna Au champ clos du Palais où Jacquinot trôna % Et d'un verdict trempé dans une impure source Lui demanda la vie en lui coupant la bourse!..

C'est alors qu'on apprend à quelle trahison Doit s'attendre un tribun qui soutient la raison , Ce que peut l'ennemi que la franchise offense, Et comme l'amitié faillit à la défense. Qu'importe î sans fléchir et par le droit chemin L'honnête homme s'avance , une torche à la main En dépit du Conseil qu'on lui jette au passage. Et de quelque Orfila qu'on heurte son visage ? Écarte l'opposant qui nuit aux libertés, A tout faquin en froc montre ses nudités , Et bravant de Thémis les hasardeuses chances , De sa conviction subit les conséquences.

Ainsi le journaliste est utile au pays; Dussent tous ses souhaits également trahis Le livrer impuissant aux rages de l'École, Il a jusqu'à la fin fait jaillir sa parole , Et de ses fiers accents l'avenir éclairé Sous sa voix vigoureuse aura du moins vibré !

Ailleurs est l'Institut, dont la voie est ouverte... Là si vous travaillez , si quelque découverte. En souriant de loin à vos regards surpris. Vous mérita parfois un légitime prix; Si des fonds de Monthyon quelque faible parcelle D'un argentin écho sonne en votre escarcelle.

Des flibustiers hardis dont la foule s'émut

Auprès du travailleur déjà sont a l'affût ;

Du secrétariat où disait son mémoire

Les renards von! flairer la complaisante armoire ;

Et l'œuvre qu'à la piste ils suivent pas à pas

Aux archives bientôt ne se retrouve pas.

Heureux si. prévoyant une surprise impie ,

D'un utile labeur il a gardé copie.

Ou si d'une analyse ecourtee avec soin

Le seiiKr de l'Institut a timbré chaque coin :.

Alors, bien qu'a regrel sa voix reste impuissante .

L'Académie au moins en demeure innocente.

Et n'a point a répondre en son docte salon

Du larcin consommé par un membre félon,

Dût ce membre . à l'aspect du vide de l'armoire.

Répondre en se jouant : Je n'ai pas de mémoire!

Demandez a mon lils si . pour son avenir .

Il convient d'avouer que j'en ai souvenir.

Mais à d'autres le soin , que je leur abandonne , De gourmander un corps où parfois la couronne , Sans pénible souci , sans démarches , sans soin , Atteint les travailleurs en leur modeste coin ; Aux humbles écrivains épargnant les disgrâces , Là s'effacent du mal jusqu'aux dernières traces; D'une pointe d'acier piquât-elle douze ans, On aime une Lamelle aux biseaux reluisants ; Bien que parfois, hélas! l'on s'incline et l'on flatte , En refrains vigoureux si Némésis éclate, On ne dit pas : Tais-toi , Juvénal et Boileau Ont mieux de l'hexamètre agité le fléau; On ne va point encor, comme un sinistre augure , De l'écrivain hardi barbouiller la figure , Et pourvu qu'il soit là , vif, ardent, généreux , Prompt à saisir le fouet ou le bâton noueux , On se tait... Redouté de l'intrigue qu'il tance, Orfila saura bien qu'il écrit et qu'il pense. Du thème que sa prose a douze ans publié, Le doyen rancuneux n'aura rien oublié ;

Cauchemar importun en pensum de collège , Et le jour et la nuit son souvenir l'assiège . Et l'on est sûr de vivre alors que l'on joint là Aux faveurs d'Institut les haines d'Orfila.

Dirai-je après cela qu'il est temps de détruire Ce temple où le soleil n'a pas cessé de luire , Et qu'ainsi qu'aux mou tiers on doive avec éclal Livrer à l'Institut un utile combat !

Oh ! certes je sais trop à quelles jongleries Le public curieux s'expose aux galeries Où , sans avoir à craindre un désaveu fatal , Chacun veut se poser sur un lourd piédestal; Où plus d'un sot auteur , barbouillé de science . De ses prétentions fatigue l'audience ; L'un , chimiste profes en l'art des Desarnaud , De son creuset bâtard fait un poêle, un fourneau

242 VINGT-DEUXIÈME SATIUE.

L'autre, défenseur-né des causes somnolentes, Nous récite la veille et le repos des plantes , Et s'il franchit un val ou gravit quelques monts , Soumettant l'atmosphère au jeu de ses poumons. Jusqu'aux rocs escarpés où le chevreuil va paître , De vingt pas en vingt pas pose son thermomètre. Qu'importe!., en ces fauteuils dont j'approche au hasard, Si j'aperçois Dumas, Saint-Hilaire ou Savart ; Qu'au siège dominant de cette Académie A l'unanimité soit porté Magendie:

Que Flourens, s'apprêtant à siéger au bureau, Chaque jour prenne place à côté d'Arago ; Lorsque Biot et Chevreul, Gay-Lussac et Blainville Y rencontrent Larrey que vénère la ville ; Que , grâce aux longs efforts de leur activité, Double et Serres surtout aient noblement coté Les prix de Monthyon dont leur munificence Aux travailleurs souvent livra la récompense; Lorsqu'enfin Orfîla s'y présente parfois , Et, malgré son astuce , à peine obtient deux voix :

Je me dis : Attendons, il n'est point encor l'heure A ménager le seuil de l'auguste demeure Où Civiale et Chervin se firent couronner, L'art et les travailleurs ont encore à gagner.

NOTES

i- Professeur du collège de France qui a déserte brusquement la cause populaire.

*2. Fs sonl là haut quarante qui ont de l'esprit comme quatre. Piro.v.)

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