‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 38 sur 49 · On connaît l'avidité cumularde du traducteur de Platon · texte numérisé non relu

On connaît l'avidité cumularde du traducteur de Platon

♦ • ... Yillemain, professeur aux longs cours.

Qui vendit sa jeunesse et son premier discours, Le jour qu'à l'Institut, lauréat néophyte, Il brossa de baisers la botte moscovite.

( 8 \RTHEXEJIV. )

5. MM. Cousin et Villemain, ces inséparables amis, se détestent le plus cordialement possible.

♦5. M. Orfila a imagine, après a autre*, de faire bouillir les cadavres

246 NOTES

des empoisonnes pour découvrir des traces d'arsenic. Il appelle cela faire le pot-au-feu.

7. On dirait , en effet , que les grains d'arsenic se multiplient sous les réactifs du doyen. Il en trouverait , je crois , plus qu'on n'en aurait pris.

S. Rien n'égale l'impertinence de MM. les membres du Conseil à l'égard des professeurs de collège de province surtout.

9. Je me suis bien souvent élevé, dans la Gazette des Hôpitaux, contre cette double condamnation qui atteint les élèves; elle est tout àfait illégale; je concevrais le pouvoir du Conseil dans les cas où les tribunaux ordinaires n'auraient pas à juger.

10. C'est à M. de Broglie que l'on doit la revocation des ordonnances de M. de Corbière sur l'École ; il rétablit en même temps le concours , mais en conservant, contrairement à la loi, la nomination ministérielle pour les chaires de nouvelle création.

11. Allusion au nouveau projet de loi sur l'exercice et l'enseignement de la médecine , dans lequel on demande la destruction du concours.

12. M. Jacquinot-Godard présidait le tribunal ( Cour royale ) , qui m'a condamné. ( Voir la treizième satire. )

13. Tout ceci est historique. Mon manuscrit sur la méningite , qui avait obtenu en 1856 un prix de 5,00o francs à l'Institut, a en effet disparu du secrétariat. La voie qu'on lui a fait prendre est celle qu'ont suivie plusieurs autres mémoires. (Voir la Gazette des Hôpitaux du 12 mars 1839. )

Le luxe des précautions n'appauvrit pas moins que le luxe d'ostentation. Les quarantaines nous font plus de mal que la peste.

(J.-B. Say. )

Quant à l'influence morale dont on a parlé, c'est à la France, dont l'influence est si puissante sur le reste de l'Europe et du monde entier, à donner le premier exemple des réformes reconnues nécessaires dans les règlements des quarantaines, avec toute la prudence qu'exige une pareille matière. Si quelque puissance amie des progrès des lumières ne prend pas l'initiative, il faudra donc rester éternellement dans un statu quo vraiment déplorable et condamné par l'expérience des savants modernes.

( Gay-Lussac, Débats du 10 juillet 1833. )

C'est surtout par les mesures qu'elle fait prendre que la croyance à la contagion devient funeste à l'humanité; c'est en faisant cerner par des cordons de troupes les populations qui sont en proie à des épidémies d'origine locale; c'est en condamnant des malheureux à mourir dans un air empoisonné, lorsqu'à quelque distance de là ils auraient trouvé un air pur et salubre.

(Chervin , Sur la nécessité d'une prompte réforme dans notre système sanitaire. )

Les lazarets que l'on construit aujourd'hui si mal à propos, ne resteront alors que pour accuser, aux yeux de la France, ceux qui les ont si inconsidérément conseillés.

(Chervin, Examen des principes de l'administration en matière sanitaire.)

S'il est des préjugés impuissants, ridicules, Indigeste pâture à des esprits crédules, Dont en son calme plat le sévère bon sens Dédaigne avec succès les leurres innocents:

250 VINGT-TROISïÈME SATIRE.

Il en est un encor, dans le siècle où nous sommes, Funeste à la fortune, à la santé des hommes; Aidé par cette erreur, sur la Bidassoa Au signe d'un Baskir notre étendard passa, Et prompt à mitrailler la peste tricolore,, Troquant pour un fusil ses goupillons de chlore, Contre un peuple endormi sur la foi du cordon' , Le dernier des Dauphins fit tonner le canon.

Je ne sais quel mortel à prévoyances vaines D'inutiles remparts cerna les Quarantaines, Et saisi d'un retour d egoïsme secret, Transforma sottement un bagne en lazaret ; Honte, honte à celui dont la voix meurtrière A dit à son semblable : « Abandonne ton frère ; La fièvre visita son chevet désolé, Lâche, séquestre toi de son lit isolé,

La mort est suspendue au souffle de sa bouche. En le fuyant tu vis, tu meurs si tu le touche, Fuis...») Ah, dût-on s'attendre au plus affreux destin: Du Temps que rien n'émeut dût l'inflexible main Au chevet du mourant fixer sa faulx cruelle, Mourons, mais portons-nous une aide mutuelle, Honteux de consentir par de lâches refus A nous déshonorer pour vivre un jour de plus!...

Mais quel est le typhus dont la bouche perfide Souffle toujours vivace et toujours homicide? Ne peut-on, sans périr des germes du poison. Humer l'air que vicie un étroit horizon?... Oh! non, l'épidémie échappe à toute entrave : Elle aime à s'éloigner de l'homme qui la brave. Et, comme en se jouant de leur timide soin, Frappe sur les fuyards qui se sauvent au loin.

Des plus rudes douleurs dédaignant les étreintes, Jadis on pliait moins sous de pareilles craintes, Et contre un spectre vain nulle principauté Ne se prémunissait de cordons de santé. En vain, rebelle encore aux lois de l'hygiène, La peste envahissante, insatiable hyène, Un demi -siècle entier d'interminables bonds Promenait au hasard ses élans vagabonds, Et traversant les mers, les monts et les vallées, Livrait le genre humain à des coupes réglées ; Comme un jeune homme épris du plus fougueux désir, Insouciant, léger, court après le plaisir, On voyait un Rotrou, sourd au conseil timide, De sa ville affligée échevin intrépide, Volera son devoir, et sans peur, sans émoi, Ecrire: Aujourd'hui vingt sont morts. . . à demain, moi î . .

Que sert de s'épuiser eu craintes inutiles? Croyez-vous, hérissé de mesures futiles.

Garrotter au passage en des liens de fer Tout morbide élément qu'aura vomi l'enfer; Brûler un germe éclos comme on brûle des hardes: L'étouffer sous le poids de légions de gardes; D'un couteau pénétrant sous un pli macéré Traverser à main sûre un miasme égaré.

Ou l'atteindre en brisant le message funeste Au risque de changer d'enveloppe la peste !. . Vainement nos docteurs se plongent au baquet Et bourrent de parfums leur nez de perroquet: Fragiles tournesols que la peur décolore. Ils s'aspergent en vain de vinaigre ou de chlore; Grotesquement coiffés d'un vaste capuchon. De leur cautère à lige ils brûlent un bubon; Et singes qu'on apprête à des tours de bascule. Marchent einbéguinés de leur froc ridicule .... La peste sans pitié se rit de leurs efforts, Et mourante au dedans, elle éclate au dehors.

De l'hymne de saint Roch la paraphrase sainte Retentit vainement dans la pieuse enceinte ; Comme aux sons discordants d'un profane refrain A l'invocation les cieux restent d'airain; Du béat voyageur expirant sur la claie Le chien ne lèche plus la dévorante plaie, Et Yora pro nobis, désormais sans vertu, Ne guérit plus, hélas! ni verbis, ni laclu °-

Ainsi naguère, au temps d'horribles funérailles, De son souffle glacé menaçant nos entrailles, L'avide choléra sur un peuple voisin Comme pour s'essayer assouvissait sa faim; Déjà, dans un transport de stupide jactance. On vantait du pouvoir l'habile prévoyance, Comme s'il eût suffi d'interrompre un relais Pour clouer le miasme aux portes de Calais...

On se livrait à peine à cette folle joie

Que du fléau mortel Paris était La proie :

Avant qu'on eût ouvert la grille au lazaret

Maint corbillard pesant au cimetière entrait.

Et de mieux avisés, quêtant d autres clairières,

Arrivaient librement par toutes nos frontières.

Imprudents voyageurs, dont le bagage affreux

Enfermait en partant un hôte dangereux,

Qui, dans un pli de drap, dans les pores du derme

Importiez l'embryon qui devait naître à terme,

Que n'ai liez- vous du moins en d'autres régions

Répandre sans pitié mille contagions,

Flétrir tout au contact de votre main ouverte,

Du tenace Chervin nier la découverte,

Nier le dogme saint dont il sut nous doter,

Que. s'il n'existait point, il faudrait inventer .

Déjà, grâce au péril de ses courses lointaines, Que d'abus dévorants ont fui les quarantaines ! Et lèpre et choléra, fièvre jaune et typhus, De poignets en poignets ne se transmettent plus :. Seule, ou moins explorée, ou moins franche en sa route, La peste orientale a laissé quelque doute... On ne douterait plus si nos gens de santé Aux courageux essais se fussent mieux prêté, S'ils eussent relevé le gantelet de guerre Qu'à la peste jetaient Lassis, Costa, Lasserre, Et qu'à ces nobles preux joignant tous ses efforts, On eût laissé Chervin la saisir corps à corps ".

Jadis, quand nos aïeux inventèrent Neptune, On n'osa lui livrer, dit-on, que la fortune; Mais depuis que la peste est fixée au trident Le Dieu des mers lui-même est devenu prudent;

Voyez ce brick léger qui vogue à pleines voiles Et suit sur l'Océan la marche des étoiles; Le pilote, joyeux de fendre en paix les flots Et d'annoncer la terre aux joyeux matelots, Caressant du regard une côte chérie, Sourit de bienvenue au sol de la patrie... Oh, qui soupçonnerait dans un si doux espoir L'accueil décourageant qu'apportera le soir! En sa cabine, seul, l'inquiet capitaine Murmure entre ses dents le mot de Quarantaine, Dans ses quadruples d'or sauvés du cabaret Marque la part qu'il doit aux loups du lazaret; Du prix de l'aloès et de la gomme-gutte Soustrait ce que lui coûte une patente brute %• De son prochain séjour aux avides enclos Déjà sous la consigne il compte les écots, Et sur le batelet où l'agent le raisonne ° De ses derniers écus entend l'adieu qui sonne. Ah! la barque où Caron rançonnait nos aïeux Offrait un but moins triste à leurs lugubres yeux

2" SRRIE. 33

Aux mains du batelier l'obole déposée

Suffisait au passage et payait l'Élysée,

Et de longs aboîments aux sinistres retours

Cerbère n'eût jamais mugi quarante jours.

Mais dans le lazaret, lieu de crainte et de gêne,

Où tout passe de force au champ de la Sereine 1 1 ,

L'avide portefaix, despote des enclos,

D'un crochet vigoureux éventre les ballots,

Et sans soin, sans pitié, cruellement déchire

Les colis somptueux qui chargeaient le navire.

Heureux si vous n'avez des atlantiques mers

Tiré qu'un bois pesant aux extractifs amers!

La voie est libre aux grains, libre encore aux légumes,

Mais guerre à l'édredon , aux élastiques plumes ,

Aux tissus qu'on croisa de laine et de coton ,

Aux cuirs secs et tannés, au plus mince carton...

Est-il quelque produit qui dans un point ne pèche?...

La chandelle est malsaine à cause de sa mèche ;

Le corail , le salpêtre , et le mordant tabac

N'entrent que dégagés de futaille ou de sac ' ;

La morale du Christ, de Voltaire ou d'Érasme Cacherait elle-même un perfide miasme?

Et mieux qu'une patrouille aux qui-vive innocents De halte-là criards n'assourdit les passants, Au gouffre de santé quand la porte est ouverte Et sur tout et sur tous partout on crie : Alerte !

Quand vingt ou trente jours d'un sévère secret On vous a séquestrés du public indiscret. Qu'un peu de liberté lentement descendue Grâce au temps qui s'enfuit vous est enfin rendue: Qu'à travers double grille on vous laisse entrevoir Vos parents, vos amis , seul et lointain espoir; Du garde de céans l'œil de lynx vous surveille ; Heureux si des voisins arrivés de la veille Le coude inattentif, de leur flanc écarté. Au pan de votre habit n'a par hasard heurté ;

Cet oubli d'un instant double votre neuvaine;

Il vous force à subir une autre quarantaine ;

Et pour peu qu'on heurtât à de nouveaux reclus,

De cette catacombe on ne sortirait plus.

Tel le fou qu'un démon métamorphose en verre,

De son pied soupçonneux touche à peine la terre ,

Tremble qu'on ne le brise en tout sentier étroit ,

Accuse avec aigreur un écart maladroit,

Et, timide écolier que l'on surprend en fraude,

Se croit pulvérisé par une chiquenaude.

Ah! puissiez-vous du moins, sains d'esprit et de corps.

Fixer le jour précis qui vous attend dehors.

Et puisse incessamment dans vos membres agiles

Un sang pur circuler sans atteintes fébriles !

Le plus simple exanthème , un vertige, un frisson ,

Un éclat de douleur qui s'enfuit comme un son ,

Dans ce limbe infernal au silence funeste

L'ignare surveillant va le traduire en peste ,

Et l'enclos de St-Roch aux échos froids et sourds,

Sur ceux qu'on y mura ne s'ouvre pas toujours 3.

Mais si vous supprimez toules nos sauvegardes . Et devant le typhus baissez vos hallebardes. Comment, nous dira-t-on. s'opposer a ses pas. Et contenir un mal que bon nr connaît pas. Comment! Que nul docteur boursouflé de science N'hésite a confesser sa stérile ignorance : Le doute du savant avec soin agite Tôt ou tard ici-bas mené à la vérité.

L'assurance à l'erreur et l'erreur au mensongt ; Sortons de ce chaos où l'intérêt nous plonge ; Sur la foi d'un Jonnés . sur la foi d'un Ségur Cessons de maintenir un édifice impur.

Savez-vous quels dangers a nourris leur croyance Sans cesse entretenu par elle en défiance. Au labyrinthe obscur où l'erreur l'a traqué, D'ennemis sans pitié le peuple est attaqué. Dans le cercle fatal qu'autour de lui l'on trace 11 attend en tremblant la mort comme une ijàee. Quelquefois par la ruse évitant son destin . L'assiégé sans péril se soustrait à la faim.

Lui, coupable s'il fuit, s'il demeure, victime, Il ne peut faire un pas qu'on ne l'impute à crime... Ah ! que d'infortunés , prêts à sortir du rang , Payèrent parmi nous la fuite de leur sang , Et devant un cordon à manœuvre perfide N'obtinrent pour secours qu'une balle homicide "! Les autres , que l'on traite en animaux abjects . Restent claquemurés aux cloaques infects ; Accumulant ainsi la cause de la peste , Comme au récipient une pompe funeste La condense, et bientôt cédant à son ressort, Elle éclate et répand l'épouvante et la mort.

Telle est de cette erreur l'imprudence fatale; Que dis-je?... est-il un acte à tendance immorale Qui ne vienne prêter par la délation Un appui criminel à la contagion ?

Alors, comme en nos jours de discordes civiles ,

Marchent le front levé les exigences viles ,

Les ordres odieux... Au fils infortuné.

De dénoncer son père un mandat est donné ;

S'il n'étouffe en son cœur la voix de la nature

Le sénat le condamne à l'horrible torture ,

Et sur le chevalet au supplice inhumain

Le secret et l'honneur s'échappent de son sein lfi.

Mais est-il un devoir, un lien de famille

Aux lieux contaminés où le crime fourmille ;

Peut-on même en garder le vestige trompeur

Alors qu'on sacrifie aux autels de la peur ?

Ah ! plus douce est la foi dont notre esprit se berce; Elle est l'espoir vivant , le salut du commerce ? Par elle un peuple faible , inhabile au danger, D'un œil imperturbable ose l'envisager ;

Et , lorsque le fléau rapide et fier s'avance , Silencieusement prépare sa défense , D'un travail incessant consolide son corps ; Sans excès , sans abus , sans stériles discords . Des bourbeuses cités il assainit l'enceinte ; Et pour mieux du géant paralyser l'étreinte, Se soumet sans murmure au joug de la raison ; D'un air et frais et pur inonde sa maison , A son sang appauvri donne une source saine ; Dans l'eau que lui fournit une claire fontaine Du généreux Bacchus prodigue la liqueur... C'est ainsi que souvent du miasme vainqueur L'homme sobre et prudent , aux jours d'épidém Donne moins large prise à sa rude ennemie , Change un mortel breuvage en remède bénin , D'un antidote sûr en combat le venin , Et du mal qui s'épand comme un flot au rivage

Souvent avec succès arrête le ravage

Surtout si de ce drame impassibles témoins, Laissant aux médecins les héroïques soins,

Vous savez vous garder du cri fatal : la Peste ! A quoi bon déployer une enseigne funeste ! Croyez-vous qu'à la porte où l'on trace une croix ,7

Un souffle débordant les espaces étroits ,

Le torrent va soudain vomir sur la patrie

De ses flots indomptés l'indomptable furie?

Ah ! cessons de combattre à force de décrets

Ce qu'on n'enferme point aux murs des lazarets;

Honteaux fatsimprudentscomme honte aux faux braves:

Mais plus de ces prisons à coûteuses entraves,

Plus de ces clos épais dont le large rayon

Oppose un frein sans force à la contagion...

Mieux que le magnétisme à travers les murailles.

Le miasme inconnu, père des funérailles,

Passe et d'un bond hardi, comme un fantôme noir.

De foyers en foyers menace de s'asseoir.

N'ajoutons pas encore à ses rages lointaines

Le désastreux secours des longues quarantaines;

Désormais à l'abri de tristes abandons,

Guerre à ces murs vivants, insidieux cordons,

Où nos Machiavels, guerroyeurs sanitaires,

Aimeraient à vider nos débats prolétaires.

Non moins que la pensée aux échos bienfaisants,

Le miasme subtil brave les fers pesants;

Qu'au lazaret, au bagne, au forum descendue, La raison désormais soit donc seule entendue. Et qu'au naufrage entier de la légalité Un seul dogme survive... un seul... la Liberté

X OTES

1. Il n'est personne qui ne se rappelle le fameux cordon sanitaire des Pyrénées , qui se transforma en armée anti-révolutionnaire des qu'on osa en avouer le but.

2. Rotrou, magistrat de Dreux . se hâta de retourner dans sa ville a la première nouvelle de l'épidémie qui la ravageait en 1650. ■ Les cloches sonnent pour la vingt-deuxième personne aujourd'hui, écrivait-il . ce sera pour moi demain , peut-être. » Trois jours après , le créateur du théâtre français n'existait plus.

5. Il est arrivé plusieurs fois qu'après avoir décacheté les plis on les a changés par erreur d'enveloppe : ainsi . des lettres d'amour ont été substituées à des lettres d'affaires , et vice cersd. J. J. Ampère . Naufrage d'un bateau à vapeur.'

4. On peut voir, dans l'ouvrage du docteur Robert, le costume grotesque des médecins quarantenaires, exactement décrit dans ces vers.

270 NOTES

o. Voici un verset de l'hymne de saint Roch, que l'on récite au lazaret de Marseille avant l'ouverture de chaque séance du conseil d'intendance de la santé :

Ave Roche , etc.

Roche peregrè profectus Pestiferos curas tactu, iEgros sanas mirifîcè, Tangendo salutiferè.

Ora pro nobis, Roche, etc.

6. On doit à M. Chervin , sinon la découverte entière des idées anticontagionistes, au moins l'établissement général de cette opinion bienfaisante dont il a démontré par des fa its irrécusables la vérité.

7. Grâce aux efforts persévérants de M. Chervin, plusieurs importantes réformes ont déjà été faites dans la législation sanitaire, et tout fait croire qu'on n'en restera pas là. La vérité est en marche

8. A plusieurs reprises (1830, 1831, 1833, 4 835) M. Chervin a demandé aux ministres à se soumettre à des expériences directes sur le mode de propagation de la peste dans les lazarets. MM. Lassis , Costa, Lasserre avaient fait la même demande. On s'est toujours refusé à ces offres généreuses.

9. La patente brute est donnée aux navires venant de lieux suspects ou atteints de peste; ceux qui viennent de pays sains ont la patente nette.

10. La consigne est un bureau dépendant de l'administration du lazaret de Marseille, où les capitaines des navires qui arrivent sont tenus de

NOTES. 271

venir s'expliquer sur les accidents de leur voyage ; on appelle cela raisonner.

il. On dit des marchandises que Ton purifie au lazaret en les exposant à l'air, qu'elles sont passées à la sereine.

\ 2. Tous ces détails sur les marchandises susceptibles ou non susceptibles de transmettre la contagion sont de la plus grande exactitude.

45. L'enclos de St-Roch , situé au centre du Lazaret , et entouré d'un triple mur , est destiné aux malades suspects ou atteints de peste.

14. MM. Moreau de Jonnès et Ségur-Dupeyron sont des antagonistes déclarés de la doctrine de la non-contagion ; le dernier est secrétaire du Conseil supérieur de santé , et a lu un mémoire à l'Institut pour prouver que les quarantaines sont utiles à notre commerce, et les lazarets trèsprofitables ! ! !...

15. Bien des malheureux ont été tués à coups de fusil en voulant franchir le cordon sanitaire des Pyrénées. On pouvait comprendre cela dans les temps d'ignorance , mais au dix-neuvième siècle ! ! !

if>. Le sénat de Venise avait autorisé, en 1504, la torture pour forcer les malheureux habitants à se dénoncer lors de la peste. ( Textoris, t. v r, p. 392. )

17. Les maisons où se trouvaient des pestiférés étaient marquées d'une croix blanche.

Mais la nuit nous entoure, et du soir la rosée

S'élève et redescend; Cesse donc d'écouter, ma voix s'est reposée,

Ma lyre se détend.

(Jeanne Champein, Chant gaulois.)

— ofeto —

Enfin, je touche au but; prêt à tenir parole, Formulant mes adieux au doyen, à l'École, Aux confrères rivaux, amis comme ennemis, J'ai fait plus, j'en suis fier, que je n'avais promis.

C'est que dans ma poitrine une âme noble vibre...

Ah! si je présidais à quelque école libre,

Si par le libre appel d'un vœu concitoyen

On me votait un jour le bonnet de doyen,

On ne me verrait point, barde de table ouverte,

Devant un Salvandy fausser la reine Berthe ',

Et d'un luth maladroit, en désaccords touchants,

Aux salons lumineux prostituer mes chants.

Dominé malgré moi d'une haine ennemie,

Je ne dénoncerais en pleine Académie

Que l'élu du pouvoir par le pouvoir gâté,

Qui d'excès révoltants souille sa dignité,

Et d'un loyal combat répudiant la gloire,

De lettres de cachet aiderait sa victoire.

Que dis-je, moi doyen!... qu'on me donne tout haut Ce nom que ma Gazette a flétri d'un fer chaud!...

Oh! non, quelque avenir que le sort nous promette,

Et que Ton cesse ou non d'émarger chez Amette %

On ne me verra point, tel qu'on en vit souvent,

Girouette docile à tourner à tout vent,

Autre aux heures du soir que je fus à l'aurore.

Des jours de liberté nous sommes loin encore;

Mais quand par l'écrivain, maître du préjugé,

Des oppressives lois le frein sera rongé,

Heureux d'avoir aidé pour ma part au grand œuvre,

Je me métamorphose en bénigne couleuvre,

Et vais, calme comme elle, au portique écarté,

D'un air paisible et doux humer la liberté,

Et du soleil baissant perdu dans les décombres,

Disputer les rayons aux grandissantes ombres.

Ah! si l'on savait bien ce qu'il faut de labeur, De fierté dans la tête et d'énergie au cœur,

Ce qu'il faut de courage et de persévérance Pour flétrir nuit et jour l'intrigue et l'ignorance; Quels pénibles soucis et quels affreux tourments D'un auteur satirique assiègent les moments; Si sous vos yeux pesants un ami journaliste Des déboires passés énumérait la liste; Et, quand sur le papier ils errent égarés, S'il vous montrait ses doigts par ses dents déchirés ; Lui, qu'un triste devoir à la critique enchaîne, Qui, sans envie au cœur, sans dépit et sans haine. Au confrère affligé qu'il attaque demain. Qu'il attaquait hier, voudrait serrer la main. Et d'un métier de fer ardent à se distraire, Au lieu d'un ennemi cherche partout un frère; Certes, vous le verriez, pur d'un lâche trafic. Se vouer nuit et jour à l'intérêt public!

Si du moins pour calmer sa secrète souffrance Un ami lui montrait quelque reconnaissance; Mais que dans ses écrits un mot soit échappé, Qui d'un son discordant lait au hasard frappé; En dessein de heurter par de jaloux contrôles On traduit aussitôt d'innocentes paroles; D'un avis bienveillant qu'il retint à moitié L'amour-propre froissé méconnaît l'amitié, Et du triste conflit dont il hâte le terme, Dût un cœur irascible, hélas! nourrir le germe, A voix haute on l'entend déplorer le débat; Et prompt à déserter un stérile combat, Du tort qu'il n'avait point, s'il le faut, il s'accuse, Et l'ami qui s'offense, il le plaint et l'excuse.

Mais si tel est le sort de l'athlète imprudent Qui porte au journalisme un cœur indépendant,

Qu'est-ce donc, juste ciel, si son âme élargie A reçu d'Apollon le don de poésie; Quand sa prose hardie à fronder les travers S'élaie encor parfois du secours de ses vers? Quelque bien abrité qu'il se croie en son gîte, Qu'à déserter alors il s'apprête au plus vite; Dans son fort écarté la haine le suivra, Et d'un double poignard on l'y déchirera. S'il se montre au salon, la visière levée, Tout y prend un aspect morne à son arrivée, On se tait, on chuchote, on se redit tout bas : Le voilà, c'est bien lui, ne vous y fiez pas; Il a pour ses amis, du carquois détachée, Toujours prête à partir quelque flèche cachée; On peut le reconnaître à ses traits grimaçants; Vainement ses regards sont doux et caressants, Craignez-le... Sous son front que mille plis altèrent Voyez-vous cet œil dur, ces lèvres qui se serrent ?

FEUPIU

Il sait prendre à propos l'air candide et bénin , Mais sa feinte candeur couvre un mortel venin , Et pour peu qu'on se risque autour de son repaire Il darde avec fureur sa langue de vipère.

Aussi, dit à la hâte un Vicq d'Àzyr poltron. Qui tremble de mourir comme est mort Cicéron, Pourquoi m'appelle-t-il opulente victime?

Ai-je en mon coffre-fort quelque dépouille opime? Censeur dont les ciseaux n'eurent rien d'offensif, Je suis plus pauvre encor que je ne suis poussif; Nectar vivifiant à mon âme aegrotante., J'ai pour tout avenir dix mille francs de rente ; Pour finir mes vieux jours serait-ce trop d'argent? Eh bien, qu'on me délivre un billet d'indigent, Je clos à l'hôpital ma course viagère; Qu'il prenne, et que ma bourse, hélas! lui soit légère: Je n'emporte avec moi, quoiqu'on les trouve lourds , Qu'un tricorne, ce frac, mes croix et mes discours. Pauvre homme! une chimère ainsi le peut abattre, Son pouls a de frayeur, je crois, cessé de battre. Et son visage blême et ses traits allongés Dans un bain glacial semblent encor plongés. Orfila, bien qu'en proie à son dépit extrême, De sa vive douleur aurait pitié lui-même,

A] ES ADIEUX. — <J fNCLUSU « 283

Et ne pouvant douter, à son air soucieux , Qu'il n'eût pris quelques grains d'acide arsénieux . Témoin désespéré de sa pâle agonie .

N'oserait plus alors nier l'hyposthénie.

Laissons là les méchants . les poltrons et les sots ; Formé «le longue main aux plus rudes assauts . Est-ce après le combat qu'il faut que je signale Les acarus hideux d'une incurable gale . Qu'on voit sans microscope . et qu'un œil exerce Trouve sous l'épidémie alors qu'ils l'ont perce Par des sels aiguises ou de soufre ou «:1e cuivre, A d'autres maintenant le soin de les poursuivre . J'ai fait mon temps de glèbe, el mes chairs et mes os Autant que mon esprit ont besoin de repos. Les sujets variés seuls nourrissent la Terre Qu'un labeur spécial et monotone énerve ,

Et quand un texte ingrat exige trop de vers ,

La raison s'habitue à rimer de travers.

On s'attriste souvent à de sombres pensées ;

Hygie a des courants dont les eaux sont glacées ,

Et de l'arbre de vie à l'ombrage bénit,

Parfois la sève fige et la feuille jaunit.

A moi d'autres pensers et de nouvelles rimes ;

Avec ses airs pédants et ses publiques primes

L'Ecole me fatigue et m'ennuie à mourir;

J'y prendrais en dégoût jusqu'à l'art de guérir,

Et j'apostropherais de ma prose ennemie

De l'Université jusqu'à l'Académie,

Si d'un espoir plus doux, de plus riants plaisirs

On ne m'y promettait d'égayer mes loisirs.

Ah ! combien plus heureux, toi, mon riche modèle, Phénix aux plumes d'or qu'on vit à tire d'aile ,

Baigné d'un océan de magiques rayons , Affronter au hasard les hautes régions ; Soit que l'émeute ardente incessamment accrue D'un peuple échevelé sillonnât chaque rue , Soit qu'aux grands intérêts que la chambre débat Tu voulusses ta part d'un généreux combat , Nul lien ne gênait ta verve de poète ; L'huile était prodiguée au vigoureux athlète , Et d'un manteau d'azur aux magnifiques plis Tu drapais à ton gré tes membres assouplis. Ah! je comprends ton vol et rapide et sublime, Aigle jeune et fougueux qu'on vit de cime en cime Errer à l'aventure et becqueter vingt ans Des Ninives du jour les dômes éclatants. Quand du czar sans pitié la vengeance assouvie Insultait lâchement aux pleurs de Varsovie , Et que Juillet, brillant d'un éclat sans pareil, Rappelait à tes yeux la fête du soleil ; Disciple initié dans le culte des mages, Tu n'y pouvais puiser que de nobles images ,

Et ta verve animée à d'atroces douleurs

Laissait tes vers couler aussi chauds que nos pleurs.

Mais moi , triste et chétif , dont la plume se joue

Sur un sol rocailleux ou surchargé de boue ,

A chaque pas contraint à des temps de repos ,

Mon corps rhumatisant a souffert jusqu'aux os;

Du moins lorsque mon luth d'une double sourdine

A troublé le repos du ministre qui dîne.

Acceptant sans réserve un modeste destin ,

Jamais je n'enviai son splendide festin.

Quelle que fût ma place , à l'air, à la lumière,

J'ai su me ménager une franchise entière ;

Au solstice d'hiver comme à celui d'été.

Tel je fus et serai, tel j'ai toujours été ;

Exempt d'un vain orgueil , mais exempt de faiblesse ,

Nul sordide intérêt ne me conduit en laisse ;

Plutus ne m'égara dans nul chemin crochu ,

Et si j'ai moins monté, je ne suis pas déchu.

Aussi ne craignez pas que ma muse lassée Ne pût d'un autre élan concevoir la pensée; Ai-je affiché jamais des programmes menteurs, Et d'un texte banal fatigué mes lecteurs? Ma-t-on vu quelquefois caresser de parole Cette tour de Babel transformée en École , Ou craindre d'appliquer sur leurs indoctes bancs Aux bâtards d'Acadème un surnom de forbans? Ah ! quand un souvenir de tragique mémoire A ma plume ignorée eut surpris, pour l'histoire , Un de ces grands tableaux que la mort colora, Désastre que l'on nomme ou peste ou Choléra, De Mahon a Paris et de Paris à Blaye Clouant pour m'égayer Or fila sur la claie , J ai de mon vers posé comme un dernier recours Repoussé la faveur et vanté le Concours; Des perroquets jugeurs sur leurs curules chaises Broyant les Examens j'ai disséqué les thèses, Et narguant la Patente en dépit des Dupin, Au fisc spoliateur disputé notre pain.

J'ai, malgré les regrets qui tordaient nies entrailles.

Du moderne Paré suivi les funérailles ;

Et du flanc (Y Ilahnemann par mes vers flagellé

Un long cri de douleur s'est bientôt exhalé ;

A l'orgueil qui méprise, au dédain qui moleste,

J'ai soustrait de nos bourgs le médecin modeste ,

Et nos praticiens de labeur abattus

Ont relevé la tète en lisant leurs vertus.

Puis, carabin mûri par de chaudes journées .

J'ai remonté gaiment le cours de mes années,

Et six mois endormi d'un pénible sommeil .

J'ai d'un plus terme élan signalé mon réveil ;

De mon vers au parquet rembrunissant les teintes.

V Ecole en ressentit les cuisantes atteintes.

Et j'en fixai la porte ouverte à deux battants

Quand Némésis voulut fouetter les Charlatans.

Les fauteurs éclairés de cures spéciales

Eurent seuls quelque éloge en mes mercuriales.

Et d'un vers raccourci je donnai sans aigreur

A Lucine elle-même un bonnet de docteur;

Némésis étouffant aux vers dissyllabiques,

Je repris l'hexamètre , et sorti des Cliniques

On m'entendit flétrir d'un cri de liberté

Le mot déshonorant : Responsabilité.

Toujours prêt à heurter tout faux dogme, tout schisme,

Ma verve redoubla contre le Magnétisme,

Et mon vers, soutenu d'un espoir d'avenir,

A la Phrénologie offrit un souvenir.

Descendu des hauteurs de la philosophie ,

J'ai d'un bras vigoureux saisi la pharmacie,

Et malgré le trajet, sans dévier du but ,

De Y Université passant à X Institut,

On me vit, dégagé de craintes inhumaines,

Des révoltants abus purger les quarantaines,

Et je viens aujourd'hui, harassé mais joyeux,

Dans un dernier essai moduler mes Adieux.

Adieu donc, ô vous tous qu'étonna mon audace , Qui, de l'amphithéâtre envahissant la place,

290 VINGT-QUATRIEMi; SATIRE.

Me suiviez animés d'un différent espoir;

Qui charitablement pensiez qu'avant le soir

Le souffle manquerait à ma grêle poitrine;

Qui, palpitants d'effroi sous ma verve chagrine,

Guettiez l'instant heureux, mais qui n'arrivait pas,

Où ma foi phocéenne aurait fait un faux pas.

Et, témoins inquiets de l'orageuse lutte,

Pour battre des deux mains attendiez ma culbute;

Hommes d'autorité que je reconnais là,

Désormais égayés aux chansons d'Orfîla,

Craignez, pourtant, craignez, si vous allez trop vile

Que le Phocéen mort bientôt ne ressuscite;

Je suis loin, voyez-vous, de toucher aux vieux ans.

Et pourrais bien encor de distiques cuisants

Arrêter les éclats d'une joie imprudente.

Sous un sourcil ridé l'àme est souvent ardente;

Sensible au désaccord d'inconvenants caquets,

Je pourrais fustiger encor les perroquets.

A des concours nouveaux est ouverte l'arène;

Digue encor formidable au flot qui nous entraîne.

Tant que voire Orfila n'aura point aboli

L'ordre depuis neuf ans par Broglie établi,

Et de Fart que menace un perfide artifice

Bridé l'enseignement et gêné l'exercice;

Que dis je! même alors que par un temps d'arrêt

De toute garantie il nous dépouillerait,

Que, pieds et poings liés, sa folle imprévoyance

Aux ignares laveurs livrerait la science;

En ces nouveaux combats dût ma verve tarir,

Je renaîtrais encor pour vaincre ou pour mourir.

NOTES

i. M. Orfila n'a pas craint dernièrement de chanter la chanson de la reine Berthe, dans les salons de M. Salvandy, alors ministre de l'instruction publique. C'est ce que je ne ferais pas si j'étais doyen... Si j'étais expert devant les tribunaux, je ne voudrais pas non plus que l'auteur spirituel de la complainte sur un procès célèbre put dire de moi :

Mais quand Raspail arriva Soudain Orfila tila.

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