‹ NémésisChapitre 14 sur 33 · ÉPILOGUE 28f · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE 28f

sur laquelle pèse un démon ï Ils croyaient donc, ces religieux du temps de saint Benoît, qui nous valaient bien, ce que vous disiez, que les puissances du mal peuvent habiter un objet inanimé? Alors, qu*ai-je fait?... »

Et d'autres fois :

— « ... Pourquoi n'ai-je pas accepté que M. de Bichter prit la photographie de la statue sur place ? Nous aurions du moins son image. C'était une si noble chose, et si intacte ! Et d'une si belle patine!... Et maintenant! Ah! Quelle pitié!... Par bonheur j'avais relevé l'inscription. J'ai bien reproduit la forme des lettres. Leur beauté, non ! ... »

Inquiète de la mélancolie persistante dont elle voyait l'excellent homme rongé, la prudente Américaine l'avait confié à Courtin pour le reconduire en France. L'officier était demeuré en Toscane lui-même, au cas où son témoignage serait nécessaire à l'enquête. H était le seul à deviner que le docteur Boudiné était mêlé au crime de Bellagamba, mais il se faisait un scrupule de le nommer. On devine trop pourquoi. C'était risquer une divulgation sur l'aSreux secret de l'avortement, au cottrs d'une enquête de police. Ne connaissant du médecin russe que sa scélérate complaisance, puis l'histoire des cent mille francs extorqués pour la feuille de Zurich, Hugues le

286 KÉMÉSIS

considérait comme un ignoble maître-chanteur, et les maîtres-chanteurs conservent leurs dossiers. A quoi bon d'ailleurs provoquer de nouveaux commentaires autour d'une aventore si cruelle pour lui que d'en lire la mention dans un journal lui était physiquement insupportable? Il se rendait un compte trop exact du détail des événements. Bellagamba l'avait vu entrer dans l'appartement de la duchesse et avait couru chercher dans son casino la bombe préparée à l'avance. Pourquoi? Mais parce qu'il était jaloux de lui! L'horreur que Hugues avait ressentie pour le monstrueux sentiment du monstre vis-à-vis de la duchesse lui remontait au cœur, et lui rendait le crime de Valverde plus haïssable encore. Il s'était donc tu de tous ses soupçons, et maintenant, il regagnait la France, en compagnie de l'Oratorien qui, du moins, lui parlait de la morte sans lui faire du mal. Durant les heures qu'ils avaient passées en tête à tête depuis le matin, dans leur compartiment solitaire, d'abord entre Florence et Bologne, puis entre Bologne et Milan, le vieillard n'avait pas cessé d'évoquer Madame de Boannez» inlassablementi et de s'enehanter à ee souvenir. Il disait sa grâce à obliger, l'inépuisable largesse de sa charité, sa vive et souple intelligenee, sa simplicité personnelle au milieu de son luxe, sa beauté aussi, la grâce de ses moindres gestes. H citait des

Page 1