‹ NémésisChapitre 4 sur 33 · PROPOS DS CBRGLB, A PARIS · texte numérisé non relu

PROPOS DS CBRGLB, A PARIS

regarder dans sa glaoe, tous les matins, an visage de plus en plus consumé et bruni, sentir ses vêtements flotter autour de son corps devenu squetettique, conserver à peine assez de force pour soulever sa canne, quand on fut un des princes du sport : cavalier, escrimeur, boxeur, paumier, chasseur ! Et tous ces symptômes, affaiblissement, douleurs, décoloration du teint, avoir eu le courage de les étudier dans les livres spéciaux, connaître, sans doutes possibles, comme Casai, que l'on est atteint de cette redoutable maladie bronzée qui a rendu sinistrement célèbre le nom d'Addison et dont l'issue fatale ne permet pas l'espérance, oui, connaître cela, et cependant ne jamais se plaindre, soutenir ses habitudes d'élégance avec une rigueur impeccable et qui ne se dément pas, mourir paré, c'est-à-dire sous l'armure, — cette sorte d'énergie, appuyée sur l'unique souci de la tenue, peut paraître négligeable au doctrinaire, inexplicable au psychologue, elle n'en est pas moins un courageux affrontement de la mort, et, par suite, une haute chose humaine et qui classe une nature! Cette supériorité de caractère s'accompagnait, chez Casai, d'une acuité d'intelligence dont il donnait une preuve, à cette minute même où ses camarades de cercle le croyaient occupé à soigner sa presse comme un auteur qui lance un volume. Il était le seul à savoir vraiment la rare valeur du jeune

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officier dont le pèt^ et ses àmiâ Venaient de pai'ler si banalement, le seul à Tavoi^r BUivi, depuis des années, de son pénétlratit regaM, le seul eiicotè à soupçonner le drame de oœrït dont ôe brusque départ pour ritalie était un nouvel épisode, comme il avait été le setd jadis à comprendre les dessous véritables de Texil dix capitaine Oôurtiti, alors lieutenant, eH Afrique. Celui-ci ne lui avait pourtant fait aucune confidence, mais Casai avait le coup d'œil, un sens quasi infaillible des gens et des événements, un de Ces génies dHndtiction qui, appliqués à 1& science, font led physiologistes et les chimistes, et, transportés datis \^ politique, les hommes d^Êtat. t^ar quel mystère de& êtres ainsi doués ne sont-ils pas' attirés par l'action utile ! Quel prin(3ipe de faiblesse se mélange à leuTs puiss^oéB qui semble leur interdUre de lés employer! Un Casai aUTa passé sa longue exiâtetice à maintenir sa royauté dans le plus médiocre des domaines, celtd de la haute vie parisienne. Il aura su avoir la maison la mietix montée, Técurie de courses la plus choisie, la chasse la mieux amé*" nagée, les maîtresses les plus difficiles. Pendant quarante ans, il aura été un des arbitres de la mode. Pour ceux qui Tout approché et jugé, rien de plus triste que le contraste entre ce néant et de si remarquables facultés. Comment l'expli-* quert Peut-être par la situation faite, dans la

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iS^anoô actuelle, à la fortuné âoiquise. N^y est-elle * pas coixdamnée à Toisiveté, autant dire à Tabus ! Mais be n'est pas le lieu d'aborder un ]pareil problème au début d^iin récit qiii ii'a d'auti^e prétention que d'être a ûhe chronique » au sens où nos pères prenaient ce terme. Pourtant si Oasal n'avait pas eu la ooiiâciénce que sa propre destinée était uh aVortéînent et potir quelles cauôeâ, se sôrait-il intéressé de la aorte à un jeuUë homme placé pai^ sa naissance dans dâd conditions analogues, et qui luttait poUr n^ètre ni Un oisif, ni Un inutile? Cet iutétét devait étire bien vif, car, en abordant Saveuse, il n^ètait pas sans appréhension. 11 ne l'ignorait point : l'informateur^ des Smoking atràit en lui des iUdtincts de policier saiis sci*UpUles, et il eût été souverainement pénible à Raymond qUe le nom de femme qU^il allait ptouoncer donUât l'éveil au daUgei*eux reporter. Aussi prit-il un chemin dètôUmé. On B3 rappelle qu'en ce printemps de ldl4, pair un de ces phénomènes de Vôli^ige, précurseurs des catastrophes, la folie des bals costuméâ sévit soudain à Paris, avec une esi^raordinaire violeuce. Sa santé inteirdisant les sorties du soir à Casai, il était trop naturel qu'il interrogeât le Dangeau ol&ciei des salons élégants sur la plus récente de ces réunions, une fête persane, donnée Tavantveille. Le gentilhomme besogneux était un grin-

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galet à mine chafouine, le torse pria dans une jaquette de coupe impeccable, payée, hélas ! en publicité. Insolent d'ordinaire, comme tous les déclassés qui parent d'avance l'afiEront, il respectait dans Casai l'autorité d'un grand aîné, capable, au besoin, de l'exécuter. U commença de détailler les splendeurs des costumes avec un mélange de snobisme admiratif et de bouffonnerie qui le révélait tout entier, jusqu'à une minute où l'autre lui posa cette question, après dix autres :

— « Vous rappelez-vous, Saveuse, ce bal des pierreries chez la duchesse de Boannez, il y a quatre ans ? Ëtait-il réussi ! Tenez, à cette époque de l'année... »

— « Le 14 juin 1910, » fit Saveuse. a Si je me le rappelle ! Et comme la duchesse était jolie, en saphir étoile! Ce qu'elle nous manque!... >

— a En effet, » dit Casai, « je ne l'ai plus rencontrée de quelque temps. Mais je sors si peu. Où donc est-elle? •

— «En Italie, et en ce moment-ci de l'année ! Je vous demande un peu... Vous savez, elle est un peu maboule, notre duchesse Daiôy, et pas mal poseuse ^aussi. On ne vous a donc pas raconté qu'elle s'est toquée d'une villa du xvi^ siècle, près de Sienne ? Elle y joue à la princesse de là Renaissance, avec tout un lot de boscards, et d'esthètes, — et un nain, paraît-il, comme une infante d'Es

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