I.e pavillon de Flore el le pavillon Marsan
C'était un de ces jours chers à tes courtisans, Veille de Saint-Henri... tu n'avais que six ans. Quatre joueurs de flûte adossés à la grille Exécutaient pour toi de vieux airs de famille ; Sérénade déserte ! orchestre malheureux ! Les Amphions urbains ne jouaient que pour eux : Par ordre de Gontaut, ^ de ta main caressante Tu semais les saints sur une foule absente ; Nuls cris ne fêtoyaient le futur souverain. Hormis les chants aigus de l'orchestre forain. Eh bien î je fus ému de ce silence morne, Je pris pour piédestal une royale borne, Et me montrant à toi dans toute ma hauteur, Par pitié pour l'enfant je me fis auditeur.
Oui, tant qu'avec ta sœur tu vécus en tutelle ,
Tant que le Fils de France allait à Bagatelle ;
Tant que le jeune Henri, de son pas enfantin,
N'avait pas enjambé le trône encor lointain,
Le peuple, sans songer à ton grand apanage.
Pouvait encor sourire aux plaisirs de ton âge.
Et mon œil libéral contemplait sans effroi
Un être faible oii rien ne présageait le roi.
Mais ces temps ne sont plus : forçant tes destinées,
Un soleil t'a mûri de plus de dix années,
Et le sang des trois-jours, dans son large caillot,
En pourpre souveraine a changé ton maillot.
Non, tu n'es plus enfant, on doit te craindre, et comme
1. Madame de Goutaut, gouvernante de Henri V avant que le prince passât auK hommes.
On veut te faire roi, nous devons te faire homme.
Oui, le ciel a marqué d'un respectable sceau
L'infirme chair qui sort des langes du berceau ;
Anathème cent fois à la main sacrilège
Qui torture l'enfant que sa candeur protège !
Honte à qui veut flétrir l'innocence ! malheur
A la bouche de fiel qui bave sur la fleur !
Toujours, quand des partis la fureur se déchaîne,
L'enfant seul est absous dans la commune haine;
Toujours un peuple sage, à la justice enclin.
En punissant le père embrasse l'orphelin.
Mais quand cet orphelin, quand cet enfant débile
Est le drapeau vivant d'une guerre civile ;
Quand sur son jeune front, semé de blonds cheveux,
L'anarchie a placé de fratricides vœux;
Quand d'absurdes vaincus qu'un désespoir rallie
Rattachent à ce nom leur royale folie,
Alors l'âge n'est rien, l'enfance disparaît,
L'orphelin est puni d'un équitable arrêt.
Et cet humble roseau qui relève sa cime
Est la verge de fer qu'on peut tordre sans crime.
Honneur aux deux tribuns dont la haute raison '
Te vota, loin de nous, une libre prison,
Et voulut que la France écartât de ses portes
Ta royauté vivante et deux royautés mortes !
Dans tous les cœurs français leurs vœux étaient écrits;
Il est beau quelquefois de faire des proscrits,