‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 122 sur 133 · Torquemada, célèbre inquisitenr · texte numérisé non relu

Torquemada, célèbre inquisitenr

Et dont les longues nuits d'une horreur monotone

Rougissent l'in-quarto qu'écrivit Suétone.

Car Miguel a compris ces forfaits désastreux

Dont les rois pervertis n'osent parler entre eux ;

Son génie a percé tous les hideux mystères ;

Il connaît l'excitant des crimes adultères,

Il sait comment il faut raviver les ennuis

D'une chair qui se blase en de fangeuses nuits;

Il sait quel élixir de voluptés royales

On savoure à mêler les baisers et les râles.

Les parfums du gibet, du boudoir, de l'encens;

A promener ses doigts teints de meurtres récens

Sur des seins convulsifs, sur des cheveux de femme,

Qu'aux portes du palais une mère réclame.

Oh ! laissez-le vieiUir dans l'antre de Quélus,

Toujours mêlant le crime à son triple angélus,

De Madère et de sang la lèvre diaprée.

Et ce sera Tibère à l'île de Caprée.

Il voudra, rappelant des forfaits trop connus.

Nager dans son bassin avec des enfans nus ;

Pour ses bains réchauffans commander à l'esclave

Une horrible saignée où le meurtre se lave ;

Se redonner ainsi, par un horrible instinct,

La factice vigueur d'un désir qui s'éteint.

Et devant Bemposta que le grand fleuve arrose,

Parmi le blanc jasmin et le doux laurier-rose.

Etrangler de plaisir les vierges à deux mains.

Sur un lit embaumé de cadavres humains.

Mais ces monstres royaux ne sont plus de notre âge ;

Ephémère qu'il soit, leur règne est un outrage ;

Ce Miguel , que le ciel est si lent à punir,

Est un anachronisme, il est temps d'en finir :

Ces contrastes de cour ne sont plus nécessaires.

Oh ! la France déjà l'avait pris dans ses serres,

Elle avait remonté le Tage, ' et dans ses eaux

La flotte tricolore avait mis ses réseaux ;

C'est alors qu'il fallait, du fond du marécage.

Ramener à Paris l'hyène dans sa cage.

Et de son corps impur, pour terrible leçon,

Au tyran espagnol envoyer un tronçon.

Mais non ! il s'est joué de nos promesses vaines;

Qu'attend-on? que Lisbonne ait épuisé ses veines;

Que son zèle ait atteint les suprêmes momens;

Que le Tage au lieu d'or roule des ossemens?

0 que lente est la Cour ! sa prudence homicide

Par un bond généreux jamais ne se décide ;

Nos conseillers d'État, nos sages de palais,

Au Portugal qui meurt opposent leurs délais.

Et quand leurs pieds boiteux toucheront la frontière,

Ce sol ne sera plus qu'un désert cimetière.

Le jour où dom Pedro, noble encor dans l'exil , Arrivant tout brûlé du soleil du Brésil , Vint réclamer ses droits, légitime héritage. Il aurait dû d'abord s'arrêter sur le Tage, Parler en empereur à son frère insolent ; Non : la diplomatie a le geste plus lent;

1. Allusion à Texpédition du Tage, sous les ordres du contre-amiral Roussin.

Voyageur curieux, comme autrefois Ulysse,

Il est venu pour voir nos mœurs, notre police ;

L'ennuyé spectateur a pris à l'Opéra

Une loge pour six que le budget paiera ;

Il a su consommer ses heures indolentes

A parcourir à pied notre Jardin des Plantes,

A se montrer au peuple avec son grand cordon,

De Meudon à Paris, de Paris à Meudon ;

Puis, quand pour voir Lisbonne et le plus doux des frères.

Il allait s'embarquer, les vents étaient contraires ;

Comme au temps d'Ilion, l'ancre à la dent de fer

Retenait son vaisseau sur l'immobile mer j

Enfin, sans immoler une autre Iphigénie,

Sans écouter Calchas et son mauvais génie,

La flotte que Miguel si longtemps réclama

Est partie, emportant les neveux de Gama,

Mais voguant à tâtons, indécise sur l'onde,

Comme s'il lui fallait trouver un nouveau monde.

Quel sera son destin ? un jour nous le saurons :

Que le flot du cap Vert brise ses avirons.

Ou que le vent heureux qui souffle des Açores

La pousse dans les ports où descendaient les Mores,

Dom Miguel doit tomber ; il faut que tôt ou tard

Pedro mette à ses pieds l'Etéocle bâtard, '

Ou que dans son palais un poignard énergique

Donne un héros de plus à la muse tragique ;

Car ce qu'on n'a point vu depuis quatre mille ans

1 . Étéocle et Polynice , frères ennemis , héros de la Thébatde. — On a dit dans le temps que dom Miguel était fils de Lucien Bonaparte. Le fait est qu'il y a entre eux une grande ressemblance physique.

Sur ce globe qui marche avec des pas si lents, C'est un tyran qui fait par humenr sanguinaire Moisson de ses sujets et les broie à son aire ; Qui, pour rendre la force à des sens viciés, Frotte son épiderme aux corps suppliciés ; Qui prend ses voluptés comme une bête fauve, Et puis, sous les rideaux de sa paisible alcôve. Devant son héritier qui de douleur pâlit , Comme un heureux vieillard expire dans son lit.

On dit que Ferdinand, sublime extravagance ! Arme pour secourir la maison de Bragance ; Que provoquant l'Europe en duel inégal.

Il se fait protecteur du roi de Portugal ; Ferdinand ! qui rendait par jour mille ordonnances Pour restaurer enfin Kétat de ses finances, Sans que le cri menteur de ses royaux édits Pût au vide trésor fondre un maravédis ! Ferdinand! de Miguel cet insolvable émule. Qui pour ses cavaliers n'a pas même une mule. Et qui dans les Sierras, des vallons aux sommets, Recrute des soldats qu'il ne solde jamais ! Effronté don Quichotte ! impudent matamore ! ' 11 efface tous ceux que Lopez remémore ; ^ Il veut livrer bataille avec l'obus de plomb Extrait du brigantin de Christophe Colomb ! ^

1. Le capitau-matamore est le personnage de rigueur dans les vieilles comédies espagnoles.

8. Lopez est un personnage du roman de Don Quichotte. 3. Relique conservée dans l'arsenal de Séville.

Cherchez, en feuilletant l'Arioste ou Cervante, Quelque trait fanfaron qu'un fol orgueil invente, Qu'on puisse en parallèle opposer maintenant Aux comiques apprêts dont parle Ferdinand. Qui sait où peut conduire un accès de folie? Ferdinand croit peut-être aux faux bruits qu'il publie ; Plaise à Dieu que, l'orgueil ou le ciel le poussant , Il apportât son aide à son frère de sang. Et que le jour venu des tempêtes prochaines Vît les deux monstres-rois liés aux mêmes chaînes; Comme deux taureaux noirs, holocauste odieux, Que l'Euxin immolait pour apaiser les dieux !

Nous luira-t-il enfin ce jour de sacrifice? La main manquera-t-elle à ce pieux office ? Il faut, tant qu'ils vivront, que tout cœur généreux Élève incessamment l'anathème sur eux; Que notre juste haine en tout lieu se propage, Qu'elle soit dans tout livre écrite à toute page ! 11 en est temps, enfin ; ce couple de Nérons Souille, à travers les mers, l'air que nous respirons. Et moi , poète fort , active sentinelle, Je vous fatiguerai de ma plainte éternelle, Ferdinand ! dom Miguel ! deux effroyables noms. Deux têtes à rouler aux bouches des canons ; Qu'on plante, pour finir leurs noires existences, La croix; c'est leur gibet, car elle a deux potences; Que la peine de mort s'efface de nos lois. Le jour où l'échafaud sacrera ces deux rois.

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11 Mars 4832.

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