‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 123 sur 133 · AUX PATRIOTES DE LA ROMAGNE · texte numérisé non relu

AUX PATRIOTES DE LA ROMAGNE

Voilà les Sarrasins !

Cabdinal Beriietti.

Oh! le bonheur a lui sur. vos nobles figures, Enfans des vieux Latins! saluez les augures, Déposez à l'instant un deuil silencieux. L'oiseau de la victoire a passé dans vos cieux î , Arc-en-ciel du bonheur, propice météore!. Vos palais se sont teints d'un reflet tricolore, Un éclair a doré les rivages amis ; Voilà le Spartacus qiie je vous ai promis! * Savez-vous que jamais, depuis cet âge antique Où glissait la trirème au .flot adriatique ; Depuis que Duilius, sur sa nef oscilla '

1. Allusion aux vers prophétiques qui se trouvent dans la Némétis sur ritalie.

2. Caïus Duilius, créateur de la marine romaine dans la première guerre punique. On lui érigea une colonne rostrale. Il fit construire les premiers galères romaines d'après le modèle d'une trirème carthaginoise échouée sur les côtes d'Italie.

Dans le syrte aboyant de Charybde et Scylla ;

Depuis que le Troyen guidait sa flotte errante

Des bouches du Timave au golfe de Tarente,

Jamais les vents qu'Eole enchaîne sous ses lois

N'ont soufflé plus heureux du rivage gaulois,

N'ont en moins de soleils, sous la voile docile,

Montrant à des vaisseaux l'angulaire Sicile,

Secondé, sans retard, leur vol aérien

Sur les flots tourmentés du golfe d'Adrien !

Ne vous étonnez point quand l'agile carène

S'avance mollement sur la mer de Tyrrhène,

Et qu'une voix lui dit : « Cours, on t'attend demain,

« Sur l'autre mer qui baigne un rivage romain. »

Oh ! sur la haute poupe un cri de joie éclate,

On arbore la flamme au reflet écarlate,

Le vaisseau, sous un ciel ou pur ou nuageux,

Vole, comme un cheval , aux olympiques jeux.

Et dans le port lointain, entrant voile tendue.

Montre aux fils de Brutus la France inattendue.

Ainsi , que ce drapeau que vous voyez dans l'air Ne brille qu'un moment comme un rapide éclair; Qu'une erreur favorable et bientôt reconnue L'ait fait au même jour descendre de la nue. Soyez toujours contens, car vous avez appris De quel zèle pour vous nos vaisseaux sont épris ; Vous savez aujourd'hui, si la Romagne pleure, Qu'un vaisseau de Toulon file vingt nœuds à l'heure. Et qu'on peut maintenant, comme l'a fait Gallois, '

l.*I.e capitaine de vaisseau Gallois a commandé Texpédition d'Ancône.

Vous porter en deux jours l'aigle ou le coq gaulois. Et puis, s'il faut encor que la noble Italie Dans la tasse d'alîronts boive jusqu'à la lie, N'est-ce pas que ce signe un instant arboré, A réjoui vos cœurs comme un songe doré? Que des pleurs ont noyé votre noble paupière En le voyant planer sur les clefs de Saint-Pierre? N'est-ce pas que l'écho du rivage latin, Que le flot de la nuit, que le vent du matin, Ont, pour le saluer, passant sur l'Ausonie, Inventé dans ce jour quelque sainte harmonie, Un de ces grands accords d'instrumens et de voix Qu'on n'entend que chez vous pour la première fois? Nous l'avons recueilli sur l'opposé rivage, Ce chant qui consolait le sol de l'esclavage. Quand vous êtes venus, en cortège joyeux. Pour bénir l'étendard et le voir de vos yeux. Quel beau concours! Jamais, depuis son moyen âge, Rome n'a vu passer plus saint pèlerinage ; Jamais relique auguste enlevée au tombeau N'aligna sur ce sol un cortège plus beau ; Comme aux antiques jours des fêtes Eleusines, Soit des faubourgs lointains, soit des cités voisines, Les vieillards et leurs fils se sont levés la nuit Pour voir à l'horizon l'astre nouveau qui luit : C'est qu'un large trésor de joie et d'espérance Est pour vous en réserve au drapeau de la France; C'est qu'aux peuples captifs son vol jamais ne ment. Et que pour le bonheur de le voir un moment Vous avez oublié vos récentes injures,

m NÉMÉSIS.

Vous avez vu dans lui de propices augures, Et que vos nobles voix, qui venaient le bénir, N'étaient que l'ouverture à vos chants d'avenir.

Oh î les a-t-il troublés au fond de leur conclave, Tous ces hommes de sang que l'eau bénite lave. Ces louches cardinaux, ces odieux prélats. Qui sous le froc impur ceignent le coutelas ; Qui, d'un dieu de pardon implacables vicaires. Jettent l'or de l'Eglise à d'infâmes sicaires; Et ce pape orgueilleux, ce saint bourreau qui rend Aux mains de ses légats les verges d'Hildebrandj Et ce noir Albani , ^ son horrible concierge. Tout suant des parfums de l'absoute et du cierge. Qui , dans le long tableau des Saints italiens, N'a choisi pour patron que Saint-Pierre-aux-liens? Quel bruit dut éclater dans leur hideux cénacle Quand ils eurent appris ce terrible miracle, Que les saints gonds, scellés d'apostoliques sceaux. Venaient d'être rompus au vol de nos vaisseaux; Qu'une cité papale, au Saint-Siège fidèle. Avait des trois couleurs paré sa citadelle. Et que, sans nul effroi , tous les peuples voisins Etaient venus bénir les nouveaux Sarrazins ! Oh ! qu'ils doivent avoir publié de neuvaines Du rivage d'Ostie aux couvens de Ravennes! ' De combien de canons, tous pointés au hasard. Ont-ils dû foudroyer notre impie étendard,

1. Le cardinal Albani était l'homnie de confiance, le bras di-oit du Saint- Père.

Ce fantôme d'enfer, cette impure Gorgone Qui se hissait debout sur le vieux fort d'Ancône? 11 aurait fallu voir dans les couvens romains Les moines consternés au ciel levant les mains, Pâles, lui demandant dans leur vive prière De courber l'arc-en-ciel sur la barque de Pierre, D'entr' ouvrir la nuée à l'Ange aérien Qui dans les noires nuits frappe le Syrien.

Et voilà ce qui doit vous consoler encore !

En voyant s'éclipser votre Dieu tricolore,

Nobles enfans, au moins vous avez tous appris

Quelle terreur il donne à vos pères conscrits ; '

Combien il faudra peu, dans les chances prochaines,

Pour briser en un jour d'apostoliques chaînes,

Pour renverser au sol ce géant vermoulu

Sur l'Évangile saint qu'il n'avait jamais lu.

Oh ! pourquoi cet esprit qui dessèche notre âme,

Qui de notre Juillet a glacé le beau drame,

Dans son élan distrait, généreux à demi ,

Montre encor quelque égard au pontife ennemi?

Ce que vous attendez serait fait à cette heure;

Quand de notre départ votre beau pays pleure,

Vous auriez aujourd'hui sur votre sol romain

Les biens qu'on vous promet pour un douteux demain ;

Mille de nous, tombés des rocs adriatiques.

Foulant la grande voie aux ornières antiques.

1. Les cardinaux sont aujourd'hui les pères conscrits de Rome : patres conscripti Ces parodistes n'attendront pas les Gaulois sur leurs chaises curules.

Remuant de leurs mains l'ossuaire tiédi D'Arcole, du Tésin, de Mantoue et Lodi , Portant le drapeau saint et la triple cocarde, Marchant à votre front comme votre avant-garde, Mille auraient écrasé les soldats d' Albani , Expulsé les Germains, et tout serait fini.

S'il faut qu'au Latium son âge d'or renaisse, Fleur de ce beau pays, bouillonnante jeunesse, Crois que pour conquérir ce destin où tu cours. Mille et notre drapeau seront tes seuls secours ; Ces appuis suffiront à la fière Italie ; D'un soutien trop puissant la vertu s'humilie : Il faut que tout l'honneur du triomphe promis Ne soit point partagé, même avec des amis. C'est ce qui sera fait : avant que tu succombes, Tu dois revoir encor des Gallois et des Combes, ' Qui, sur ton sol fermé pour s'ouvrir un chemin, Marchent vers des créneaux une hache à la main, Et, nobles transgresseurs de la loi sanitaire. Sans le rameau d'olive et sans parlementaire. Sans recourir, la nuit, à des propos oiseux, Dans les villes du pape entrent comme chez eux. Mais ce que l'impossible a mis dans son domaine, Ce qu'on ne verra pas sur la terre romaine, C'est un soldat de France, assistant vos bandits,

1. Deux noms d'une illustration improvisée, qui sont en ce moment dans la bouche de tous les patriotes italiens. Le capitaine de vaisseau Gallois, marin d'un courage homérique, frère du colonel Gallois, mon compatriote et mon ami, qui vient de se couvrir de gloire en Pologne.

M. Combes, colonel du 66« de ligne.

Prêter une main forte à de sanglans édits,

Et debout, l'arme au bras devant leur sacristie,

Protéger contre vous le gibet d'amnistie.

Oh! non, ne craignez pas que nos fiers bataillons

A la bouche qui parle apportent des bâillons ;

Non, le tiède Pouvoir dont le doigt nous gouverne

N'a pas signé le pacte au fond d'une caverne ;

Un reste de pudeur, aux murs capitolins.

N'a pas mêlé la France avec les Papalins ;

Quel ministre oserait dans cette ignoble lice.

Transformer nos soldats en sergens de police ?

Si jamais dans la honte on descendait si bas.

Si , trompant leur instinct qui les pousse aux combats.

Accordant à l'Eglise une lâche assistance, .

On les mettait de garde au pied d'une potence,

Ces hommes que Juillet a faits intelligens

Ne reconnaîtraient plus des ordres outrageans.

Et brisant d'Albani les droits illégitimes.

Ils pendraient les bourreaux au gibet des victimes.

18 Mars 4832.

Anx grands hommes la patrie reconnaissanle. {Inscription.)

Tous les dieux sont partis : par leurs trames occultes,

Les prêtres aveuglés ont tué tous les cultes ;

Le sacerdoce impur, de la foi négligent,

N'a jamais vénéré que l'autel de l'argent;

Mêlé dans les tripots des choses politiques,

Il a perdu sa grâce et ses vertus antiques;

Le peuple méfiant s'est éloigné de lui ,

Et de son vieux pouvoir le dernier jour a lui.

Eh bien ! pour secouer la stupeur oii nous sommes.

Inaugurons enfin le culte des grands hommes;

1. M. Eusèbe Salvevte avait fait h la Chambre une proposition tendante ce que le Panthéon fût rendu à sa première destination, qui est de servir de lieu de sépulture aux hommes qui ont bien mérité de la patrie. Cette destination justifie l'inscription qui se fait lire sur le monument, el que l'on doit à M. Pastoret père : Aux grands hommes la patrie reconnaissante. Mais, après plusieurs discussions fort orageuses, dans lesquelles nos députés voulurent rogner aux grands hommes morts leur part d'immortatalité, la proposition fut retirée par son auteur, dans la séance du 17 mars 1832.

Oui , puisqu'il reste encor dans nos cœurs abattus Quelque germe d'amour pour les hautes vertus; Puisqu'un grand nom, surgi des dernières tempêtes, Prononcé devant nous exalte encor nos têtes, Fondons un nouveau temple où ces noms adorés Reçoivent l'auréole et les rayons dorés. 11 ne faut point ici, comme on le croit sans doute, Que des parfums d'encens montent vers une voûte ; Qu'on arbore aux piliers de soyeux gonfanons ; Qu'un concile profane invente des canons, Et qu'à l'autel central du nouvel édifice, Des ministres en frac récitent un office : Ce serait dérisoire, et le public bon sens Rejetterait bien loin ce culte et cet encens.

Ce qu'il faut, c'est ce culte et ces simples hommages Dont on aime à parer les illustres images ; Quelques modestes blocs ciselés dans les monts, Qui peignent à nos yeux tous ceux que nous aimons. Tous ceux qui furent grands dans la grande patrie, Et qu'entoure à jamais un culte de latrie. Dès que l'absolutisme étend ses bras pesans, Au marchepied du trône on voit les courtisans Inventant chaque jour quelques projets serviles Pour modeler des rois sur les places des villes, Pour couler en airain, après de longs travaux, Tous ces Caligula montés sur leurs chevaux. ^

t. Si la restauration eût affligé quinze ans encore la France, nous aurions vu s'élever insensiblement dans Paris les soixante-huit rois de notre triste histoire.

Ils ne les cachent pas sous la voûte d'un temple;

Ils veulent que partout le peuple les contemple :

Dans ce vaste Paris on les trouve en chemin

Sous le pourpoint français ou le manteau romain. '

Et les rois auraient seuls le privilège auguste

D'étaler en public leur cheval et leur buste!

Et le peuple aujourd'hui demanderait en vain

Non pas l'apothéose et le culte divin,

Mais ces grands souvenirs, ces honneurs symboliques

Qu'on accorde aux tyrans sur nos places publiques !

Rome républicaine avait pour ses enfans

Des piédestaux publics, des socles triomphans;

Dans ses longs carrefours, sur les quais de son fleuve,

Sur les frais réservoirs oii la foule s'abreuve.

En porphyre, en airain, en marbre de Paros,

Elle dressait partout l'image des héros ;

Partout on contemplait dans l'éternelle ville

Tout un peuple agité sous un peuple immobile, ^

Tant la reconnaissance avait fait des autels

A de grands citoyens, à tous ces dieux mortels !

Dans ces heureux climats oii la douce lumière

Conserve au marbre blanc sa pureté première.

Ils n'auraient pas voulu dans des temples couverts

Serrer ces demi-dieux qu'adora l'univers;

Et Rome, avec son peuple et ses mille statues,

1. Le Louis XIV de la place des Victoires est en costume d'empereur romain; mais sur les bas-reliefs il est ciselé avec l'habit et la coiffure ridicules qu'il avait adoptés à Versailles.

2. Ces statues qui ressemblent à un peuple immobile au milieu d'un peuple agité. (M. de Chateaubriand, les Martyrs, Description de Rome ancienne.)

Etait un Panthéon de places el de rues.

Ces grands hommes des arts, des cités et des camps,

Marbres tout pleins de vie, aux regards éloquens.

Touchante galerie, histoire ciselée,

Dominant de vingt pieds la foule amoncelée.

Sur les chemins publics donnaient aux spectateurs

Des leçons de vertu bien mieux que des rhéteurs.

Ces usages anciens ne vont plus à notre âge;

Sous notre ciel de brume et nos climats d'orage,

Les marbres en plein air, étalés dans Paris,

N'auraient après vingt ans que des dehors flétris.

C'est au Panthéon seul , dans son auguste enceinte,

Que nous devons placer cette famille sainte,

Tous ces grands citoyens aux magnifiques noms

Que nous avons aimés, dont nous nous souvenons,

Ces colosses de gloire, objets d'idolâtrie,

Dont la vie ou la mort illustra leur patrie.

Ce sublime projet , si touchant pour nos cœurs,

A trouvé le sarcasme et les rires moqueurs ;

Ces hommes glorieux de haute renommée.

Au sénat, ont subi la toise du pygmée;

De stupides tribuns, installés sur le seuil ,

Ont refusé le temple à l'immortel cercueil.

Et dans de longs débats, par un honteux partage,

De ces illustres morts contesté l'héritage. '

Les plats dissertateurs ont longtemps ballotté

Les noms déjà promis à l'immortalité;

1. Voir la déplorable séance où cette question a été déballue à la Chambre des Députés.

Sur leur comptoir de juif une avare balance

A pesé le grand homme et la reconnaissance ;

Puis, mettant par ennui les vertus au rejet ,

Ils ont voulu savoir ce que pèse un budget.

Eh! qu'attendre de mieux de ces âmes gâtées?

Le culte de la gloire a trouvé ses athées;

Raisonneurs de tribune, ils n'ont jamais compris

L'enthousiasme saint qui brûle nos esprits ;

ils se sont fait le droit, dans leur aréopage.

D'écrire ou d'effacer sur l'éternelle page;

Ils ont cru qu'ils pouvaient, sur les bancs du milieu,

Comme on vote un impôt, voter un demi-dieu ;

Qu'avant de consacrer ce poétique culte.

Le peuple bénévole est là qui les consulte, '

Et que, représentant les vulgaires humains, '^^'* ®"*^^

La clef du Panthéon est livrée à leurs mains. ^^^^^ '^***-^

Eh quoi ! pour députer un tribun taciturne

Qui dépose en bâillant une boule dans l'urne,

Qui discute l'impôt du tabac et du sel ,

On convoque à grands frais le vote universel !

Pour élever un homme à ces hauts privilèges

La France électorale inonde les collèges; ^^' ' **'*'•

Le plus obscur hameau, le bourg le plus lointain

En séance publique écrit son bulletin ;

Et quand il faut toucher à de plus saintes choses,

Ressusciter les morts par des apothéoses.

Bâtir un temple auguste à leurs mânes errans,

Rassembler tous ces noms que la vertu fit grands,

Enchâsser en un lieu toute sainte rehque

De l'ère impériale on de la république, Ji-j-i'---' >iii"ui »

LE PANTHÉON FRANÇAIS. i35

Savoir s'il est permis d'ouvrir le Panthéon

A l'ombre de celui qui fut Napoléon !

Quoi î nos petits tribuns, sous la haute coupole,

De la divinité feraient le monopole!

Quoi! deux cents inconnus qu'on nous jeta. sans choix,

Dans ce vote sublime auraient seuls une voix !

Quoi ! pour rendre la vie à ce grand cimetière

On n'appellerait pas la France tout entière !

Allez ! contentez-vous de parler savamment

Sur le procès-verbal et sur le règlement,

Hommes au cerveau calme, au pouls mathématique;

Brodez en plats sermons la sèche politique.

Riez d'un rire absurde, en vos ennuis pesans,

Aux mots de vos Odry que vous croyez plaisans,

Et que les incidens qui brillent dans vos thèses

Soient marqués au journal avec des parenthèses ;

Mais bien vite abdiquez vos profanes desseins

D'organiser pour nous le culte de nos saints;

Le centre du sénat est-il si pur qu'il ose

Par assis et lever voter l'apothéose.

Et de ses électeurs les profanes mandats

Ont-ils donné pouvoir sur ces grands candidats?

Non, tous ces géans morts, pléiades de nos gloires. N'ont rien à démêler avec vos boules noires ; Si nos froids orateurs, inscrits par numéros, Venaient discourir pour ou contre nos héros ; Si nos Cuvier touchaient à ces nobles fossiles, On croirait voir encor ces absurdes conciles Où deux noirs avocats, sur un point divisés,

S'échauffaient en deux sens pour les saints proposés. '

Oh ! non, croyez-le bien, un si large scandale

N'éclatera jamais dans cette capitale ;

Tous nos grands citoyens, exhumés des tombeaux,

N'iront point s'enfouir dans vos procès-verbaux :

Des honneurs faits par vous seraient trop éphémères.

C'est la France assemblée en comices primaires,

Qui, seule, en élevant sa virginale voix.

Peut indiquer leur marche aux funèbres convois,

Et rendre au Panthéon, dans ses cérémonies,

Quelque cadavre illustre extrait des gémonies ;

C'est la France qui, seule, en des jours triomphans,

Change en robe de lin le deuil de ses enfans,

Les venge d'un affront et les réhabilite.

Arrondit l'auréole à tous les morts d'élite.

Et d'un noble martyr pleurant le jour fatal ,

L'inscrit sur sa légende ou sur un piédestal.

Ici point de discours, ni fade polémique,

Ni scrutin orageux, ni chance académique,

Rien de ce qui pollue un véritable nom :

La France, au Champ-de-Mars, l'œil sur le Panthéon, ,

Par cent mille des siens enfin représentée.

Ne nous jetterait point de gloire ballottée ;

Par un vote soudain et d'unanimes cris

Elle confirmerait tous les votes écrits ;

Essayez une fois, en guise de prémices,

De jeter un seul nom à ces nobles comices,

1. On sait que, dans les affaires de caiionisalioii , deux avocats sont nommés d'office par le Saint-Siège pour altatjuer et défendre le bienheureux pour lequel on postule le titre de saint.

Un seul nom, le plus beau que l'histoire sauva,

Un nom étincelant : Ney de la Moscowa î

Qu'au pied du Panthéon ce grand nom retentisse

Tout glorieux des coups d'une infâme justice ;

Oh ! mille chars d'airain, volant sur leurs essieux,

Descendraient pour porter sa grande image aux cieux;

Une chaîne de mains coupant la ville entière.

Du Panthéon ouvert au lointain cimetière.

Comme un coup électrique irait au même instant

Transporter le corps saint au dôme qui l'attend ;

Eh bien ! ce même nom d'auréole si grande,

Le premier à bénir sur la sainte légende,

Si l'on voulait savoir à quels degrés si bas

La tribune est tombée en d'ignobles débats;

Ce nom, qu'on le prononce en face de ces hommes

Qui du large budget comptent si bien les sommes,

Par un ordre du jour nonchalamment voté

Ils le rejetteront à l'unanimité :

Car ces honteux amis du pouvoir légitime

Ont respecté le bill qui frappe la victime.

Ils savent les égards dus au noble faubourg.

Et que le Panthéon est près du Luxembourg.

55 Mars 1832.

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