‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 20 sur 133 · LA CHAMBRK DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

LA CHAMBRK DES DÉPUTÉS

F]tjollcnt au hasard, parmi leurs créatures,

Des bureaux de tabac et des sous-préfeclures.

Voilà par quels travaux ils défendent nos droits \

Assignés pour une heure, ils arrivent à trois.

Ils entrent ; des débats ils ne s'informent guère :

Qu'importent qu'on discute ou l'impôt ou la guern^ î

Vers le banc du ministre, à l'heure du scrutin.

Ils viendront rappeler l'affaire du matin.

Voyez-vous à l'écart ces graves mandataires .

Qui semblent de l'État combiner les mystères?

Vous croyez que, chargés d'un important souci .

Politiques profonds , sur le papier noirci

De leur patriotisme ils épanchent les flammes ;

Vous vous trompez : ils font des lettres à leurs femmes^

Annoncent leur retour au maire du canton,

Cotent les prix courans du poivre et du coton,

Et transformant la Chambre en bureau d'écriture^

Font leur correspondance aux frais de la questure.

Mais quels étranges cris détonent à la fois î

La clôture! écoulez ! silence! à l'ordre ! nu.r voi.i: '

Dans les bonds déréglés d'un choc épileplique,

Tourbillonne en tous sens la halle politique;

L'orageuse dispute aux (îonfus mouvemens,

Brasse et pétrit en bloc tous les départemcns;

Le Var refoule au Rhin ses ondes mutinées,

Et les monts du Jura heurtent les Pyrénées.

Plus d'ordre, plus de place aux orateurs inscrits;

La tribune est un fort vingt fois pris et repris ;

Salvandy, par un dol trompant son tour de rôle;,

Pour un fait personnel demande la parole;

His épelle un discours écrit d'une autre main ;

Prunelle et Lemercier, se froissant en chemin,

De leurs amendemens parsèment le bagage ;

Tel autre vers l'estrade imprudemment s'engage .

C'est la première fois ; mais près d'y parvenir,

Par des amis zélés il se fait retenir ;

Jars, que le double centre appelle une merveille,

Improvise un sermon élaboré la veille.

Qui pourrait , au milieu du trouble universel ,

Soumettre au règlement la moderne Babel ?

Vainement la sonnette, à grands coups agitée,

Rappelle à la raison la Chambre tourmentée ;

Son argentine voix se perd dans le chaos ,

Et la Chambre a voté cent millions d'impôts.

Parfois de la mêlée où combat le Synode,

Dans ce choc de partis surgit un épisode :

Debout parmi les siens, un fougueux orateur

Jette au banc du pouvoir le gant provocateur;

Le cas presse ; il faut bien qu'un ministre réponde !

Qui répondra? Périer? Oubliant sa faconde,

Silencieux de rage, il absorbe l'affront ,

Comme au jour mémorable où, par un geste prompt,

Le vieux Rouget de l'Isle, au sein de l'Athénée,

Tuméfia sa joue à jamais profanée ; '

Qui? le grand diplomate? homme sans résultat.

Il se cache abrité sous la raison d'Etat :

1. M. Rougel de Tlsle, auteur de la Marseillaise, fit pendant longtemps ou cours à l'Athénée. C'est là qu'il se porta envers Casimir Périer à des voies de fait dont le célèbre banquier ne demanda pas raison. On voit que, t)ès cette époque, Casimir Périer était partisan «le la paix à tout prix.

LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS. il

Qui donc? Montalivet? écoutons ! il se tourne, Cherche de tous côtés l'obhgeant MaHtourne, ^ Et veuf de son conseil, il demande un sursis... Alors, des bancs lointains où Berryer est assis , Des sommets étages de la gauche compacte, Un torrent de haros tombent par cataracte. Et le juste-milieu, si grave, si massif. Mêle à ce bruit confus un rire convulsif.

Oh ! quel Dieu, tout à coup subjuguant la tempête, Dira ce Quos ego devant qui tout s'arrête? A ces troubles honteux qui pourra mettre fin? C'est le temps : il avance escorté de la faim ; Il vient des longs discours clôturer la série. Tels que sous les barreaux de la Ménagerie, Les voraces captifs qu'alimente Cuvier, ^ Lion, tigre, chacal, vautour, aigle, épervier. Avertis par l'instinct de l'heure accoutumée Où tombe la pâture à leur troupe affamée. Par des balancemens , par des cris , par des sauts , D'une chair attendue appellent les morceaux ; Tels, au coup régulier d'un estomac avide, Nos élus défaillans bâillent, mâchent à vide ; Sur le parquet poudreux on les voit piétiner; Ils sont muets et sourds, et l'heure du dîner, A défaut de l'horloge absente des murailles,

1. M. Malilourne, ancien rédacteur en chef du Messager des Chambres, employé depuis dans le cabinet des divei-s ministres qui se sont succédé à l'intérieur, passe pour être fort utile à ses patrons dans l'élucubratiou des discours qui, à défaut de raisonnemens , veulent de l'esprit et du style.

i. M. le t)aron Cuvier, aloi-s directeur du Jardin des Plantes.

3i NÉMÉSIS.

Résonne comme un timbre au fond de leurs entrailles. '

Mais que sert de poursuivre un enjoùment forcé ?

La bouche sourit mal quand le cœur est blessé.

Il est temps que ma voix, organe populaire.

Dicte pour cette page un grave corollaire.

Ecoutez donc, marchands, rentiers, agriculteurs,

Hommes de tous les rangs ! écoutez, électeurs!

La moitié d'entre vous va, d'une main novice.

Du sénat plébéien rebâtir l'édifice ;

Mais pour cette œuvre immense, à la hâte surpris ,

Gardez-vous d'employer des décombres pourris !

Que la gauche aux bancs purs soit votre clef de von le ;

Prenez pour point d'appui ces hommes hors de doute,

Ces patriotes forts, éprouvés dès longtemps,

Lafayette et Dupont, civiques arcs-boutans.

Surtout, des vieux scrutins épurant la morale,

Repoussez à jamais de l'urne électorale

Ces Lameth, ces Agier, ces Jars, ces Rambuteau,

Que le peuple a déjà frappés de son vefo.

Aujourd'hui ma justice à peine les effleure;

Mais vienne le péril , vienne la suprême heure !

Après un examen quarante jours mûri ,

Ils tomberont frappés par le Peuple-Jury ;

Je dirai devant tous par quels indignes votes

Ils ont meurtri neuf mois leurs frères patriotes ,

Et sauvant l'avenir des maux que nous souffrons,

De ces Caïns publics je marquerai les fronts.

1. Il 11") a pas (riioi'k)go dans la salle des séances de la Cliainhjv de; Dépiilés. On aeiainl, ^ansdoule, rinfliience de riiciire du dliw»r.

1«"- Mai 4831,

( AXXIVEttS.VlKE DU CiNQ MAI.)

Nous aussi , nous voulons un jour expiatoire ! Ils ont bien pour leur roî voté le repentir, Et leur Janvier funèbre et sa messe oratoire; Ouvrons à notre tour l'urne lacr^matoire,

Pleurons notre Empereur martyr!

Qu'un souvenir de deuil nourrisse notre haine! Anathème à ces rois vomis par l'étranger! Tout, dans nos murs conquis sembla les outrager, Quand ils vinrent mêlés aux soldats de l'Ukraine ; Sous les hauts monumens par le Peuple bâtis , Ils passaient tout honteux de se voir si petits; Le bronze impérial de la place octogone ' Se tordait à leurs yeux en faces de Gorgone ; Anathème sur eux! qu'ils soient anéantis ! Ils ont précipité le dieu de notre histoire De son beau piédestal , gigantesque canon ; Crime dont l'univers ne savait pas le nom ,

Ils ont décapité la gloire!

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