La rolonnc de la place Vendônu
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iNous qui ])assions alors par ces tristes chemins, Nous avons contemplé ton heure d'agonie, Colonne ! digne sœur des monumens romains ! Un câble t'étreignait avec ignominie,
Et l'Europe battait des mains!
ils étaient là , couverts de vètemens fétides , Avec leurs clous , leurs pieux, leurs rauques chevalets , Les Pilâtes du Nord , leurs ignobles valets , Tous les bourreaux sortis des Palus-Méotides. Sur les immenses bras de l'infâme échafaud S'agitaient, à grands cris, ces stupides Vandales; Ils guidaient lentement vers les poudreuses dalles Le cadavre d'airain descendu de si haut. Quelques vieux compagnons, au visage sévère, Le contemplaient de loin avec des yeux sans pleurs , Et la France, à genoux, saignante de douleurs,
Pleurait au pied du grand Calvaire.
Ainsi , le lendemain , le soleil étonné
Ne trouva plus au ciel le géant détrôné.
Dès-lors, comme Sion assise au bord du fleuve,
Paris traîna son deuil sous la Colonne veuve ;
Pour la flétrir encor l'exécuteur tremblant
Avait sur le tronçon planté le drapeau blanc !
Tels vers le Pont-Euxin , les Bourbons d'un autre âge,
Aux corps suppliciés pour imprimer l'outrage.
Quand la tête livide était jetée au loin ,
Ornaient le cou sanglant d'un vil bouquet de foin.
L'ouragan des trois-jours sur la place Vendôme
A déjà balayé ce linceul de fantôme ;
Il est temps que le bras du peuple souverain
Ressuscite le dieu sur son autel d'airain.
Le Peuple î contre lui qu'un pouvoir se roidisse.
Sa volonté de fer commande la justice !
Si dans les hauts Conseils ses droits sont méconnus.
Sur le Forum royal il montre ses bras nus.
De son récent triomphe on garde souvenance;
Lorsque trois lis honteux, sauvés par ordonnance,
Osèrent refleurir au champ d'une maison.
L'ordonnance du peuple effaça leur blason. '
Il n'a pas abdiqué sa puissance de maître ;
On dit qu'impatient de le voir reparaître.
Et d'un trop lent décret rapide avant-coureur.
Le peuple statuaire a fait son empereur; '
Toute pleine de lui , sa mémoire fidèle
L'a, sur un chêne brut, équarri sans modèle :
Son infaillible instinct , plus sûr que notre goût .
L'a sculpté hardiment tel qu'il vivait, debout :
11 n'a pas consulté la science timide
Qui sur un corps moderne arrondit la chlamyde ;
C'est l'Empereur rêvant quelque large dessein ,
1. 0"e'fl"c temps encore après la Révolution, les panneaux de la voilure du roi supportaient les trois fleurs de lis qu'on avait cru devoir y laisser comme faisant partie des armes du monaniue. Le peuple, furieux de voir que le roi qu'il s'était choisi conservait l'emblème d'une royauté qu'il avait renversée, se précipita sur la voiture et en effaça l'odieuse image. Depuis cette épotjne, les trois fleurs de lis ont disparu de toutes les voilures royales.
2. Cette statue, improvisée parle peuple, est dans un atelier d» fauliourg Saint-Antoine; c'est nn chef-d'œuvre d'art et de goût naturels.
Couronne (Vun chapeau, les deux bras sur le sein. Eh bien ! ceux qui l'ont fait le mettront à sa place, Lui , le roi de l'armée et de la populace ! Montrez-vous, vieux débris de nos forts bataillons. Vous que quinze ans de paix ont couverts de liaillons ; Artisans qui passez l'œil itiorne dans nos rues , Laboureurs vétérans coilrbés sur vos charrues , Redressez-vous l prenez la pose du soldat , La France vous confie un glorieux mandat : Prévenez, dans cinq jours, l'édit qui l'inaugure; ' Vous seuls devez toucher à sa grande figure. Amis de l'Empereur; rien ne vous le défend; Sur vos bras tatoués portez-le triomphant : Dès l'aube du cinq Mai qu'il brille sur le dôme; Changez le nom vieilli de la place Vendôme, Et puisque l'Empereur en fait son Panthéon , Nommez-la désormais Plage Napoléon.
Oh ! quand sur nos maisons de têtes inondées ,
Sublime , il planera grand de quinze coudées !
Quand il reparaîtra pour la seconde fois
Salué par un cri de trois cent mille voix ;
Comme jadis après ses campagnes rapides ,
Le canon triomphal qui dort aux Invalides ,
Notre-Dame ébranlant le bourdon de sa tour.
Proclameront encor l'Empereur de retour.
Le voilà radieux sur sa base éternelle ;
Veillant pour nous, la nuit, comme une sentinelle;
t. Ce n'est que le 5 mai 1833, douzième anniversaire de la morl de Napoléon, que sa sintiie fut replacée sur l'immortelle colonne.
Et mesurant de l'œil ce rivage si beau
Où son vœu d'agonie implorait un tombeau!
Là , du septentrion , du sud et de l'aurore,
Les peuples qu'il soumit et qui l'aiment encore,
Les hommes d'autrefois, les enfans d'aujourd'hui
Oui ne l'ont jamais vu , qui parlent tant de lui ,
Viendront pour contempler le monument qu'étale
Paris, noble cité, Médine occidentale.
A toucher la statue ils seront tous admis ,
Tous, Barbares, Français, peuples lointains, hormis
Ceux qui boivent l'exil dans une coupe anière,
Ses frères jadis rois, son iils, sa vieille mère ;
Sa mère, qu'à travers tant de destins mouvans,
Lqi mort semble oublier au milieu des vivans.
Mais il faut plus encor! la colonne trompée
Nous demande aujourd'hui les cendres de Pompée :