‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 3 sur 133 · PREFACE. A · texte numérisé non relu

PREFACE. A

A voir Barthélémy ainsi courbé sur son œuvre, j'ai souvent éprouvé pour lui des vertiges et des saisissemens. Il me faisait l'etfet d'un voyageur suspendu à pic sur un précipice, d'un couvreur qui longe les dernières ardoises d'une toiture , d'un aéronaute qui plonge dans l'air sur la foi de son parachute.

Lui-même, il faut le dire, comprenait bien sa position , et ne s'abusait pas sur les écueils avec lesquels il paraissait se jouer, a Je suis, nous disait-il un jour, « comme un acrobate qui a épuisé son programme. « Il a tout fait, saut périlleux, ascension sans balancier, « course vers le cintre à vol d'oiseau. Le public a battu « des mains aux premières représentations, puis il est « revenu froid et blasé, car il sait son homme. Alors «celui-ci se ravise. — Je vais, dit-il, voltiger sans « corde. — C'est impossible, interrompent les specta- « teurs, cela ne s'est jamais vu. Et si l'acrobate réalise « l'impossible, s'il voltige sans corde, on battra des « mains une fois encore , deux fois , trois fois , mais (( on s'habituera à l'impossible , et l'on finira par dire : « N'estrce que cela? Ainsi en sera-t-il pour Némésis. »

Sans recourir à d'autres motifs , celui-ci peut suffire à expliquer pourquoi , au bout de sa traite d'un an , Némésis a fait une halte et s'est condamnée au repos.

Qu'une feuille se fonde poHlique ou littéraire, qu'elle jette un titre , un simple titre au public et dise : Je du-

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