‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 4 sur 133 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

rerai ; sans doute elle durera , si les abonnés lui sont propices; car cet être de raison que l'on nomme un journal se compose d'autant d'êtres réels que son importance et sa caisse le comportent. Il aura dix , vingt rédacteurs; il remplacera ceux qui meurent, changera ceux qui s'usent : vieux, il se rajeunira comme Eson, en aspirant des sucs jeunes et vivaces ; riche, il raccolera pour son service la science, la verve et le talent. Et pourtant ce sera toujours lui , le journal avec son titre stéréotypé , lui avec son nom que sait la foule , lui le Constitutionnel j le Courrier Finançais, le National, le Temps, le Journal des Débats. Dix générations de rédacteurs passeront ignorées, et le nom de la feuille restera connu de tous , retentissant , prononcé avec haine ou avec amour.

Pouvait-il être ainsi de Némésis, de cette satire hebdomadaire que signait Barthélémy? Non, car l'auteur était lié à l'œuvre; Némésis ne pouvait changer de main sans changer d'allures. Sous les doigts du maître, c'était une httérature, une création; exploitée par d'autres,elle devenait, et nous l'avons vu, un calque et une parodie.

Némésis était donc une œuvre essentiellement temporaire, ne pouvant durer plus que l'haleine d'un homme; c'était une gageure à vider, un défi jeté aux difficultés du rhythme , une expérience dont le poète voulait avoir le cœur net.

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