‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 30 sur 133 · Marseille · texte numérisé non relu

Marseille

2. M. Poudras, directeur générai de ia police au minisière de Piiilé rieur.

Que la France à genoux, dont le cri vous réclame,

Ne trouve dans vos rangs qu'une voix et qu'une âme î

Venez, vous dont les bras, saintement enlacés.

Après quinze ans d'efforts ne se sont point lassés;

Vous , que la France en deuil abritait de son aile ;

Qui, dans l'âge de fer inventé par Villèle,

Sur l'arène publique avez tant combattu ;

Et vous qui, jeunes d'âge et vieillards de vertu ,

Affranchis aujourd'hui de l'enfance stérile,

Paraissez au Forum sous la robe virile ;

Nous vous adjurons tous, car sur vos bulletins

La France avec terreur va lire ses destins î

Répondez noblement à ce haut privilège ;

Il ne faut plus ici, dans les murs d'un collège.

Donner, comme autrefois, un déplaisir mortel

Aux blêmes défenseurs du trône et de l'autel ,

Enfans répudiés par la France leur mère,

Qui d'un royal Messie embrassent la chimère.

Et des soldats du Nord invoquent le retour,

Comme la fille impure au coin du carrefour.

Laissez même vieillir ces débris d'un autre âge ;

Que ces rares nageurs, sauvés du grand naufrage,

Apparaissent au loin flottant à l'abandon !

Que nous font les Berryer et les Blin-de-Bourdon ?

Laissez au chêne vert les feuilles parasites ;

Pour mes épiques chants conservez des Thersites.

Là n'est point le péril : sur leurs frêles pivots

Souffrez dans vos jardins ces têtes de pavots;

Sur un autre terrain cherchez vos adversaires !

Nous sommes dans le mois des grands anniversaires ;

LES ELECTIONS <i9

Voici le trente-un mai ! ' que tous les baladins ,

Saltimbanques de Cour masqués en Girondins,

Gorgés par iSèmésis d'un calice d'absinthe,

Soient chassés comme impurs de la tribune sainte ;

Eux qui, foulant aux pieds de poignans repentirs,

Ont trafiqué neuf mois du sang de nos martyrs,

Qui la nuit sont venus avec leur valetaille

Déshabiller nos morts sur le champ de bataille ;

Eux qui, devant l'orgueil des menaçantes Coure ,

Ont fait agenouiller le peuple des trois- jours;

Eux qui, pour assouvir des appétits voraces,

Tournent vers le pouvoir leurs judaïques faces ,

Et du large budget voté contre nos vœux ,

Inondent, à flots d'or, leurs fils et leurs neveux. •

Voilà vos ennemis! Et malgré tant d'outrages, ^

Vous allez les revoir harcelant vos suffrages ; 4jvW

Un vernis libéral enlumine leur front;

Pour défendre leur cause, à la barre ils viendront

Dérouler sous les yeux des électeurs novices

De longues trahisons comme autant de services.

Ils osent provoquer l'examen rigoureux :

L'heure de la justice a donc sonné sur eux;

Les voilà sous le sceau d'une tache infamante, i

Devant le tribunal du peuple Rhadamante,

Tous, depuis ce Dupin qui de honte chargé

Par les dos fraternels se sentit allégé,

Jusqu'à ce vieux Lameth, éternel Jérémie,

Dont l'urne de Pon toise a gardé la momie !

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