Le Journal des Uébals
Au visa de Mangin elle soumit sa carie ; '
(Qu'aux heures de Juillet, quand gronda le canon ,
Elle eut soin d'enfouir la honte de son nom ;
Mais, l'incendie éteint, on la vit reparaître InùaurAïuAL
Cousant les trois couleurs à sa robe de prêtre,
Et vers le nouveau roi , sur nos débris iumans ,
Traîner à la faveur tous ses hideux amans. > :
C'est juste, la voilà sultane favorite ! iin.1 - f
Le pouvoir a payé sa luxure hypocrite ;
Infâme entreteneur, il compte à cet objet
Cent mille écus par mois qu'il rapine au budget.
Et des mots de vertu sortent de cette bouche !
Feuille infecte ! malheur à quiconque la touche !
L'avez-vous effleurée? allumez des réchauds;
Semez à pleines mains le chlorure de chaux; ii<l
Trempez-vous tout entiers dans des parfums acides ;
0 crime ! on voit partout ses pages homicides !
Même au sein de Paris souillé de son poison
La peste patentée habite une maison !
Mais la main qui peut tout , trop longtemps endormie,
Fermera bien un jour cet antre d'infamie;
Ses murs ne sont pas loin de Germain-l'Auxerrois,
Et le vent de Juillet doit souffler dans deux mois.
Oh! qu'ils soient à jamais flétris dans tout collège
Les hommes qu'exalta la feuille sacrilège !
Que notre urne se ferme à leurs noms suppliansî
1. Le Journal des Débats fut une des feuilles ([ui ne protestèrent poiùl contre les ordonnances de Charles X , cl (lui ne paiureiil i»as ixindanl lés trois journées de juillet. ^
Un patronage impur condamne ces cliens !
Vous donc qui de la France allez fixer l'histoire,
Electeurs parsemés sur tout le territoire,
Montagnards du Jura, Lorrains, Bretons, Normands,
Laboureurs qui peuplez la Saône aux flots dormans,
Marins aventureux du golfe de Bayonne,
Fils de rOccitanie où le soleil rayonne,
Peuples qui descendez, soit des sommets alpins.
Soit des coteaux du Var tout couronnés de pins,
Soit de tant de cités dont les murailles fières
Se baignent dans les eaux de nos mille rivières ,
Ecoutez : l'homme pur, digne de votre choix,
Contemple insoucieux les honneurs et les croix ;
Sa main, qui vint jurer le pacte populaire.
Du tentateur royal repousse tout salaire,
Se ferme à la faveur, et jamais en chemin
D'un ministre passant ne va presser la main. > lamm) u
Aucun don clandestin n'émeut sa conscience,
A la tribune seule il demande audience;
Digne du rang suprême où le peuple l'a mis,
11 fait tout pour la France et rien pour ses amis ;
Le loyal député vote sans commentaire ,
Ou bien, quand le devoir lui défend de se taire.
Sa limpide parole est un trait lumineux ;
Il n'imite jamais ces pédans caverneux
Qui, pour se conserver une sorte de culte,
Font de la politique une science occulte ;
Si l'étranger nous jette un cartel arrogant ,
A toute heure il est prêt à relever le gant.
Il brillera toujours sur la sainte colline
Où siègent les tuteurs de la France orpheline, Et ne croupira point dans cet infâme égout Qui va se dégorger sous les pieds de d'Argout. Voilà le vrai tribun , fort de cœur et de tête, Le Gracchus qui peut seul haranguer la tempête, Si jamais, de l'Etat menaçant le destin. Le peuple s'insurgeait sur le Mont-Aventin . Songe? bien que les noms, espoir de la patrie. Ne sont point des hochets qu'on joue en loterie ; Examinez à nu ces athlètes nouveaux Qui vous offrent leurs bras pour de si durs travaux : Que le peuple électeur expulse de l'arène Quiconque méconnaît sa grandeur souveraine ! Qu'il songe désormais, en méditant son choix. Que les élus d'un jour pour cinq ans seront rois ; Cinq ans ! c'est pour le peuple un siècle politique î Ecoutez donc l'arrêt de mon vei^s prophétique : Malheur aux citoyens qui, tant de fois trahis, A de coupables mains livreraient le pays ! S'il faut que des Judas le règne s'accomplisse, Déchirons notre robe et prenons le cihce ; Si l'urne du scrutin nous rejette en détail De tant de noms maudits le long épouvantail , Dans cette urne de deuil , tombe de l'espérance, 11 faudra déposer les cendres de la France.
5 Juin 4831.
Sous mes épais rideaux, couché comme un Tityre,,
Je méditais un chant de nouvelle satire ; ,
Je croyais voir surgir autour de mon clievel '.
Les ombres de d' Argout et de Montalivet ,
Fantômes brevetés qui, sans aucune trêve,
Troublent, en plein midi, mon politique rêve,
Et retombent la nuit dans les impurs sabbats
Tenus par les démons du Journal des Débats.
Alors, je vois entrer mon serviteur unique
Qui m'apporte un billet de forme satanique; . ..,,.
Un frisson glacial s'infiltre dans mes os;
Je regarde le seing , et je lis : Despréaux. ^
Despréaux ! au transport que ce vieux nom excite,
1. Némésïs inquiétait trop les hommes du pouvoir pour qu'ils no clierchassent pas, par tous les moyens possibles, à susciter des embarias à son auteur. L'obligation du timbre fut un des obstacles par lesquels ou voulut entraver sa marche; forcé , après une inutile résistance, de se conformer aux exigences du fisc, M. Barthélémy marqua ses livraisons de l'estampille royale , et le public se chargea de l'indemniser des frais extraordinaires qu'il lui fallut dès lors supporter.
2. Le dernier exploit que j'ai reçu est effectivement signé Dospréaux. Mes lecteurs voudront bien croire que co nom cl cet incident ne sont i)oint imaginés.
Je baisai le papier arrivé du Cocyte, Croyant qu'à JSémésis le chantre du Lutrin , En signe d'alliance envoyait un quatrain. 0 douleur ! ce billet que d'une chaude étreinte Je pressais sur mon cœur, c'était une contrainte ! Elle me révélait, en style financier, Que le Roi-Citoyen était mon créancier ; Que monsieur Despréaux , receveur des domaines , D'une amende légale imposait mes semaines; Et d'un oubli de timbre accusant JSémésis, Invoquait, pour témoins, deux numéros saisis. Ainsi, lorsque Persil, l'Hercule du prétoire. Tremble d'incriminer ma poétique histoire, Mathieu le publicain , ^ du fond de ses bureaux , Veut gêner dans leur vol mes libres numéros ; Par un injuste arrêt, son timbre prosaïque Doit briser de mes vers la pure mosaïque ! Homme ignare! il a pris, sans consulter Buffon, Pour un dos de brebis, le dos de mon griffon! ' Voilà bien le Pouvoir! sur les pas du poète Il n'ose soulever la publique tempête ; Redoutant le grand jour, du palais en émoi Il éloigne un duel entre Persil et moi , Et par d'obscurs agens, à mes Dominicales ^ Il suscite, à huis clos , des querelles fiscales. Tantôt il faut courir, pour parler à leur chef,