Niméêis i)aniissait tous les dimanches
7fr NÉMÉSIS.
De la place Vendôme à l'égout Saint-Joseph ; '
Tantôt il faut aller s'offrir en holocauste
Au yérificateur du bureau de la poste ;
Et puis longtenips errer gous les immenses toits
Où Villèle bâtit un dédale crétois ,
Et là, chercher en vain le fiscal Minotaure
Qui, sans songer à moi, chez Laiter se restaure. *
C'est ainsi que, coupant ma journée en lambeaux.
Ils étouffent mes vers sous leurs procès-verbaux ;
Ils espèrent qu'un jour, si, par leurs soins distraite.
Ma Muse est insolvable au terme d'une traite,
Le protêt du public sur une livraison
Eteindra le crédit de ma jeune maison.
Dois-je donc, pour finir ces luttes intestines ,
Passer, comme un vaincu, sous leurs fourches caudines,
Et d'un timbre hideux acceptant le mépris.
Jouir comme Périer d'une paix à tout prix?
Non , non ! il est trop dur qu'un suppôt de Caïphe
Sur mon vierge vélin vienne apposer sa griffe ;
Qu'un sombre inquisiteur, sous son noir domino.
Imprime sur mes vers l'ongle de Céléno ! ^
Si la prose docile à cet affront se prête,
Ce profane contact révolte le poète ;
1. Le palais du timbre est près de la place Vendôme; la direction de l'enregistrement du département de la Seine est rue Saint-Joseph, n» 6, rue sale et étroite. L'hôtel Rivoli est le centre où viennent aboutir tous les rayons de la fiscalité parisienne.
2. Laiter était un fameux restaurateur , ii l'angle des rues de Castiglione et de Rivoli. Il paraît que le voisinage du Trésor ne lui a pas porté bonheur , car il a été forcé de fermer bouli(jue,
a. Céléno est une des harpycs.
Jamais le fisc romain, attaquant Juvénal,
Même sous les Nérons , ne timbra son journal ;
Sans payer au questeur la flétrissante obole,
Il vendait au Forum sa mordante hyperbole.
Du moins si les deniers extorqués de ma main
D'un blessé patriote assouvissaient la faim ;
Si la taxe du fisc, changée en œuvre pie,
A sa plaie encor vive appliquait la charpie.
Fière de concourir à ces généreux soins ,
Némésis paraîtrait, timbrée aux quatre coins.
Mais que la goutte d'huile à ma lampe échappée
Par une vile éponge à l'instant soit pompée ;
Qu'elle aille s'infiltrer dans l'égout clandestin
Où Salvandy se vautre à côté de Bertin ! ^
Oh î j'aime mieux alors d'un seul trait de ma plume
Donner à mon journal la forme d'un volume ;
A dater d'aujourd'hui j'élague du fronton
Ce texte indicateur qui déplaît à Viton;'^
L'ardente ISémésis^ par qui tout se propage,
Volera désormais sur une libre page,
Et, sur mon titre pur, j'efface aux deux côtés
La prose arithmétique où mes prix sont cotés.
Or, maintenant, vous tous dont la main caressante A salué d'abord ma Némésis naissante, Et vous qui me gardez vos noms pour l'avenir, Retenez bien ces mots dans votre souvenir :
1. M. Salvandy est riin des ridacteurs du Journal des Débats, dont MM. Berlin l'aine et Bertin-de-Vaux sont les principaux pnipriélaircs.