‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 5 sur 133 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

L'œuvre restera pourtant, non comme étude, non comme modèle à imiter, mais comme tour de force , et comme phénomène littéraire. Ce titre de durée suffirait à Némésis, quand elle ne serait pas l'écho de nos colères politiques et la date d'une époque passionnée.

NÉMÉSI8

27 Mars 1831.

Némésis! ! !.. qu'à ce nom, lancé par intervalles,

Thémis n'augure point de sentences rivales;

Je ne viens pas monter, en fronçant le sourcil , '

Sur l'estrade pompeuse où déclame Persil; '

D'un conflit de pouvoirs bannissons toute crainte :

Vous donc qui du Palais peuplez le labyrinthe,

Vous qui, de l'avenir affrontant les écueils.

Siégez, grâce à Dupin, sur d'éternels fauteuils,^

Magistrats! aujourd'hui sous le Roi populaire *

Comme sous Charles-Dix gagnez votre salaire ;

Vous avez le tarif; par le droit du plus fort ,

C'est à vous de pourvoir la Grève ou Rochefort;

t. M. Pei-sil, aujourd'hui garde des sceaux , était alors procureurgénéral.

2. Lors de la discussion relative aux modifications de la Charte de 1830, M. Duris-Dufresne fit une proposition qui attaquait l'inamovibilité des juges M. Dupin combattit vivement l'opinion de l'honorable député de l'Iiidro, et les juges furent déclarés inamovibles à une grande majorité.

Voilà tout le métier de la justice humaine.

La justice !.. . il est temps d'agrandir son domaine!

Il n'a pas tout prévu, votre Gode pénal;

La vindicte publique invoque un tribunal ;

Lui seul pourra juger le crime insaisissable

Qui passe et disparaît comme un pied sur le sable.

Les complots do boudoir, les forfaits de salon

Que n'a jamais ferrés l'argousin de Toulon. ^

Némésis leur promet de lentes agonies;

C'est elle qui, vengeant des trames impunies, ^|

Sur les pièges d'état, sur les hauts guet-apens,

Agitera sa torche et son fouet de serpens.

Dans la voix du poète elle trouve un organe ;

Ce que le Code absout, ce juge le condamne;

Aux assises du peuple il traduit le pouvoir.

Quand Thémis est aveugle, ou feint de ne plus voir.

Pour le Parquet nouveau s'ouvre une tâche immense;

Où s'arrête la loi , la satire commence.

Telle est son œuvre : au front des accusés tremblans , Qu'elle imprime la honte en distiques brùlans; Qu'aux yeux des citoyens , en lui montrant la plaie, Elle traîne le crime étendu sur la claie. Sans doute le poète, en ce roide sentier, Souvent heurte de front le genre humain entier; Qu'importe! il brave tout; pour lui tout est profane; Un siècle corrompu veut \m Aristophane.

1. On appelait jadis argousins les hommes préposés à la garde des forçats ; on les nomme aujourd'hui gardes-chiourme. Le nom à'argousin ne se donne plus qu'à ceux qui acoompaguent les condanmés dans le trajet de la prison aux bagnes.

Les temps sont loin de nous où des frondeurs bénins

Décochaient leurs longs vers sur des poètes nains :

A quoi bon agiter la cinglante lanière,

Sur un pauvre Cottin, sur un obscur Linière,

Ou, sous des noms d'emprunt masquant nos ennemis,

Flageller un Périer sur la peau d'un Damis?

Non , non î je n'aime pas de pseudonymes voiles ;

J'ignore l'art menteur des points et des étoiles;

Quand la satire frappe un coupable, elle doit

L'extraire au grand soleil et le montrer au doigt ;

Au carcan installé sur la place publique.

D'un inflexible bras c'est peu qu'elle l'applique;

Pour diffamer la tête attachée au poteau ,

Elle imprime son nom sur un large écriteau.

Eh bien ! j'ose m'offrir pour ce rude service ; Au métier de bourreau je ne suis point novice : Depuis sept ans entiers, opérateur brutal, J'ai bien souvent dressé l'infamant piédestal; De Montrouge au pouvoir j'ai flétri les mystères ; ^ J'ai pris mes condamnés dans tous les ministères : Ces idoles d'alors qu'on servait à genoux, Villèle, Peyronnet, Corbière, Frayssinous, Franchet et Delavaux, son compagnon de chaîne, Bourmont qui doit ouvrir la campagne prochaine ; * Juges, pairs, députés, prélats, princes r<)mains , En masse ou tour à tour ont passé par mes mains. ^

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