Vaisseau du Doge
2. On peut citer à ce propos un fait assez remarqual)Ie. Au musée de 1823, le général Lejeune exposa un tableau représentant des taureaux en pierre au milieu d'un paysaj^e espagnol. Dans le fond un are-en-ciel tricolore attirait tous les regards; quelques champions de la légitimité jetaient les hauts cris, prétendant que le peintre avait eu une intention hostile. Mais l'autorité les ayant laissés dire, on (init par s'lu»i)iluer au\ trois couleurs de l'arc-on-ciel.
17 Juillet 183<.
Laissez-moi : dans l'arène avant de redescendre, Que mon immense deuil se roule dans la cendre ; Laissez-moi déchirer ma tunique ; je veux Souiller de vils parfums ma barbe et mes cheveux, Pétrir l'impure fange avec mon pain azyme, Maudire de Juillet le second millésime, Et, ployant sous le poids d'un inutile effort, Pavoiser Némésis d'une écharpe de mort.
Ainsi , la voix du peuple et le conseil des sages
Et nos libres journaux, populaires messages,
Et d'un triste passé les sanglantes leçons,
Tout s'est évanoui dans l'air, comme des sons !
Il a fallu revoir sortir de l'urne infecte
Tous ces froids prédicans de la moyenne secte :
Un Dupin, qui vers nous reporte avec fierté
Son incommensurable impopularité;
Collard, qui, des Bourbons autrefois le complice,
Peut-être aujourd'hui même est leur chef de police,
Somnolent professeur, de modestie enflé.
Qui vit depuis quinze ans sur un discours sifflé;
Le renégat Bertin, voyageur diplomate,
Du pèlerin de Gand ambitieux Achate,
Qui, digne de son frère, importe aux Pays-Bas
Le choléra-morbus du Journal des Débats;
Le ténébreux Persil que le soleil offense ;
L'ami de Cazalès, l'homme à la double enfance,
Lameth, que tous les ans les électeurs dévots
Au marché de Pontoise accueillent de bravos;
Et de tant d'autres noms la série éternelle,
Chartrouse, Rambuteau, Jars, Chastellier, Prunelle,
Hydropique bétail , marécageux troupeau,
Que chaque ministère a marqué sur la peau.
Puis, grâce aux doubles choix, il faudra bien qu'on nomme
Et le beau Salvandy, femme changée en homme,
Et le laid Villemain, professeur aux longs cours,
Qui vendit sa jeunesse et son premier discours
Le jour qu'à l'Institut, lauréat néophyte,
11 brossa de baisers la botte moscovite; ^
Qui depuis, sous les yeux des collèges souffrans,
Dans l'Université broute vingt mille francs. ^
1. Dans la séauce de PAcadémie Française du 35 août 181 i, M. Villemain reçut le prix pour son discours sui" les Avantages et les Inconvéniens de la Critique. L'empereur de Russie et le roi de Prusse assistaient à la séance. Le lauréat, qui, quoique bien jeune alors (il n'avait que vingt-trois ans), savait déjà ce que l'on gagne à flatter la puissance, trouva le moyen de glisser adroitement l'éloge des deux souverains. Seulement M. Barthélémy se trompe quand il dit que ce discours était le premier de M. Villemain : déjà, en 1812, le jeune professeur avait remporté le prix pour VÉloge de Montaigne.
2. Le moment est venu où tout censeur politique doit dépouiller ce prétendu bon Ion des convenances dont s'accommoderaient trop bien les plats intrigans qui se gorgent du budget. Quel est l'homme au cœur de glace qui»
Ainsi la vérité qu'à vos yeux on fit luire.
Electeurs endurcis^ n'a donc pu vous instruire?
Ainsi les cris sauveurs des apôtres fervens
Aujourd'hui sont encore emportés par les vents !
Vous avez pris pour guide, en approchant de l'urne,
Le fanal tremblotant du Messager nocturne, ^
Qui répète le soir ce que chaque matin
Prêchent les lourds pédans du journal de Berlin.
Eh quoi ! sans que la honte embrasât votre joue,
Vous avez déployé l'in-folio de boue ; «'♦■iliic'li U-
Ce mannequin hideux que Périer fait mouvoir.
Passif exécuteur des œuvres du Pouvoir, -'-Mi :>i).j^ii|<> fi > «
Qui, lisant chaque jour ses mielleuses sentences.
Pend la liberté sainte à ses douze potences. ^
Vous n'avez pas compris qu'un ministre aux abois,
Quand il n'a pour écho que cette impure voix.
Quand sur un bras pourri sa faiblesse se fonde,
Doit être repoussé comme un lépreux immonde.
Candides citoyens, électeurs ingénus.
Oh ! le Pouvoir subtil vous avait bien connus !
Dans un prisme idéal noyant votre paupière,
il vous a fait surgir Marat et Robespierre,
Et vous, hallucinés par ce miroir trompeur,
Vous avez tous voté sur l'autel de la peur.
Votre triomphe est beau, votre fortune faite.
après s'être vu traqué, emprisonné, fusillé, mitraillé, ruiné, cousenliraii encore à garder l'urbanité , le ton décent de la discussion avec ses sjwliateurs et ses assassins? Cette vertu n'est plus de saison.
1. Le Messager des C/(am6res, journal du soir, élait alors tout dévoué au ministère.